Les manifestations, très encadrées au Vietnam et rares dans cette région du pays, ont débuté début mai dans la province de Dien Bien, frontalière de la Chine et du Laos, semble-t-il sur la base de revendications autonomistes.

Des troupes envoyées en renfort depuis Hanoï, situées à plusieurs centaines de kilomètres, et des soldats de la région ont dû disperser la foule par la force, a affirmé la source militaire à l'AFP.

Des heurts mineurs sont survenus entre les Hmongs et les forces de sécurité, a-t-elle ajouté. L'armée a dû intervenir pour éviter que les troubles ne se propagent.

Il s'agit probablement des manifestations de minorités les plus importantes depuis celles survenues en 2001 et 2004 dans les Hauts-Plateaux du centre du Vietnam. Le mouvement avait été violemment réprimé et suivi de la fuite au Cambodge d'environ 1.700 personnes.

Les Hmongs, majoritairement chrétiens, réclament selon la source militaire davantage d'autonomie et de liberté religieuse.

Le ministère des Affaires étrangères, sans confirmer les heurts, a expliqué que des Hmongs s'étaient rassemblés dans des conditions sanitaires déplorables, convaincus qu'une force surnaturelle les accompagnerait vers une terre promise.

Il a accusé certaines personnes d'avoir fait campagne pour la création d'un royaume Hmong indépendant, provoquant le désordre, l'insécurité et une situation dangereuse.

Un diplomate étranger a indiqué de son côté avoir entendu dire qu'un individu s'était soudainement autoproclamé roi et avait rassemblé des gens autour de lui. Il a rappelé que des Hmongs avaient déjà revendiqué un Etat chrétien indépendant par le passé.

Hanoï n'a évoqué aucun blessé. Une organisation américaine favorable à la cause hmong à Washington, le Centre d'analyse des politiques publiques, a fait état de 28 morts et de centaines de disparus sans qu'aucune information indépendante ne corrrobore un tel bilan.

Les incidents sont survenus dans une zone montagneuse très isolée. Un responsable local contacté par l'AFP dans le district de Muong Nhe, à environ 200 kilomètres au nord-ouest de la ville de Dien Bien, a affirmé que quelque 3.000 Hmongs étaient toujours réunis jeudi.

La situation est compliquée, a-t-il indiqué. Nous ne savons pas ce qu'ils veulent.

Dans la soirée, le ministère a indiqué que des cadres avaient été envoyés pour parler avec les manifestants, dont une partie étaient rentrés chez eux.

Mais la source militaire a fait état de quelques arrestations. Nous sommes très inquiets, a-t-il reconnu. La situation est assez stable mais on ne sait pas ce qui peut se passer demain.

Certains Hmongs s'étaient ralliés aux Américains contre les communistes pendant la guerre du Vietnam. Beaucoup ont ensuite fui le Laos et le Vietnam, à cause de la répression, et certains ont rejoint les Etats-Unis.

Le Vietnam compte officiellement 53 groupes ethniques, qui représentent environ 10 des 86 millions d'habitants, selon un rapport de la Banque mondiale datant de 2009, qui évaluait les Hmongs à 790.000 personnes.

Mais le rapport soulignait aussi que le taux de pauvreté au sein des minorités était cinq fois supérieur à celui de la majorité Kinh.

Le gouvernement communiste de Hanoï affirme depuis plusieurs années que le développement économique des zones reculées et dominées par les minorités constituait une priorité.

Agence France Presse - 5 mai 2011