Le blogueur franco-vietnamien Pham Minh Hoang aura attendu presque un an en détention avant d’être fixé sur son sort. Hier, Hanoi l’a condamné à trois ans de prison suivis de trois années de résidence surveillée. Les autorités ne lui reprochent rien moins que d’avoir «commis le crime d’activités visant à renverser l’administration populaire», selon le juge Vu Phi Long. Le tribunal a précisé qu’il avait écrit, sous son pseudonyme de blogueur, Phan Kien Quoc, 33 articles, dont la plupart «noircissaient l’image du pays».

Le professeur de maths de 56 ans qui en a passé vingt-sept en France, avant de regagner Hô Chi Minh-Ville, s’est défendu de telles intentions durant l’audience : «Mes écrits ne visaient pas à renverser qui que ce soit. J’ai seulement pointé les choses négatives dans la société et je crois que le pays a besoin d’être plus démocratique.»

Paris, qui parle d’une «peine lourde», souhaite que cette condamnation soit «reconsidérée». Hier soir, le Quai d’Orsay précisait qu’il n’y avait pas d’accord judiciaire et de transfèrement entre la France et le Vietnam.

Outre son appartenance au parti prodémocratie Viet Tan, qu’Hanoi considère comme une organisation «terroriste», le régime communiste reproche à Hoang ses prises de position contre la corruption des fonctionnaires et le projet d’extraction minière de bauxite sur les hauts plateaux. Cette question très sensible, car elle montre un pouvoir vietnamien à la solde des Chinois, a déjà valu une lourde condamnation à un autre dissident. La semaine dernière, la justice vietnamienne a confirmé en appel la peine de sept ans infligée à Cu Huy Ha Vu, un juriste réputé et fils d’un compagnon de route du fondateur du Parti communiste vietnamien (PCV), Hô Chi Minh.

Ces condamnations, auxquelles s’ajoutent l’arrestation de huit catholiques, du blogueur Paulus Lê Son et la réincarcération du prêtre Nguyen Van Ly depuis la fin juillet, montre un pouvoir sur la défensive. Lancée en 2007, la vague répressive contre toutes les dissidences n’a pas cessé à la fin du congrès du PCV en janvier. «Le régime a peur après ce qui s’est passé lors du printemps arabe, analyse Michel Tran Duc du parti Viet Tan. Sa réaction est proportionnelle au mécontentement croissant de la population touchée par la crise économique et écœurée par la corruption généralisée.»

Par Arnaud Vaulerin - Libération - 11 août 2011


Le blogueur franco-vietnamien Pham Minh Hoang, nouvelle victime d’une vague de répression au Vietnam

Le régime communiste du Vietnam mène en ce moment une nouvelle vague de répression. En moins de trois semaines, un prêtre dissident a été remis en prison (il avait été libéré pour raisons médicales il y a un an) ; un juriste célèbre a vu sa peine de sept ans d'emprisonnement confirmée ; et mercredi 11 août 2011, c'est un blogueur franco-vietnamien qui était jugé. Pham Minh Hoang a été condamné à trois ans de prison suivis de trois ans de résidence surveillée pour tentative de renversement du régime.

Pham Minh Hoang a d'abord été arrêté pour ses activités de blogueur. Depuis près de dix ans, ce professeur à l'Ecole polytechnique de Ho-Ch-Minh-Ville critiquait sur internet la politique du gouvernement vietnamien. Sous le pseudonyme Phan Kien Quoc, il avait notamment dénoncé la concession à la Chine d’un projet de mine de bauxite dans les hauts plateaux du centre du Vietnam.

Plus grave, les autorités l'accusent d'être membre de Viet Tan, un parti d'opposants basé aux Etats-Unis. Pour Michel Tran Duc, lui-même membre de cette organisation, les condamnations de ces dissidents varient selon les personnes. Les binationaux - Américains ou Australiens par exemple – sont souvent libérés au bout de quelques jours de détention, pour être expulsés dans leur pays d’adoption. Mais le cas de Pham Minh Hoang est particulièrement délicat : « Les autorités le soupçonnent d’avoir construit un réseau clandestin de membres de Viet Tan, ou de sympathisants. C’est pour cela qu’elles cherchent à lui faire avouer tout ce qu’il est possible d’avouer ».

Une contestation qui s’élargit

Après presque 30 ans passés en France, Pham Minh Hoang était rentré au Vietnam en 2000. Pour Hanoïi, avant d'être Français, il est donc un dissident de l'intérieur du Vietnam, ce qui le rend bien plus dangereux du point de vue des autorités vietnamiennes. Depuis quelques années, l'opposition au gouvernement vietnamien est de plus en plus forte. Elle s'exprime à l'étranger mais aussi sur internet et même dans les rues de Hanoï et Ho-Chi-Minh-Ville. Des motifs nouveaux de mécontentement sont aussi apparus, comme l’inflation (elle a atteint 22% en juillet dernier).

Selon François Guillemot, historien au CNRS et spécialiste du Vietnam, le régime communiste a de plus en plus de mal à contrôler ses opposants, car le contexte a changé. La figure de « l’ennemi intérieur » n’est plus liée à la lutte pour l’indépendance nationale et à la réunification. Les contestataires sont aussi plus jeunes aujourd’hui, et ils affichent des profils plus variés, de l’intellectuel citadin jusqu’à la paysanne qui réclame son droit à la propriété par exemple : « On constate une multiplication de la dissidence, ce qui fait que le régime peut réagir par une certaine paranoïa. Ce n’est pas évident pour lui de dire oui à l’un et non à l’autre ».

Des manifestations en partie tolérées

La réaction des autorités vietnamiennes face aux manifestations anti-chinoises qui ont lieu depuis deux mois dans le pays fournit un bon exemple de cette répression à géométrie variable. De tels mouvements sont très rares au Vietnam, pourtant neuf rassemblements contre les ambitions de Pékin en mer de Chine ont eu lieu ces dernières semaines à Hanoï et Ho-Chi-Minh-Ville notamment. Après avoir toléré les cinq premiers, les autorités ont dispersé par la force les deux suivants, et arrêté plusieurs personnes. Deux autres ont eu lieu depuis. Bui Xuan Quang, un opposant vietnamien qui vit en France, explique la réaction du gouvernement : « Au début, il a laissé les Vietnamiens manifester, mais il s’est laissé déborder. La police s’en est donc mêlée, mais des photos de la répression ont été publiées sur internet. A Hanoi, les autorités ont donc reculé. Mais à Saïgon, elles ont préféré interdire les manifestations, car là-bas elles débouchent rapidement sur une opposition au parti. On sent le jasmin. »

Sur le modèle de la Tunisie, certains dissidents Vietnamiens rêvent d’une «révolution du jasmin». Mais la plupart des connaisseurs du pays n'y croient pas. La guerre entre le Nord et le Sud a rendu les Vietnamiens allergiques à toute forme d'action violente. Et en dehors de certaines exceptions, la jeunesse vietnamienne ne manifeste son intérêt ni pour le parti communiste ni pour la politique en général. La moitié des Vietnamiens a moins de vingt-cinq ans, elle n’a connu que l’endoctrinement.

Radio France Internationale - 11 août 2011