Amoureux du Vietnam, il s'y est rendu plusieurs dizaines de fois pour mener à bien des activités humanitaires en faveur de milliers de pauvres.

Du 29 août au 4 octobre, il y a effectué son 43e voyage de mission.

Alain Dussarps a vraiment découvert le Vietnam en 1985, lorsque l'Association d'amitié franco-vietnamienne (AAFV) a décidé, par l'intermédiaire du Docteur Henri Carpentier, de refaire le laboratoire de BCG de l'Institut Pasteur de Hô Chi Minh-Ville. À l'époque, la tuberculose tuait encore beaucoup d'enfants. “C'est à cette occasion que j'ai découvert l'Association d'amitié franco-vietnamienne dont aujourd'hui je suis le vice-président, chargé de la solidarité", confie-t-il.

En effet, l'AAFV s'est adressée au syndicat CGT (Confédération générale du travail) d'Électricité de France (EDF), où Alain Dussarps était électricien, pour voir si l'on pouvait aider à faire ce projet, en particulier si l'on pouvait faire le schéma électrique du laboratoire. "C'est moi qui a été chargé de m'occuper du schéma électrique de ce laboratoire", se rappelle-t-il.

À l'époque, Alain Dussarps avait peur de partir tout seul. Ses camarades lui ont dit : "Alain, voilà ton billet d'avion ! Partir travailler au Vietnam, c'est comme des vacances !". Et ils sont partis à Hô Chi Minh-Ville à quatre dont un camarade d'EDF, un menuiser et un plombier.

Mais au bout de trois semaines, ils n'avaient pu finir les travaux. "De retour en France, j'ai dit qu'il fallait retourner là-bas pour finir les travaux, parce qu'à l'époque, le Vietnam avait des soucis d'électricité. Par exemple, il y avait des coupures d'électricité un jour par semaine à Hô Chi Minh-Ville, notamment à l'Institut Pasteur. Il fallait une transformation de capacité d'électricité de 192 volts au minimum au lieu de 220 volts, et nous, à l'époque, nous n'avions que du 172 volts", raconte-t-il.

C'est ainsi que Alain Dussarps est revenu à l'Institut Pasteur de Hô Chi Minh-Ville pour refaire le réseau électrique et installer de nouveaux transformateurs. Et c'est à cette occasion qu'il a rencontré Nguyên Thi Hôi (ancienne directrice adjointe de l'Institut Pasteur de Hô Chi Minh-Ville et vice-présidente de l'Association d'amitié vietnamo-française de Hô Chi Minh-Ville - NDLR), avec laquelle il collabore depuis.

En 1992, Mme Hôi a été nommée vice-présidente de la Croix-Rouge du Vietnam, en charge de Dà Nang (Centre) jusqu'à Cà Mau (cap du Sud). "Et ça m'a surpris qu'elle m'ait choisi dans son équipe, car j'étais le plus jeune de l'équipe. Elle m'a proposé une nouvelle façon de travailler, par exemple former des gens, aider des démunis, en particulier originaires de minorités ethniques", se souvient-il.

Ainsi, depuis 1993, Alain Dussarps et Nguyên Thi Hôi travaillent ensemble. Ils ont à leur actif plus de 300 projets dans 54 provinces du Vietnam.

Des aides variées

"D'abord, on est intervenu dans le domaine de la santé : tuberculose, sida et lèpre, avec de grands projets chez les Bana et les Xê dang à Gia Lai et Kon Tum (hauts plateaux du Centre), ainsi qu'à Sóc Trang (Sud). On a mis sur pied pas mal de dispensaires qu'on appelait à l'époque +les consultations humanitaires+ où les gens venaient se faire soigner gratuitement", confie M. Dussarps.

Ensuite, l'aide s'est élargie à l'enseignement. "Nous avons financé des écoles primaires, et même des classes secondaires. Et aujourd'hui, nous accordons notre priorité aux écoles maternelles". Il s'agit ainsi de bâtir le plus tôt possible des écoles maternelles pour que les minorités ethniques apprennent le vietnamien, afin de leur ouvrir l'accès à des études supérieures. "On les forme également à des métiers : coiffure, couture, informatique, tissage, broderie…".

De plus, on s'est occupé, en particulier à Kiên Giang (Sud), de la prévention des catastrophes naturelles, via des formations au sauvetage, la remise de gilets de sauvetage, de bouées, de bateaux…

"Notre plus grande activité, c'est l'eau. Parce qu'au Vietnam, il y a beaucoup d'eau mais il y a très peu d'eau potable. Et alors, nous apportons l'eau dans les villages", explique-t-il.

Au début, on a fait beaucoup de puits sur les hauts plateaux du Centre, ainsi que des adductions, des réserves et des châteaux d'eau dans le delta du Mékong. "Dans le delta du Mékong, il a fallu parfois forer jusqu'à 300 m ou 500 m de profondeur pour accéder à l'eau, puis celle-ci est répartie de maisons en maisons comme on l'a vu à Cân Tho et Vinh Long".

Dans les régions peuplées de minorités ethniques du Nord, on fait de pareilles adductions d'eau, en captant l'eau dans la montagne avec un barrage et un réservoir de décantation pour enlever toutes les pollutions, une canalisation, un réservoir de filtrage avec du sable et de l'eau, et enfin une citerne de stockage ou avec des robinets. "Je savais que les minorités ethniques devaient encore faire des corvées d'eau. On a fait le bilan au bout de deux ou trois ans de tous nos projets, et on s'est aperçu que 80% des maladies provoquées par l'eau polluée avaient disparu et, surtout, que le niveau de vie des gens s'était amélioré. Parce qu'avec des adductions d'eau, les enfants et les femmes ne doivent plus aller chercher l'eau loin de chez eux. Ainsi, les mères ont plus de temps pour s'occuper de leurs enfants".

Maintenant, la principale activité de l'AAFV est le micro-crédit. La Croix-Rouge du Danemark a formé la Croix-Rouge du Vietnam en technique de crédit professionnel. Une vraie avancée chez les pauvres. Mais le problème, c'est que certains ne peuvent rembourser en argent liquide. "Mme Hôi a donc changé le système. Au lieu de leur prêter de l'argent, elle nous a proposé de leur donner des animaux comme des vaches, des truies, des buffles, des chèvres… en fonction de leurs besoins. Et comme ces familles n'ont pas de savoir-faire dans l'élevage, nous leur organisons des cours de formation".

Les membres de l'AAFV ont également testé les premiers projets d'aide aux victimes vietnamiennes de l'agent orange/dioxine. Il s'agit de fournir des animaux aux familles de victimes et quand il y a une naissance, on prend une tête pour la donner à d'autres familles. "C'est comme ça qu'ils peuvent rembourser. Leur vie s'améliore et les liens entre les familles soutenues par ces projets progressent. C'est très efficace, surtout avec les truies : au bout de deux ou deux ans et demi, une famille qui a reçu une truie ou une vache peut sortir du seuil de la pauvreté. Avec très très peu, on obtient beaucoup", estime-t-il.

Renforcer la solidarité entre la France et le Vietnam

Une des priorités de l'AAFV, c'est la solidarité franco-vietnamienne qui a été établie en 1961.

Il y a cinquante ans, divers Français d'origine politique différente ont décidé de créer l'AAFV pour l'amitié et la solidarité franco-vietnamienne, dans l'intérêt réciproque, dont l'objectif est de faire connaître le Vietnam. "Car la presse occidentale et vietnamienne a des côtés négatifs. Nous reflétons la réalité sur le Vietnam et développons la coopération franco-vietnamienne. Ce que nous voulons, c'est que les deux pays soient gagnants dans la coopération", explique Alain Dussarps.

L'AAFV ne fait ni de charité ni d'humanitaire, elle répond aux besoins des Vietnamiens. "Nous ne décidons pas les projets, ce sont les bénéficiaires qui le font", souligne-t-il, ajoutant que lii "on souhaite un lien entre les peuples français et vietnamien dans la joie ainsi que dans la tristesse".

L'AAFV et l'ACOTEC accordent toutes leurs aides aux victimes de l'agent orange et aux minorités ethniques. "On a ciblé l'éducation, la formation des pauvres, et aujourd'hui, les victimes de l'agent orange", précise-t-il.

Alain Dussarps apprécie l'idée de Nguyên Thi Hôi d'un remboursement en animal au lieu de l'argent dans le cadre des projets de micro-crédit. "Nous remercions Mme Hôi pour cette idée. Aujourd'hui, nous appliquons ce type de crédit dans plusieurs pays africains".

Les activités d'assistance de l'AAFV au Vietnam se déroulent de manière satisfaisante. Cependant, il semble que son vice-président ne s'en contente pas. "Mme Hôi, toujours dynamique et efficace, est un excellent relais au Vietnam. Mais après elle, qu'en sera-t-il ?".

Et puis cette mission humanitaire a aussi besoin de bénévoles. "Je veux que les jeunes comprennent qu'avec pas grande chose, on peut aider beaucoup de démunis", conclut Alain Dussarps.

Par Ttuong Giang - Le courrier du Vietnam - 9 octobre 2011