"L'objectif de cette campagne est de sensibiliser les vacanciers avant leur départ au soleil", explique Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF, cité dans un communiqué.

"Nous n'appelons pas au boycott de ces destinations, mais nous voulons que les voyageurs connaissent aussi l'envers du décor", poursuit-il. "Nous avons choisi trois pays qui sont à la fois des destinations paradisiaques pour les vacances et des enfers pour les journalistes: le Mexique, le Vietnam et la Thaïlande".

"Derrière les palmiers, les plages ou les temples se cache parfois une répression dure à l'égard des journalistes et des blogueurs. Nous prônons un tourisme responsable", insiste-t-il.

La campagne est appuyée par trois affiches où, sur fond de paysage de carte postale, l'"avertissement" est net: "Merde à la liberté d'expression. Partez au Mexique"; "Merde à la démocratie. Partez en vacances en Thaïlande"; "Merde aux Droits de l'homme. Partez en vacances au Vietnam".

Un site - http://www.censorship-paradise.com/fr/ - a également été créé. Il rassemble les atteintes aux Droits de l'homme et à la liberté de la presse répertoriées par RSF dans ces trois pays.

Agence France Presse - 29 octobre 2011


Reporters sans frontières : Rapport Vietnam

En janvier 2011, le onzième Congrès du Parti communiste, qui s’est conclu par l’élection de Nguyen Phu Trong à la tête du parti unique, n’a apporté aucun changement. Les arrestations et les actes de harcèlement contre les défenseurs de la démocratie sont même en recrudescence. Le Vietnam est à ce jour la deuxième prison du monde pour les Net-citoyens, avec dix-neuf d’entre eux actuellement en détention. Inquiet des risques de contagion des mouvements de contestation qui agitent le monde arabe, le régime de Hanoï réduit au silence les voix citoyennes et renforce la censure sur Internet. A l’exception des publications dissidentes, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoï.

En janvier 2011, le gouvernement a adopté un nouveau décret pour encadrer les activités des journalistes et des blogueurs, prévoyant notamment des amendes allant jusqu’à 40 millions de dong (environ 2000 dollars). Dans un pays où le salaire moyen s’élève à 100 dollars, ce texte aux contours délibérément vagues, permet au gouvernement vietnamien de multiplier les arrestations.

Les autorités se montrent particulièrement sévères lorsque les critiques émanent de membres du réseau pro-démocratique « Bloc 8406 », coalition qui plaide pour des réformes démocratiques au Vietnam. Malgré la forte aggravation de son état de santé, le père Nguyen Van Ly, militant des droits de l’homme et responsable de la publication dissidente Tu do Ngôn luan, a été renvoyé derrière les barreaux pour ses activités de journaliste en ligne. Droit de visite bafoué, absence d’accès aux soins, difficulté pour bénéficier d’une alimentation régulière, les conditions de détention particulièrement sévères s’apparentent à une forme de torture morale et physique.

Les chefs d’accusation tels que "diffamation envers le parti", "propagande contre l’État" ou "mise en danger de la sécurité nationale", sont régulièrement utilisés par les autorités pour intimider et réprimer les dissidents. Le Cong Dinh, cyberdissident et célèbre avocat, condamné, le 20 janvier 2010, à cinq ans de prison ferme, et Nguyen Tien Trung, blogueur et militant démocrate, condamné à sept ans de prison, en sont de récents exemples. Accusé de propagande anti-gouvernementale, Nguyen Dan Quê, journaliste indépendant et cyberdissident, âgé de 69 ans, risque la prison pour son appel à la manifestation, lancé dans l’esprit des mouvements en faveur de la démocratie au Moyen-Orient.

Dans certains cas, la police utilise des "tribunaux populaires" pour intimider les dissidents. Les habitants d’un quartier sont invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé.

Malgré la lutte implacable menée par la police politique contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes, les principales rédactions se développent et la concurrence s’accentue. Les médias restent néanmoins placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formés, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui soulève régulièrement des questions embarrassantes.

En plus des "organes d’Etat", notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour "violation grave de la loi sur la presse". C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois en 2009, pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un grave contentieux territorial avec la Chine.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Le Vietnam figure sur la liste des Ennemis d’Internet de Reporters sans frontières. Depuis le 11ème Congrès du parti communiste, le gouvernement a durci la répression des blogueurs et la censure d’Internet. La législation encadrant les blogueurs, mais également les cyber-cafés, a été renforcée. De nombreux sites sont bloqués, et les cyber-attaques se multiplient. Les net-citoyens pratiquent également l’autocensure, par peur des autorités : les blogueurs sont régulièrement menacés, convoqués par la justice, ou emprisonnés, comme Pham Minh Hoang et Lu Van Bay. Le premier, blogueur franco-vietnamien, a été condamné à trois ans de prison et trois ans d’assignation à résidence, le 10 août 2011, pour tentative de renversement du gouvernement. Lu Van Bay a été condamné, le 22 août 2011, à l’issu d’un procès expéditif, à quatre ans de prison et trois ans d’assignation à résidence, pour “propagande contre le régime”, selon l’article 88 du code pénal vietnamien.

Malgré la répression, les blogs ont acquis une influence croissante, traitant de sujets absents de la presse traditionnelle : différends territoriaux, corruption, conflits fonciers, ou encore liberté d’expression. Internet s’est considérablement développé ces dernières années : plus d’un tiers de la population est désormais connecté au Web.

RSF.org - Octobre 2011