Donc, les gens ne comprennent pas ce qu'on veut dire, et ça devient très compliqué de communiquer. Il faut avoir une oreille musicale pour bien maîtriser cette langue», explique-t-il en ajoutant qu'il sait quand même bien se débrouiller dans la vie de tous les jours.

Cette langue, c'est le vietnamien. En effet, voilà déjà neuf ans qu'Alain Boucher s'est installé au Vietnam où il avait trouvé un travail comme professeur d'informatique. D'année en année, il a ensuite renouvelé son contrat initial de deux ans.

«J'ai eu un coup de coeur pour le pays, et pour mon travail aussi. J'ai beaucoup de projets à mener», explique celui qui avait auparavant obtenu un doctorat en France où il est demeuré pendant huit années.

Il travaille pour l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) une agence qui n'est pas très connue dans le monde francophone mis à part pour deux de ses événements, l'annuel Sommet de la francophonie et TV5 Monde, diffusé partout sur le globe.

«L'OIF possède des Agences universitaires de la francophonie, au Cameroun, à Haïti, au Vietnam, etc. Moi, je travaille pour l'Institut de la francophonie pour l'informatique à Hanoi, au Vietnam», explique-t-il, précisant qu'ils enseignent seulement au niveau de la maîtrise et du doctorat.

Un autre rythme de vie

Les années ont passé et le Sherbrookois a finalement rencontré une Vietnamienne avec laquelle il s'est marié. Ils ont aujourd'hui un fils d'un an.

«Je pense que c'est plus facile d'élever un enfant au Vietnam qu'au Québec. Ici, toute la belle-famille est proche, ils peuvent nous aider, garder quand on veut, de la même façon que nous, on garde les autres enfants à l'occasion. Quand on se promène sur la rue, tout le monde veut voir et toucher le bébé», explique Alain Boucher.

La petite famille vit dans une maison louée. Évidemment, à Hanoi, l'espace est très restreint. En effet, la densité de la population compte parmi les plus élevées du monde.

«La maison fait quatre ou cinq mètres de large; il n'y a donc qu'une pièce par étage, mais nous avons quatre étages», explique-t-il.

Et ses propriétaires font sans doute plus d'argent avec la location de leur maison qu'avec leur salaire régulier. Car au Vietnam, il y a une sous-valorisation des diplômes scolaires, et la main-d'oeuvre est très, très peu valorisée.

«En informatique par exemple, le travail est facile à trouver. Le problème, c'est que les salaires sont très bas. Les gens n'arrivent pas à gagner suffisamment pour combler le coût de la vie. Les gens doivent donc cumuler les emplois ou trouver des astuces pour que ça coûte moins cher, comme vivre à plusieurs dans un appartement ou une maison de location», rapporte Alain Boucher.

Malgré ces quelques problèmes, les Vietnamiens sont quand même heureux, et l'informaticien s'est aussi adapté à leur mode de vie. «Les gens, ici, vivent beaucoup dehors. Quand on marche dans la rue, beaucoup de portes sont ouvertes et on voit ce que les gens font à l'intérieur de la maison. La notion de vie privée n'est pas la même qu'au Québec. Les gens sortent aussi souvent des tables et des chaises pour manger dehors», cite-t-il en exemple.

Il s'est aussi habitué à la chaleur... Euh... du moins, un peu!

«Je pense qu'on ne s'y habitue jamais vraiment. Ici, il fait vraiment chaud pendant la majeure partie de l'année et surtout, c'est très humide! Il fait souvent 38 degrés Celsius, et ça atteint 50 degrés avec l'humidex. Quant à l'hiver, il peut faire environ 10 degrés humides pendant quelques semaines. Le problème, c'est que rien n'est chauffé, alors on a froid tout le temps, il n'y a aucun endroit pour se réchauffer», dit-il en riant.

En passant, il est possible que le Sherbrookois revienne sur sa terre natale l'an prochain, à la fin de son prochain contrat, avec son épouse et son garçon. «Je ne pourrai sans doute pas renouveler mon contrat à l'université, alors on regarde pour vivre près d'une famille ou de l'autre, donc, au Québec ou au Vietnam...» explique Alain Boucher.

Par Marie-Christine Bouchard - La Tribune (.ca) - 3 novembre 2011