Les espaces alternatifs sont des espaces de création et d'exposition artistique qui ont vu le jour à la fin des années 1960 aux États-Unis. Leur objectif premier est de permettre la création et l'exposition de nouvelles formes artistiques d'avant-garde (installations, performances, vidéo…).

Au Vietnam, les espaces alternatifs sont apparus progressivement il y a une vingtaine d'années et poursuivent leur développement. À Hanoi, on peut citer le Salon Natasha, une maison donnant sur la rue Hàng Bông dans l'ancien quartier de Hanoi, Nhà Sàn (maison sur pilotis), un atelier d'objets d'art et d'artisanat dans une ruelle à côté du marché Buoi, ou encore le Studio Anh Khanh, au pied de la digue du fleuve Rouge… Avec ces espaces alternatifs, l'art contemporain du Vietnam qui reste en phase d'expérimentation est de plus en plus proche du public.

Le premier espace alternatif

Parmi les espaces alternatifs précités, Nhà Sàn en est un des premiers de tout le pays. Vers 1990, alors que le déplacement de maisons sur pilotis des ethnies était en vogue à Hanoi, le peintre Nguyên Manh Duc en a installé une sur le terrain familial, dans une ruelle à proximité du marché de Buoi. Au début, cette maison sur pilotis était à la fois un lieu d'habitation, de dépôt d'objets anciens collectionnés par son propriétaire, et un atelier de production d'objets d'art et d'artisanat. La plupart des clients et visiteurs de cette maison étaient des étrangers, et dans le but de lui ajouter une valeur, le propriétaire y a organisé fréquemment des spectacles d'art traditionnel : ca trù, quan ho, châu van...

À la fin des années 1990, Nguyên Manh Duc s'est captivé pour une nouvelle forme d'art, celui de l'installation et dont le peintre Trân Luong est un avant-gardiste au Vietnam. Tous deux se sont rencontrés en vue de trouver un espace artistique ouvert et indépendant consacré aux nouvelles formes d'art. Et c'est tout naturellement qu'ils ont pensé à Nhà Sàn. "Nous avons trouvé qu'il était impossible d'avoir un espace artistique indépendant sous le patronage d'un mécène ou d'un autre. Les galeries n'exposaient des œuvres que dans un but marchand. Nombre d'artistes sentant la nécessité d'expérimenter de nouvelles pratiques artistiques et d'explorer de nouveaux champs de l'art ne disposaient d'aucun espaces de création et moins encore d'exposition. Nous nous sommes donc dit pourquoi ne pas choisir Nhà Sàn en tant que tel", se souvient Trân Luong.

Quelques adaptations se sont révélées nécessaires, telles qu'augmenter sa hauteur sur pilotis, installer une sonorisation et un éclairage modernes. Outre les investissements personnels de Nguyên Manh Duc et Trân Luong, Nhà Sàn a reçu une aide de 5.000 dollars du fonds John and Eva. C'est ainsi que l'espace des arts contemporains Nhà Sàn est né. "Le but de Nhà Sàn était de donner un espace pour toutes formes d'arts ne pouvant trouver une place sur les lieux et scènes des arts traditionnels et autres espaces institutionnels", affirme l'artiste Trân Luong. Et c'est en 1998 que l'exposition d'installation "Con rông tân thoi" (Le nouveau dragon) a inauguré l'espace Nhà Sàn.

Les débuts n'ont pas été aisés. Après de premières expositions, cet espace alternatif a en effet été l'objet de beaucoup de critiques et de soupçons… Certains disaient qu'à Nhà Sàn, on pratiquait des "arts du diable". Toutefois, le nombre d'avant-gardistes allant à Nhà Sàn a de plus en plus augmenté et depuis plusieurs années déjà, les visiteurs de cet espace alternatif ne sont plus seulement des gens du milieu artistique et des beaux-arts. Nhà Sàn est devenu un espace ouvert unique à Hanoi comme dans l'ensemble du pays, dès avant l'apparition d'autres lieux semblables à Hanoi, Huê (Centre) et Hô Chi Minh-Ville (Sud).

Une dizaine d'espaces alternatifs

Nhà Sàn est le lieu d'exposition de nombreux artistes d'avant-garde connus du Vietnam. C'est aussi le lieu de présentation de premières œuvres de beaucoup d'étudiants en beaux-arts de Hanoi. Nombre d'artistes contemporains du monde, une fois au Vietnam, choisissent ce lieu également pour présenter leurs œuvres. Avec plus de 100 événements, expositions et colloques artistiques à son actif, Nhà Sàn est très représentatif d'un espace alternatif de par son intense activité. En 15 années d'existence, elle demeure une des premières adresses pour l'art contemporain au Nord du Vietnam. (Pour de plus amples informations, visitez : http://nhasanstudio.org).

Depuis quatre ans, le Vietnam compte près de dix espaces alternatifs dans de grandes villes comme Hanoi, Hô Chi Minh-Ville ou Huê. On peut citer quelques adresses appréciées de la mégapole du Sud, ainsi de l'espace Khoan cat bê tông au 46/8, 18 boulevard Kha Van Cân dans l'arrondissement de Thu Duc, spontané et fantaisiste car dépourvu de tout programme précis.

Ngô Luc et ses collaborateurs veulent que Khoan cat bê tông soit un lieu de repos et de liberté absolues pour les artistes. Depuis début 2011, il a de fait accueilli de remarquables spectacles de Lê Hoài Anh, Me Dôp... Il réunit beaucoup de spectateurs de tous horizons, y compris vendeurs de soupe, conduc- teurs de cyclo et éboueurs... Son budget provient de dons des artistes et du public, sans dépendre d'aucun sponsor.

On peut citer également Sàn Art (Scène Art) au 3, rue Mê Linh dans l'arrondissement de Binh Thanh. Fondé en octobre 2007 et souvent mentionné lorsqu'on parle d'art contemporain au Vietnam, Sàn Art réunit les artistes Dinh Q. Lê, Zoe Butt, Tuân Andrew Nguyên, Phù Nam Thuc Hà et Tiffany Chung, qui ont de riches relations en diverses villes étrangères leur permettant d'organiser des échanges d'artistes comme d'œuvres.

Par Hoàng Hoa - Le courrier du Vietnam - 4 novembre 2011