Les spectateurs curieux se sont pressés dans les salles obscures pour découvrir cette histoire d'amour impossible entre un prostitué et un libraire, et entrevoir ainsi une réalité généralement cachée dans le pays communiste. Une véritable révélation pour certains.

"Maintenant, je pense qu'ils sont comme nous", lance ainsi une Vietnamienne de 50 ans, qui préfère rester anonyme, après une projection dans la capitale. Mais pour d'autres, c'est le malaise qui domine. Comme ce groupe de jeunes qui ne peut de s'empêcher de rire ou cette adolescente qui se cache les yeux lorsque que les deux acteurs s'embrassent à l'écran.

Dans un pays où domine la morale confucéenne, qui insiste sur tradition et famille, l'homosexualité reste largement tabou. Et les gays sont communément caricaturés, dépeints comme des figures comiques ou des malades pouvant être traités. Des préjugés que "Lost in Paradise" espère faire évoluer.

"Nous voulons juste apporter notre contribution, pour que les gays soient mieux acceptés dans notre société. Ils n'ont besoin ni de compassion ni de compréhension. Ils ont besoin d'égalité", souligne Luong Manh Hai, un des acteurs principaux et co-auteur du scénario.

Le film réalisé par Vu Ngoc Dang a été bien accueilli par la critique, au Vietnam et à l'étranger, et sera projeté au festival international du cinéma de Berlin en février, avant une sortie en DVD en octobre.

Agência AngolaPress - January 29, 2012


Un «Brokeback Mountain» à la vietnamienne

L’amour intime entre deux hommes. Banal partout, le sujet, via le film Lost in Paradise, fait sensation au Vietnam. Le public s’y passionne pour l’amour impossible d’un prostitué et d’un libraire, réalité taboue en pays communiste confucéen. Véritable libération pour certains, considérable malaise pour d’autres. Au Vietnam, les gays sont communément perçus comme des malades et caricaturés. «Nous voulons apporter notre contribution, pour que les gays soient acceptés. Ils n’ont besoin ni de compassion ni de compréhension. Ils ont besoin d’égalité», explique Luong Manh Hai, un des acteurs et coauteurs.

Le film, réalisé par Vu Ngoc Dang, sera projeté à la Berlinale, qui se déroule du 9 au 19 février. Mais cette tranche de vie a au passage été censurée de ses scènes explicites. Lost in Paradise est considéré comme «un succès pour un film de ce genre», note un responsable de la société de production, BHD Media. Certains journalistes locaux étaient allés jusqu’à «oser» couvrir en 2010 ce qui a été qualifié de premier mariage entre deux femmes, ainsi que celui de deux hommes en juin dernier, même si ces événements n’étaient forcément que symboliques puisque illégaux selon la loi vietnamienne.

Libération - 30 janvier 2012