Selon les chercheurs qui ont étudié de près les effets de cette réforme, celle-ci est largement déconnectée des structures en place. Les résultats sont décevants : la tarification de l’eau n’a pas permis les gains escomptés, la gestion intégrée par bassin s’avère difficile à mettre en œuvre, des conflits d’autorité ont émergé…

Face aux besoins croissants de la population, le gouvernement a souhaité développer une gestion intégrée des ressources en eau, notamment sur le bassin du fleuve Rouge, deuxième cours d’eau du Vietnam, après le Mékong -un fleuve qui qui abrite près d'un tiers de la population vietnamienne, soit 30 millions de personnes, dont les habitants de la capitale, Hanoï.

Barrages hydro-électriques, systèmes d’irrigation, digues, dérivations : les aménagements effectués par l’homme sur le fleuve Rouge sont anciens, parfois même séculaires. Mais une nouvelle gouvernance de l’eau est venue s’ajouter au réseau existant de gestion de la ressource, sans que soit prise en compte la complexité du terrain. Selon les chercheurs, ces mesures s’avèrent peu efficaces, voire contreproductives à court terme.

Le mieux ennemi du bien ?

« Les digues imposantes qui bordent le fleuve Rouge et ses défluents impressionnent. Elles dénotent l’existence d’une lutte continuelle existant entre l’homme et le fleuve pour se prémunir de ses crues. En dehors d’événements climatiques exceptionnels comme les typhons, l’immense étendue de parcelles rizicoles cultivées intensivement, entre lesquelles courent de nombreux canaux, semble être le signe de l’emprise de l’homme sur la nature, l’eau domestiquée lui apportant prospérité. Ces systèmes de production très intensifs ne pourraient pas être garantis sans un service performant d’hydraulique agricole », rappelait en 2006 Jean-Philippe Fontenelle aux éditions La Découverte, dans une étude publiée en ligne et intitulée « La décentralisation de l'hydraulique agricole du delta du fleuve Rouge au Viêt-nam : rupture ou continuité ? ».

Pourtant, dans une synthèse présentée en ligne les chercheurs de l'IRD il est expliqué comment, au cours de la dernière décennie, et encouragé par les instances et bailleurs de fonds internationaux, le gouvernement vietnamien a instauré une nouvelle gouvernance aux effets plutôt néfastes:

Par exemple, le ministère de l’Agriculture et du développement rural a vu l’émergence des Organisations de bassin comme une menace, entraînant le transfert de certains de ses pouvoirs politiques et de ses prérogatives financières à ces nouvelles structures.

La tarification de l’eau n’a que rarement, sinon jamais, permis les gains escomptés.

La gestion intégrée des ressources en eau s’est avérée difficile à mettre en œuvre.

Une confusion institutionnelle s’est instaurée, en particulier quand le ministère des Ressources naturelles et de l’environnement a émergé.

Des conflits d’autorité se sont cristallisés.

Par Dominique Raizon - Radio France Internationale - 6 février 2012