L'association humanitaire dissimulait-elle un trafic de médicaments vers le Vietnam ? Le tribunal correctionnel de Marseille doit juger aujourd'hui Grégory, 36 ans, soupçonné d'avoir, de 2005 à 2007, orchestré cette "contrebande". À l'origine, la société Interpharm qu'il crée, en 2001, est tout à fait légale. L'entreprise a pour objet la vente de médicaments en gros aux principaux hôpitaux d'Hô-Chi-Minh-Ville (ex-Saïgon). L'associé est un pharmacien, en respect des obligations de ce type de commerce, et l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) délivre, le 31 mai 2001, son agrément.

Trois ans plus tard, une évolution de la législation vietnamienne contraint cliniques et hôpitaux à se fournir exclusivement auprès d'organismes d'État. Interpharm ferme ses portes. Mais Grégory, sous couvert d'une association humanitaire, Solidarité Santé (Solisan), entame la collecte dans le sud de la France - de Lyon à Toulouse - des médicaments non utilisés (MNU), récoltés par les pharmacies.

En juin 2007, après une alerte de la Drass qui soupçonne une collecte illégale, un coursier est interpellé alors qu'il opère la tournée des pharmacies pour y remplir des cartons frappés du sigle Cyclamed, l'organisme en charge du recyclage des médicaments. Ce label sera mis en avant par les pharmaciens comme un gage de sérieux de l'association sollicitant leurs dons de médicaments.

Dans deux boxes du boulevard Danielle-Casanova (15e arr.), les enquêteurs découvrent plusieurs mètres cubes de cartons et de sacs poubelles pleins de médicaments, en partie périmés. Certains relèvent de la législation sur les substances vénéneuses. La location de la camionnette et des boxes est réglée avec la carte bancaire de la Fédération française des arts martiaux vietnamiens, association que préside le père de Grégory.

Au Vietnam, M. Ba Linh, pharmacien, reçoit deux colis mensuels de dix kilos de médicaments. En échange, Grégory perçoit 2 000 à 2 500 euros par mois, une somme remise par un cousin du pharmacien de Saïgon. La demande d'entraide judiciaire de la justice marseillaise a été infructueuse, Interpol Vietnam estimant l'affaire "très complexe", façon de ne pas mettre son nez dans l'approvisionnement douteux d'officines locales.

Devant le juge d'instruction du pôle santé du tribunal de Marseille, Grégory a reconnu le caractère irrégulier de ce commerce qui lui vaut d'être jugé pour contrebande de marchandises prohibées mais également pour exercice illégal de la profession de pharmacien. En 2002, l'Afssaps l'avait rappelé à l'ordre soulignant que les collectes de son association étaient illégales en l'absence de pharmacien. En 2005, la Drass Paca avait provoqué une enquête s'étant aperçue de cette collecte de l'association Solisan sans agrément. Un an durant, il mettra la pédale douce. Lors de son audition, le 5 juillet 2005, par les services de police Grégory expliquait une confusion maladroite entre Interpharm, vitrine légale de son activité, et l'association humanitaire. Il assure n'avoir expédié que des antibiotiques et médicaments - mais aucun psychotrope - dont la date de péremption était supérieure à un an. Ce sera l'une des principales questions de cette affaire qui avait valu à ce marchand de pilules d'être provisoirement détenu durant trois mois et demi en 2007.

Par Luc Leroux - La Provence - 8 février 2012