Le marché du café robusta ne s'attendait pas à cela, étant donné que la récolte du Vietnam, le premier producteur de robusta au monde, est pléthorique cette année. Aux yeux des torréfacteurs, de l'industrie et des investisseurs, les quantités de robusta seraient largement suffisantes à la consommation toujours plus importante de café lyophilisé, à base de robusta, dans les pays émergents ; mais aussi à l'usage plus grand du robusta dans les mélanges de cafés moulus, depuis que l'arabica est hors de prix.

Beaucoup d'acteurs du marché s'étaient donc positionnés à la baisse à la Bourse de Londres en vendant des contrats ou en prenant des options vendeuses, persuadés que les cours du robusta resteraient déprimés. C'était compter sans la rétention organisée en plein pic de récolte par les paysans et les exportateurs au Vietnam, déçus par les prix. En janvier, les exportations vietnamiennes ont été divisées par deux par rapport à l'année dernière. Cette pénurie artificielle sur le marché physique a été amplifiée par l'action d'un investisseur dominant très avisé à la Bourse de Londres, qui s'est mis à acheter à tour de bras des contrats de robusta livrable au mois de mars. Aucune limitation de position n'a en fin de compte été imposée sur le marché londonien, ce qui rend possible son étranglement par manque de disponibilité, ce qu'on appelle un « squeeze »...

Les autres investisseurs mais aussi les industriels de la filière se sont alors brutalement réveillés, ils ont racheté en urgence les contrats et les options qu'ils avaient à la vente, pour limiter leurs pertes, ce qui n'a fait qu'accentuer la remontée des cours, spectaculaire depuis le début du mois de février. A 2 106 dollars la tonne, le plus haut cours depuis cinq mois, le robusta a gagné 14% en deux semaines et, fait très rare, le robusta livrable en mars est plus cher que le robusta livrable en mai. « Ce déport de 145 dollars n'est pas encore colossal », commente un négociant. « En 1984, se souvient-il, le différentiel était de 700 dollars, tant la pénurie immédiate était grave ». Les choses pourraient rentrer rapidement dans l'ordre, avec une hausse des prix qui commence déjà à encourager les Vietnamiens à vendre à nouveau leur production.

Par Claire Fages - Radio France Internationale - 15 février 2012