Quel jeu Kris Peeters joue-t-il ? Cette question, pas mal de participants à la mission se la posent. Avant d'arriver samedi soir au Vietnam, le ministre-président flamand a mené une mission économique et politique en Birmanie dont le régime suscite encore bien des questions.

Ici, à Hanoi, il devait avoir quelques contacts aux les autorités économiques locales pour appuyer la soixantaine d'entreprises flamandes qui se sont jointes à la mission économique emmenée par le Prince Philippe. Il devait notamment, entre guillemets, vendre aux investisseurs vietnamiens les mérites des infrastructures portuaires flamandes, Anvers, Zeebruges etc. Mais finalement, Kris Peeters a préféré prendre l'avion lundi, direction la Birmanie pour rencontrer l'opposante Aung San Suu Kyi avant de repartir vers la Belgique, un déplacement exclusivement politique.

On s'en doute, cette initiative ne plaît guère au ministre fédéral des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui dirige les aspects diplomatiques de la mission économique belge au Vietnam.

Les deux hommes se sont parlé et, selon Didier Reynders, le ministre président flamand a promis de ne plus recommencer…

Par Michel Gassée - Radio Télévision Belge Francophone - 13 mars 2012


Incident diplomatique entre Reynders et Peeters

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a indiqué mardi à Hanoï ne pas comprendre l'attitude du ministre-président Kris Peeters qui s'est rendu en deux temps en Birmanie ces derniers jours pour une mission économique et politique en laissant au Vietnam la délégation flamande participant à la mission princière. Désormais, je suis également "ministre de la diplomatie économique", a fait observer Didier Reynders, évoquant le soutien qu'il a été amené à apporter aux entreprises flamandes lors de contacts politiques en haut lieu au Vietnam.

"Ce n'est pas une critique, j'adore faire cela, et je n'ai aucune capacité d'interdire à qui que ce soit" d'aller en Birmanie mais "je reste convaincu que ce n'est pas la meilleure formule d'aller se promener dans un pays à propos duquel on envisage de lever certaines sanctions", a indiqué M. Reynders.

Après quelques heures passées à Hanoï, le ministre-président Kris Peeters a quitté prématurément lundi la mission économique au Vietnam afin de rencontrer l'opposante Aung San Suu Kyi en Birmanie, pays dans lequel il s'était déjà rendu la semaine passée. "M. Peeters et moi-même nous sommes parlés, le dossier est clos, il m'a dit que cette mission était liée à un dossier ponctuel, aux relations ancestrales de la Flandre avec la Birmanie depuis 2008, et que cela ne se reproduirait plus... mais je vous avoue que je ne comprends pas et que ce qui me surprend le plus est de faire programmer des mois à l'avance par l'agence fédérale au Commerce une mission (au Vietnam) pour laquelle les agences régionales invitent des centaines d'entreprises et qu'au moment de donner le dernier coup il n'y a plus personne", a commenté M. Reynders.

"Ne vous étonnez pas si dorénavant, j'emmène des dossiers d'entreprises à l'occasion de contacts politiques bilatéraux, je ferai aussi de la diplomatie économique", a-t-il ajouté. A ceux - il a cité le sp.a - qui le critiquent au parlement fédéral en indiquant qu'il a adopté une politique étrangère très économique, Didier Reynders a conseillé d'interroger dorénavant M. Peeters. "Moi, je ne prononce pas, j'imagine qu'il y aura un débat au Parlement flamand", a-t-il dit.

Le ministre des Affaires étrangères a indiqué avoir dû défendre quelques gros dossiers flamands à Hanoï, notamment portuaires auprès du ministre vietnamien des Transports. "Je dois être un des rares ministres francophones en qui le gouvernement flamand fait à ce point confiance", a-t-il dit.

En ce qui le concerne, le chef de la diplomatie a rappelé quel était la "ligne de conduite approuvée par les six partis de la majorité fédérale", à savoir les droits de l'Homme et en fonction de la situation politique, faire valoir nos intérêts économiques. En ce qui concerne la mission en deux temps de M. Peeters en Birmanie, "j'ai eu un peu le sentiment qu'on avait tellement oublié le volet droits de l'Homme, qu'on a dû y retourner", a dit M. Reynders appelant une nouvelle fois à "un peu de cohérence".

Par Michaël Bouche - Agence Belga - 13 mars 2012