Le procès qui doit durer quatre jours débutera mardi à Haïphong (nord-est), a indiqué à l'AFP une responsable du tribunal de la ville portuaire, en refusant de révéler le moindre détail, pas même le nombre des accusés.

La presse officielle n'en faisait pas état vendredi. Mais elle avait indiqué il y a quelques mois que l'ex-PDG de Vinashin, Pham Thanh Binh, et huit autres cadres du groupe comparaîtraient pour abus de pouvoir et violation intentionnelle des règles de l'Etat en matière de gestion économique.

Binh, principal accusé, avait été arrêté en août 2010. Lui et ses anciens collègues sont passibles de 20 ans de prison. Deux autres sont en fuite et font l'objet d'un mandat d'arrêt international.

Les dettes du conglomérat ont été évaluées à plus de quatre milliards de dollars et l'affaire avait provoqué un scandale politique, fragilisant le sommet du pouvoir communiste. Car Binh était considéré comme très proche du Premier ministre Nguyen Tan Dung.

Un parlementaire avait même proposé une motion de censure contre le chef du gouvernement.

Toute cette affaire a été extrêmement embarrassante pour Dung, rappelle David Brown, diplomate américain à la retraite, selon lequel le patron de Vinashin était un protégé de Dung.

Ce dernier, considéré comme l'homme le plus puissant du pays, avait dû s'expliquer devant l'Assemblée nationale, convenant que lui et d'autres hauts responsables devraient s'appliquer à une clarification des responsabilités, et promettant de ne pas laisser un cas similaire se reproduire.

Aucun dirigeant politique n'a pour autant été sanctionné pour l'effondrement du groupe, aujourd'hui en cours de restructuration.

Dans l'affaire jugée mardi, l'enquête s'est concentrée sur un trou financier de plus de 43 millions de dollars. Un autre dossier est en cours d'instruction, portant sur des détournements de fonds.

En décembre 2010, Vinashin n'avait pu rembourser une première échéance de prêt de 60 millions de dollars, partie d'un emprunt de 600 millions syndiqué par le Crédit Suisse en 2007. Aucune information sur ce remboursement n'a été disponible depuis.

Le scandale avait suscité de fortes inquiétudes chez les investisseurs, dans un pays qui peine à se débarrasser des méthodes de gestion hasardeuses héritées de l'économie planifiée, et où le secteur public joue toujours un rôle prédominant.

L'affaire avait été citée par les agences de notation dans la dégradation successives de plusieurs de leurs notes sur le Vietnam.

Agence France Presse - 23 mars 2012