La Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI) et l’Inspection du gouvernement viennent de rendre public les résultats de l’enquête sur la situation actuelle de la corruption dans le secteur des entreprises au Vietnam.

Cette enquête relève du projet «Initiative pour l’amélioration de la transparence et de la conscience dans les affaires au Vietnam», lequel est mis en oeuvre par le bureau pour la croissance durable des entreprises relevant de la VCCI. Ce projet bénéficie du soutien financier des ambassades de Suède et du Royaume-Uni, du groupe Siemens, de la sarl Ericsson Vietnam, ainsi que du concours technique de l’organisation Transparency International, du Forum international des dirigeants d’entreprises (IBLF), de la société d’avocats Baker & Mc Kenzie, outre des organismes gouvernementaux du Vietnam que sont l’Inspection du gouvernement, le ministère de l’Intérieur, le Comité central pour la prévention et la lutte contre la corruption, et l’Institut des sciences de l’audit.

En dehors de dresser un état des lieux, cette enquête de la VCCI a également cherché à mesurer son influence sur les affaires des entreprises et, plus généralement, sur l’évolution de la situation socioéconomique du Vietnam. Menée dans les six villes et provinces de Hanoi, Hai Phong, Dà Nang, Hô Chi Minh-Ville, Dông Nai et Cân Tho sous forme d’un questionnaire envoyé à 270 entreprises, elle a également donné lieu à l’organisation de sept tables rondes et de 12 interviews approfondies d’entreprises, d’associations professionnelles et de fonctionnaires d’État.

Selon l’inspecteur en chef-adjoint de l’Inspection du gouvernement Trân Duc Luong, la corruption a aussi des effets sur la concurrence, en dehors de porter atteinte à la confiance de la population à l’égard du Parti et de l’État, et notamment de son administration. Pertinemment conscient des conséquences de ce fléau, le gouvernement vietnamien a exigé des ministères, branches et localités d’appliquer strictement la Loi sur la prévention et la lutte contre la corruption en privilégiant l’application des mesures de prévention définies, a-t-il souligné.

Le vice-président de la VCCI, Doàn Duy Khuong, a insisté sur la malfaisance de ce phénomène, un fléau social qui entrave la croissance nationale en nuisant à la compétitivité des entreprises et faisant fuir l’investissement étranger. «La communauté des entreprises a un rôle essentiel, celui de coopérer avec le gouvernement, les organisations sociopolitiques et les organisations internationales en vue d’une action commune pour l’amélioration de l’environnement d’affaires au Vietnam», a indiqué Doàn Duy Khuong, chef du comité de pilotage du projet «Initiative pour l’amélioration de la transparence et de la conscience dans les affaires au Vietnam».

Quatre causes principales

L’enquête de la VCCI a étudié les formes, l’importance et le niveau du phénomène de la corruption dans le secteur des entreprises. Ainsi, la corruption grève plus particulièrement les relations, d’une part, entre entreprises, administrations et fonctionnaires d’État, et d’autre part, entre entreprises elles-mêmes.

Selon un avis général à tous les hommes d’affaires interrogés, les entreprises sont tant victimes que responsables de la corruption. La corruption est fréquemment observée dans la gestion publique du secteur des entreprises, et la plupart des hommes d’affaires peuvent en identifier les diverses formes, dont les plus courantes sont pots-de-vin, réceptions au restaurant, cadeaux de remerciement... Plus précisément, cette enquête révèle que 40% des entreprises reconnaissent avoir des frais «non officiels» représentant 1% de leurs dépenses annuelles totales, et 13%, plus de 5%... Par ailleurs, 80% des entreprises sont unanimes pour déclarer que la corruption nuit à leurs affaires.

L’enquête a recensé quatre causes essentielles de ce phénomène. En premier lieu, la plupart des entreprises interrogées (87%) affirment que la loi n’est pas parfaitement adaptée pour éviter ce phénomène : par exemple, les entreprises sont obligées d’offrir des cadeaux ou des enveloppes pour réaliser des formalités alors qu’il s’agit d’un simple droit. En deuxième lieu, le défaut de transparence de certains secteurs, tels ceux du foncier et de la banque, ou les cas de corruption sont plus nombreux, ainsi en vue de l’obtention d’un crédit. La troisième cause revient aux entreprises même, compte tenu de l’actuelle pratique des affaires, comme l’usage d’offrir une enveloppe en remerciement. La dernière tient à un trop faible niveau d’administration des entreprises.

Les experts ont proposé plusieurs mesures pour remédier à ces constats, soulignant toutefois le rôle des entreprises mêmes qui sont considérées comme un facteur important de la survenance en masse de la corruption. Les entreprises sont appelées à améliorer leur conscience en ce domaine et à instituer une meilleure culture de l’entreprise comme une plus grande moralité dans les affaires. Les associations professionnelles doivent participer activement à la sensibilisation des entreprises à cette problématique et à la réglementation en vigueur. L’édiction de nouvelles dispositions en vue d’une plus grande transparence est par ailleurs tout aussi essentielle pour battre en brèche la corruption, à commencer par la loi contre la corruption dont les déficiences juridiques sont déplorées par 79% des entreprises.

Concernant les fonctionnaires d’État, l’enquête conduit à souligner l’étude de deux mesures : l’augmentation de leurs compétences professionnelles et l’amélioration de leur traitement. Autres mesures importantes, le contrôle de la lutte contre la corruption par la population, ainsi que l’introduction de son étude dans les programmes scolaires.

Par Ngân Huong - Le courrier du Vietnam - 28 avril 2012