La police n'a pas tenté d'empêcher ce défilé préparé par la petite mais grandissante communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bi, trans), quelques jours après que le ministre de la Justice a déclaré qu'il était peut-être temps d'envisager une légalisation du mariage entre personnes du même sexe.

"On fait aujourd'hui beaucoup plus attention aux droits des homosexuels", a déclaré à l'AFP Le Minh, 21 ans, en attachant un drapeau arc-en-ciel à son vélo.

"Il y eu des questions sur le mariage homosexuel lors de la récente session de l'Assemblée nationale. C'est vraiment bien pour la communauté", a-t-elle ajouté.

Dans ce pays communiste où domine la morale confucéenne, qui insiste sur tradition et famille, l'homosexualité reste un tabou. Les gays sont communément caricaturés, dépeints comme des comiques ou des malades pouvant être soignés.

Mais fin juillet, le ministre de la Justice Ha Hung Cuong avait créé la surprise en envisageant de changer la loi pour permettre le mariage entre personnes du même sexe.

La législation interdit actuellement ces mariages, et en cas de changement, le Vietnam serait le premier pays en Asie à les autoriser.

"Il est temps de mettre fin à la discrimination contre les gens ayant une sexualité différente. Je suis hétérosexuel, mais ma cousine est lesbienne", a commenté dimanche pendant la gay pride Kyle Tran, 19 ans, portant un bandeau rouge "J'aime les LBGT".

Le parcours du défilé a dû être modifié sous la pression de la police, pour éviter des zones sensibles de la capitale où une manifestation anti-chinoise a été empêchée dimanche, selon des militants.

"Nous n'avons pas eu d'autorisation officielle, et si nous l'avions demandée, ça n'aurait pas été possible", a expliqué à l'AFP Van Anh, participante de 51 ans.

"Mais nous avons le soutien de la société vietnamienne et beaucoup m'ont dit qu'ils voulaient y participer", a-t-elle ajouté, espérant que la loi sur le mariage serait changée.

Le Nouvel Observateur - 5 Août 2012


Au Vietnam, l'homosexualité se débarrasse lentement du tabou qui l'entoure

Le Vietnam communiste, où l'homosexualité a longtemps été vue comme un "fléau social", réfléchit désormais à de nouvelles lois qui propulseraient le pays à la pointe des droits des homosexuels dans une Asie dominée par les valeurs traditionnelles et où la sodomie reste illégale dans plusieurs pays.

Signe le plus visible d'un tabou qui s'estompe, une centaine de vélos décorés de drapeaux arc-en-ciel ont sillonné dimanche les rues de Hanoï lors de la première gay pride vietnamienne, criant leur soutien au mariage homosexuel.

L'an prochain, les députés doivent amender la loi sur le mariage et la famille, et le ministre de la Justice a récemment indiqué qu'ils pourraient envisager d'y faire pour la première fois une place aux couples homosexuels.

Si selon les experts, l'Assemblée nationale ne devrait pas aller jusqu'à légaliser le mariage entre personnes du même sexe, elle pourrait autoriser une forme d'union civile, ou créer certaines protections légales pour les couples vivant ensemble ou voulant adopter des enfants.

"Aucun pays en Asie du sud-est, même la Thaïlande, n'a mis le mariage homosexuel au menu de discussions officielles, alors c'est une surprise pour beaucoup de gens", commente le sociologue Le Quang Binh.

Régulièrement montré du doigt pour son bilan en matière de violations des droits de l'Homme, le régime à parti unique semble un défenseur improbable de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans).

Mais "le Vietnam est un cas à part", note Binh. Contrairement à la Malaisie, l'Indonésie ou les Philippines, il n'y a pas de puissants groupes militant contre les droits des homosexuels pour des raisons religieuses, souligne-t-il.

Les homosexuels vietnamiens doivent malgré tout faire face à la pression sociale, explique Le Huong, 22 ans, qui n'a pas dit à sa famille qu'elle était lesbienne.

"Je me sens très coupable. Je ne me sens pas coupable parce que je suis tombée amoureuse d'une fille, mais je me sens coupable parce que je ne peux pas être honnête avec ma mère", indique la jeune femme, dont le nom et celui de sa petite amie ont été changés.

L'homosexualité n'est pas illégale mais dans un pays où domine la morale confucéenne, qui insiste sur tradition et famille, elle a longtemps été tabou.

La petite amie de Huong, Nguyen Thi Hoa, n'a pas non plus fait son "coming out", de peur que sa famille ne soit montrée du doigt par ses voisins et amis qui considèrent l'homosexualité comme une maladie.

Mais les deux femmes espèrent un amendement de la loi sur le mariage pour changer cette situation, et leur permettre d'adopter un enfant.

"Mis à part l'adoption d'un enfant, seul le mariage peut être une reconnaissance et une preuve d'amour. Quand j'aurai un acte de mariage (je pourrai) prouver qu'il n'y a rien de mal à mon amour", insiste Hoa.

Signe d'un début de changement des mentalités dans certaines parties d'Asie du sud-est, Birmanie et Laos ont vu cette année aussi leur première gay pride. Et à Singapour, où les relations sexuelles entre hommes sont illégales mais la loi rarement appliquée, 15.000 personnes ont récemment manifesté pour la tolérance.

"La dynamique est similaire (à Singapour et au Vietnam). Les droits des homosexuels ne sont pas perçus comme une menace" pour le système politique, estime Phil Robertson, de Human Rights Watch.

Ces dernières années, la presse vietnamienne très contrôlée a ainsi pu évoquer les droits des homosexuels, et même couvrir plusieurs cérémonies symboliques de mariage gay.

Pour Binh, l'amendement de la loi est surtout envisagé comme une réponse pragmatique à l'augmentation du nombre de couples homosexuels vivant ensemble. Mais quelle que soit la motivation, le résultat sera positif, assure-t-il.

"Quand les gens acceptent la différence en matière d'orientation sexuelle, ça peut être plus facile pour eux d'accepter d'autres différences, comme la religion, les croyances, l'ethnicité".

Agence France Presse - 6 Août 2012


Le Vietnam célèbrera sa première gay pride dimanche à Hanoï

La première gay pride du Vietnam devrait avoir lieu dimanche à Hanoï. Le ministre de la Justice du pays communiste a déclaré qu’il était peut-être temps d’envisager une légalisation du mariage entre personnes du même sexe.

Lors du défilé préparé par la petite mais grandissante communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bi, trans), les participants sillonneront à vélo le centre de la capitale, a indiqué Tam Nguyen, organisatrice de l'événement.

Environ 150 personnes attendues

«Le défilé est confirmé», a-t-elle déclaré, tout en soulignant qu’elle n'était pas autorisée à dire si le défilé avait reçu l’autorisation des autorités. «Nous attendons environ 150 personnes. Ce n’est pas la première gay pride en Asie, mais nous pensons que c’est la première au Vietnam», a ajouté Tam Nguyen.

Le site internet de cette gay pride vietnamienne appelle les participants éventuels à envisager «les risques» avant d’y prendre part. Le régime communiste restreint strictement les manifestations, qui sont régulièrement dispersées par la police.

Et dans un pays où domine la morale confucéenne, qui insiste sur tradition et famille, l’homosexualité reste largement tabou. Les gays sont communément caricaturés, dépeints comme des figures comiques ou des malades pouvant être traités.

La chancellerie envisage le mariage pour tous

Mais fin juillet, le ministre de la Justice Ha Hung Cuong avait créé la surprise en envisageant un changement de la loi pour permettre le mariage entre personnes du même sexe.

Alors que l’Assemblée nationale réfléchit à une modification de la loi sur le mariage et la famille, il y a des discussions «sur l’opportunité d’admettre ou non, et d’une certaine manière de légaliser, le mariage (entre personnes) de même sexe», avait déclaré le ministre, selon des propos publiés sur le site internet du gouvernement. La loi interdit actuellement le mariage entre personnes du même sexe, et en cas de changement de la législation, le Vietnam serait le premier pays en Asie à l’autoriser.

Que cette loi change ou non, le ministre avait souligné la nécessité de lutter contre les préjugés qui frappent les homosexuels et offrir une protection légale aux couples de même sexe vivant ensemble.

Agence France Presse - 3 Août 2012