Les paris et autres jeux d'argent sont interdits au Vietnam, hormis les casinos de luxe, réservés aux étrangers, et les loteries officielles, nationales ou provinciales, aux millions d'adeptes.

Mais les tirages officiels quotidiens cachent un autre jeu tout aussi prisé mais illégal, le lo-de: les parieurs doivent deviner les deux derniers chiffres de la loterie officielle.

A ce petit jeu, Thinh a perdu 1,3 milliards de dongs (environ 50.000 euros), une fortune pour cet ouvrier du bâtiment de 41 ans qui s'est caché de son créancier dans cette cave de fortune.

"C'était vraiment la vie d'un guérillero", confie-t-il à l'AFP. Il s'est finalement résigné à vendre sa maison pour régler sa dette.

Et son histoire est loin d'être isolée.

"Le lo-de a ruiné des centaines de milliers de familles et ravagé mentalement notre société", explique Vo Quang Hung, de la brigade anti-criminelle de Hanoï. "Nous avons vu des suicides et des divorces".

Depuis les mesures de resserrement du crédit mises en place début 2011 par le gouvernement communiste pour lutter contre une inflation à deux chiffres, il est plus difficile pour les joueurs d'emprunter à la banque pour rembourser leur bookmaker.

Ils se tournent vers des usuriers aux méthodes de recouvrement moins conventionnelles. Les médias d'Etat rapportent ainsi régulièrement les cas de "saisies" de maison ou d'objets de valeur de joueurs qui préfèrent prendre la fuite en abandonnant leurs biens qu'affronter la colère de leurs créanciers.

D'autres se rendent volontairement à la police, préférant risquer une forte amende ou la prison pour paris illégaux.

"Un casino gigantesque"

"Une dizaine de mes voisines ont pris la fuite cet été, certaines à l'étranger, après s'être déclarées en faillite personnelle. Elles ne pourront rentrer chez elles que quand toutes leurs dettes seront réglées", raconte à l'AFP Nguyen Thi Thu.

Cette propriétaire de café de 36 ans, qui se décrit comme une droguée du jeu, a elle aussi touché le fond.

"Faute de moyens financiers, le dos au mur, j'ai tenté de me tuer pour sauver ma famille", explique-t-elle. "Mais heureusement, Dieu a eu pitié de moi!". Et ses beaux-parents lui ont prêté plus de 100.000 euros pour régler ses dettes.

Et si les jeux d'argent ne sont pas nouveaux -les Vietnamiens sont notamment très friands des paris sur les championnats de football européens-, le récent ralentissement économique qui a poussé des milliers d'entreprises à mettre la clé sous la porte n'a pas arrangé les choses.

"Les jeux d'argent sont depuis très longtemps enracinés dans notre société où ils ont brisé et briseront beaucoup de familles", souligne Nguyen Thi Kim, sociologue à l'Université des Sciences sociales de Hanoï.

Mais "ils se développent encore plus quand la vie est difficile, car beaucoup de gens souhaitent tenter leur chance et avoir rapidement de l'argent".

Les rares gagnants du lo-de peuvent ainsi remporter 4 à 70 fois leur mise.

Pour faire face à ce fléau qui touche aussi bien les écoliers que les retraités, les autorités vietnamiennes, connues pour envoyer les toxicomanes dans des centres de réhabilitation forcée, se concentrent sur la répression. Des milliers de personnes de toutes les couches sociales sont arrêtées chaque année.

Mais la police, qui vise surtout les réseaux organisés, reconnaît être démunie.

"On peut voir ces jeux d'argent partout au Vietnam, dans chaque ville et chaque province, du nord au sud du pays", constate Tran Thanh Lam, policier d'un quartier de Hanoï, qui en l'absence de statistiques officielles estime ce marché à plusieurs centaines de millions de dollars par an.

"Malheureusement, on ne peut pas tout arrêter", renchérit Hung.

"Le lo-de est comme un casino gigantesque qui couvre tout le pays et les résultats de notre lutte contre ce délit sont très limités car celui-ci a son origine dans des loteries officielles qui rapportent beaucoup d'argent à l'Etat".

Agence France Presse - 17 août 2012