Les très populaires sites en langue vietnamienne Dan Lam Bao, Quan Lam Bao et Bien Dong ont récemment publié des articles portant sur une bataille rangée que se livrent les différentes factions du Parti communiste (PCV).

Ils ont calomnié la direction du pays, fabriqué et déformé des informations et créé de l'agitation contre le Parti et l'Etat, provoquant la suspicion et la méfiance au sein de la société, a estimé dans un texte le site officiel du gouvernement, en citant Nguyen Tan Dung.

Les blogs relèvent de manoeuvres perfides des forces hostiles, a ajouté le texte, selon lequel le Premier ministre a appelé à punir sévèrement leurs responsables tout en ordonnant aux fonctionnaires du pays de ne pas les lire.

Les médias privés ne sont pas autorisés au Vietnam et tous les médias sont contrôlés par l'Etat. Plusieurs blogueurs ont été arrêtés et condamnés ces dernières années.

Sur son site, Dan Lam Bao (littéralement les Citoyens journalistes) a indiqué avoir enregistré un record de 32.000 visiteurs en une heure après la diffusion par la télévision d'Etat des commentaires du Premier ministre.

Ces blogs avaient notamment publié des informations sur les arrestations en août d'un des magnats de la banque, le flamboyant multi-millionnaire Nguyen Duc Kien, et de l'ex-patron de l'Asia Commercial Bank (ACB) dont il était le fondateur.

Les experts ont estimé que la chute du banquier était le dernier avatar d'une lutte de pouvoir entre Dung et ses rivaux, au premier rang desquels le secrétaire général du PCV Nguyen Phu Trong et le président Truong Tan Sang, actuellement tous deux en mission officielle à l'étranger.

Dung essaye de se protéger par tous les moyens, a regretté un blogueur déjà plusieurs fois interpellé et qui requis l'anonymat.

Cette annonce montre que les autorités vont serrer la vis, a-t-il ajouté, tout en pronostiquant que leurs efforts seraient vains et qu'elles ne parviendraient pas à mettre la main sur les auteurs des blogs incriminés.

Dan Lam Bao et Quan Lam Bao ont de leurs côtés tous les deux posté des commantaires affirmant qu'ils ne se laisseraient pas intimider et qu'ils continueraient de publier.

Agence France Presse - 13 septembre 2012


Grande fébrilité à Hanoi

Confronté à plusieurs scandales politico-financiers et à l'inquiétude de certains investisseurs étrangers, le régime communiste vietnamien devient très fébrile. Hier, Nguyen Tan Dung, le Premier ministre du pays, a demandé à la police d'enquêter sur plusieurs sites d'informations et de «sévèrement punir» les animateurs de trois blogs politiques qui avaient récemment disséqué les luttes de pouvoir internes au Parti communiste vietnamien et expliqué leurs liens avec la récente chute, pour corruption, de plusieurs hommes d'affaires emblématiques du pays. Ces sites ont «calomnié la direction du pays, fabriqué et déformé des informations et créé de l'agitation contre le Parti et l'Etat, provoquant la suspicion et la méfiance au sein de la société», a expliqué le gouvernement dans un communiqué.

Plusieurs des auteurs qui s'opposent depuis des années au contrôle total du Parti sur les médias du pays ont indiqué qu'ils allaient toutefois tenter de continuer de mettre en ligne leurs analyses. Pour reprendre le contrôle de l'opinion public et dissimuler ses difficultés économiques, liées notamment à une explosion des créances douteuses dans les banques du pays, Hanoi travaillerait sur un nouveau texte de loi contraignant les internautes à utiliser leurs vraies identités sur les forums internet. Les opérateurs de sites vietnamiens comme étrangers seraient contraints de faire respecter ces nouvelles règles. Les lobbyistes travaillant pour les groupes occidentaux Google, Yahoo ou eBay aurait déjà appelé le régime à modérer ses projets de censure pour ne pas brimer le développement de l'économie du secteur.

Par Gabriel Gresillon & Yann Rousseau - Les Echos - 14 septembre 2012