Proche des milieux d'affaires et financiers, Nguyen Tan Dung est jugé responsable par ses adversaires d'une corruption endémique, de la crise d'un système bancaire éreinté par les dettes toxiques et de l'effondrement de quelques grands groupes publics dont il avait promu l'expansion.

Je reconnais ma responsabilité politique et mes erreurs (...), notamment celles portant sur le contrôle et la gestion des groupes économiques publics comme Vinashin et Vinalines, a déclaré le chef du gouvernement, évoquant deux des dégringolades industrielles les plus spectaculaires de ces dernières années.

L'inefficacité, les nombreuses infractions aux conséquences lourdes et les pertes provoquées par certains groupes et sociétés ont fortement porté atteinte au prestige et au rôle du secteur public.

La semaine dernière, le chef du gouvernement avait échappé à une mesure disciplinaire lors d'une réunion du Comité central du PCV. Il a gardé son poste mais en est sorti affaibli, selon des analystes.

Nous avons honnêtement admis nos faiblesses et (...) ferons le maximum pour les corriger, a-t-il promis devant les 500 députés au premier jour d'une session ordinaire de l'Assemblée.

Mais il a aussi présenté un avenir difficile pour le pays communiste, qui s'est accroché pendant deux décennies à une politique de forte croissance, quel qu'en soit le prix, avant de devoir repenser son modèle il y a un an et demi face à la chute de sa monnaie, une forte inflation et un important déficit commercial.

La croissance en 2012 est désormais attendue autour de 5,2%, soit le taux le plus faible depuis 13 ans, très en deçà des objectifs précédents. La situation macro-économique n'est pas bonne, l'inflation peut augmenter à nouveau, les dettes toxiques sont en hausse, a-t-il admis.

Dung a cependant critiqué les sites internet et blogues qui s'acharnent contre lui depuis quelques semaines en contournant la censure imposée à la presse officielle.

Certains journaux ont publié des informations erronées ou non-objectives, a-t-il regretté en réclamant des mesures efficaces pour sanctionner ceux qui profitent d'internet pour saboter le pays.

Au début du mois, Nguyen Tan Dung avait exigé lui-même que trois blogues, qui s'étaient distingués dans la couverture de scandales politico-financiers majeurs, soient sanctionnés pour leurs propos calomnieux contre lui et son entourage.

Plus grave, son cas a été évoqué publiquement dans la presse officielle, même si son nom n'a jamais été prononcé.

Les analystes relèvent que ses adversaires, dont le numéro un du parti Nguyen Phu Trong et le chef de l'Etat Truong Tan Sang, veulent profiter de la crise pour réduire son pouvoir. Dung est souvent décrit comme l'un des plus puissants chefs de gouvernement dans le pays depuis des décennies.

Agence France Presse - 22 octobre 2012


Vietnam : l'étonnante autocritique du Premier ministre devant les députés

Nguyen Tan Dung s'est livré à un exercice peu commun, ce lundi 22 octobre 2012 devant l'Assemblée nationale. Le Premier ministre vietnamien a fait l'autocritique de sa gestion politique. Une quasi-première au Vietnam, alors que le très critiqué chef du gouvernement vient de sauver son poste, lors d'une réunion du Parti communiste vietnamien.

Face aux députés, le Premier ministre a « reconnu sa responsabilité politique et ses erreurs », notamment dans la faillite retentissante de deux conglomérats publics de construction navale et de transport maritime.

Après cette autocritique, Nguyen Tan Dung a promis de faire le maximum pour corriger ses erreurs. Un événement rarissime dans un pays sans opposition, dominé par le tout-puissant Parti communiste vietnamien (PCV).

Sauf que, cette fois, l'exercice était un passage obligé, dans la mesure où le Premier ministre est contesté au sein même du PCV. Il y a quelques jours, il échappait de justesse à une sanction disciplinaire lors d'une réunion du parti.

Sans citer son nom, le secrétaire général a évoqué, à mots à peine couverts, les manquements du chef du gouvernement, rompant avec une habitude bien ancrée de taire tout conflit interne au parti.

Il faut dire que jamais un Premier ministre vietnamien n'a été à ce point sur la sellette. Depuis des mois, plusieurs blogs non-autorisés multiplient les révélations sur ses malversations et celles de son entourage. Accusations relayées par ses adversaires et que semble confirmer l'arrestation récente d'un milliardaire qui lui est proche.

Tout cela dans un contexte économique lourd, où la croissance est en baisse et la corruption à des niveaux inégalés.

Radio France Internationale - 22 octobre 2012