Viet Khang, de son vrai nom Vo Minh Tri, a été condamné à quatre ans ferme et Tran Vu Anh Binh à six ans, après un procès d’une demi-journée dans l’ex-Saïgon. Les deux hommes devront également endurer deux années de résidence surveillée à leur sortie de prison, a ajouté l’avocat.

Khang, 34 ans, est bien connu des internautes pour ses chansons Anh la ai? (Qui es-tu?), qui dénonce la répression par la police de militants anti-chinois, et Vietnam toi dau? (Où est mon Vietnam?), qui évoque un différend territorial entre Hanoï et Pékin et des questions sociales.

Binh, trente-sept ans, a lui écrit des chansons d’amour et d’autres patriotiques qui ont été interprétées par des chanteurs populaires du pays communiste. Le tribunal a refusé que les chansons soient diffusées à l’audience, selon l’avocat.

Les deux hommes avaient été arrêtés fin 2011 après le renforcement par le gouvernement de sa répression contre les mouvements anti-chinois. Les chefs d’accusation de propagande contre l’Etat et tentative de renversement du régime, passibles de vingt ans de prison, sont régulièrement utilisés contre les dissidents et les militants pro-démocratie dans un pays où le Parti communiste au pouvoir interdit tout débat politique.

Plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme avaient appelé à leur libération juste avant le verdict. «C’est une façon grotesque de traiter les gens, juste pour écrire des chansons», a déclaré Rupert Abbott, d’Amnesty International, qualifiant les deux hommes de «prisonniers de conscience».

«D’abord les critiques, ensuite les blogueurs, puis les poètes, et maintenant les musiciens!», s’est de son côté emporté Phil Robertson, de Human Rights Watch, dénonçant la «répression croissante contre la liberté d’expression».

De nombreux manifestants, militants anti-corruption, blogueurs et autres militants pro-démocratie sont détenus dans le pays, dans des cas décrits par les défenseurs des droits de l’Homme comme des affaires de répression politique.

Fin septembre, trois célèbres blogueurs vietnamiens avaient été condamnés à de lourdes peines pour «propagande contre l’Etat», provoquant de vives protestations notamment des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Agence France Presse - 30 octobre 2012