"La situation macroéconomique n'est pas bonne, l'inflation pourrait encore grimper, les mauvaises créances bancaires s'accumulent", a reconnu M. Dung, en admettant sa "responsabilité politique et ses erreurs" au regard de ce bilan. Il a prévenu que la croissance ne dépassera pas cette année 5,2 %, le taux le plus bas depuis 1999.

Nguyen Tan Dung, 62 ans, est considéré comme le plus puissant premier ministre que le Vietnam ait jamais eu. Mais il doit se garder de ses adversaires au sein du Parti communiste vietnamien (PCV) et de la hiérarchie suprême du pays qui, en embuscade, guettent la faute de cet homme jalousé. Des cadres du PCV murmurent que jamais un premier ministre n'avait été critiqué aussi durement en public.

A l'issue de la dernière réunion qui a rassemblé mi-octobre les 175 membres du comité central, le premier ministre a réussi à conserver son poste en dépit de l'hostilité du président de la République, Truong Tan San, et du chef du Parti communiste, Nguyen Phu Trong. Ces derniers, qui espéraient affaiblir M. Dung, n'ont pas réussi à le faire vaciller. Mais une motion critiquant les résultats du gouvernement a été adoptée. Une manière aussi de couper court aux critiques contre l'exécutif et contre le Parti circulant sur Internet.

L'un des plus gros scandales de l'"ère" Nguyen Tan Dung, entré en fonctions en 2006 et reconduit il y a deux ans lors du XIe congrès du PCV, aura été celui de l'"affaire Vinashin". Ce géant des chantiers navals s'est retrouvé dans une situation de quasi-faillite en 2010. Des erreurs de gestion ont coûté à l'Etat l'équivalent de 3 milliards d'euros, soit 4,5 % du PIB... M. Dung, qui défend précisément une politique s'appuyant sur la réussite de grands groupes d'Etat censés tirer l'économie vers le haut, s'est ainsi retrouvé en première ligne sous les feux des critiques.

On a également reproché à M. Dung la concession accordée à une entreprise chinoise pour l'exploitation d'une mine de bauxite, un projet qui a suscité l'hostilité de la population locale en raison de son impact désastreux sur l'environnement. Dernièrement, en août, l'arrestation pour fraude d'un banquier multimillionnaire, Nguyen Duc Kien, qui était l'un de ses alliés, a secoué les milieux financiers. Et donné du grain à moudre aux ennemis du chef du gouvernement.

Dans un tel contexte, le premier ministre n'avait sans doute d'autre choix que l'autocritique pour sauvegarder l'essentiel - son poste et son pouvoir. Depuis son entrée en fonctions, son image est duale : moderniste ouvert sur l'étranger, il est aussi partisan de la manière forte contre les dissidents et autres blogueurs critiques, dont beaucoup ont reçu ces derniers mois de sévères peines de prison. Il lui faut donner des gages à la vieille garde.

Le premier ministre, qui a personnalisé comme jamais son pouvoir par rapport à ses prédécesseurs, reste charismatique. Mais cet atout pourrait peut-être se retourner contre lui.

Par Bruno Philip - Le Monde - 2 novembre 2012