Depuis dix-huit mois, ce projet était suspendu en raison de l'incapacité du Laos, du Cambodge, de la Thaïlande et du Vietnam à se mettre d'accord sur cet énorme projet hydro-électrique dont le coût est évalué à 3,8 milliards de dollars (2,9 milliards d'euros) et la puissance à 1 260 mégawatts (MW).

En décembre 2011, ces quatre pays s'étaient réunis une nouvelle fois au sein de la Mekong River Commission (MRC) et avaient décidé de mener de nouvelles études afin d'évaluer plus précisément les conséquences sur les écosystèmes de la région de ce barrage, qui pourrait être le premier de douze ouvrages sur le fleuve.

Mais il y a quelques jours, et sans qu'ait été annoncé un nouvel accord sur le lancement des travaux, le secrétaire d'Etat laotien à l'environnement et aux mines, Viraphonh Viravong, annonçait dans la presse que les "travaux de construction commenceraient cette semaine" et que l'inauguration "aurait lieu le 7 novembre".

En dépit d'une "sortie" surprenante du premier ministre laotien Thongsing Thammavong, qui avait nié mardi, auprès du Wall Street Journal, la réalité de cette inauguration, allant jusqu'à affirmer que le début de la construction dépendrait du résultat "de nouvelles études", la cérémonie s'est bien déroulée mercredi en présence de diplomates vietnamiens, cambodgiens, d'officiels du gouvernement laotien et de moines bouddhistes.

Le premier ministre laotien a-t-il cherché à noyer le poisson, si l'on peut dire ? Au vu de l'hostilité provoquée par ce projet, le gouvernement de la République démocratique populaire lao a tout lieu d'être prudent. Les travaux de construction n'ont pourtant jamais cessé, même s'il ne s'est agi pour l'instant que de travaux préparatoires menés par la compagnie thaïlandaise chargée du projet. La Thaïlande est d'autant plus concernée qu'elle va sans doute acheter 95 % de l'électricité générée.

Ouvrage "transparant"

Le Vietnam, qui s'est de longue date déclaré "profondément" inquiet, redoute pour sa part les retombées négatives du barrage sur l'industrie de la pêche dans le delta du Mékong en raison de la diminution du volume de l'eau parvenant en aval. Plus généralement, les spécialistes s'inquiètent des problèmes de sédimentation provoqués par la retenue et de l'aggravation de phénomènes de salinisation des surfaces cultivables.

Comme l'explique Dominique Van der Borght, directeur pour le Laos de l'ONG Oxfam, il est "regrettable que la recommandation d'un moratoire de dix ans approuvé par la MRC sur la construction de tout barrage sur le Mékong ne soit pas prise en compte. Il existe suffisamment d'alertes de scientifiques pour craindre un impact non négligeable sur la sécurité alimentaire de plus de 60 millions de riverains du Mékong. Des études approfondies de l'impact du barrage de Xayaburi doivent prendre en compte beaucoup plus sérieusement ce problème de l'accès aux ressources piscicoles comme principale source de protéines ou la fertilisation naturelle des sols due aux sédiments. Il s'agit là d'un enjeu majeur".

Le secrétaire d'Etat laotien à l'énergie et aux mines s'est néanmoins efforcé d'apaiser les craintes des voisins du Laos et des groupes de pression écologistes : "Le barrage a été redessiné afin d'en faire un ouvrage "transparent" qui permette aux poissons de passer et aux sédiments de s'écouler", a affirmé il y a quelques jours M. Viravong au quotidien Vientiane Times.

Deux conceptions du développement entrent à nouveau en collision : pour le Laos, pays pauvre de 6,5 millions d'habitants et dirigé par un système de parti unique, l'avenir réside dans l'exploitation de son fort potentiel hydroélectrique. Le but affiché est de devenir la "batterie" d'une région où la consommation en électricité devrait croître de 6 % à 7 % par an d'ici à 2025.

Les défenseurs de l'environnement soutiennent qu'un tel barrage va provoquer le déplacement forcé de plus de 2 000 personnes et aura des répercussions pour des centaines de milliers d'autres vivant au bord du fleuve.

Le Monde - 8 novembre 2012


Barrage Sayaboury : le Vietnam réaffirme sa position

L'exploitation et l'emploi équitable et rationnel des ressources naturelles, dont celles en eau du Mékong, sont particulièrement importantes pour s'assurer d'un développement durable commun du bassin du Mékong, dans l'intérêt commun des pays riverains de ce fleuve et des populations de cette région.

C'est ce qu'a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Luong Thanh Nghi en répondant jeudi à Hanoi à la question de correspondants sur la réaction du Vietnam devant la mise en chantier par le Laos du barrage hydroélectrique Sayaboury.

Lors des discussions avec le Laos comme les pays membres de la Commission internationale du Mékong sur le projet de ce barrage, le Vietnam a exprimé à plusieurs reprises son point de vue selon lequel la construction d'ouvrages hydroélectriques sur le cours principal de ce fleuve doit être décidée dans le cadre d'une gestion globale du Mékong et en vue d'assurer un développement durable de son bassin.

Le Vietnam a demandé aux pays concernés de coopérer pour mener ensemble une étude globale de l'impact de tels projets d'hydroélectricité sur le développement durable du bassin du Mékong, a-t-il poursuivi.

Nous savons que le gouvernement laotien a décidé de lancer le chantier du barrage Sayaboury après en avoir modifié l'architecture afin d'atténuer au mieux ses conséquences sur la basse région et que ce projet sera arrêté s'il provoque d'importants dégâts, a ajouté Luong Thanh Nghi.

Nous souhaitons que le Laos poursuive les études des conséquences de cet ouvrage sur l'environnement, en achève le plan et coopère avec le Vietnam, le Cambodge et la Thaïlande afin de mener une étude globale, complète et précise sur les impacts cumulatifs sur les plans environnemental, économique et social de l'ensemble des projets d'hydroélectricité prévus sur le cours principal du Mékong, a conclu le porte-parole.

Agence Vietnamienne d'Information - 8 novembre 2012