C'est la première fois depuis 20 ans qu'une nation d'Asie du Sud-Est est désignée pour organiser la plus grande compétition du continent. Et depuis les Jeux d'Asie du Sud-Est en 2003, le Vietnam n'a accueilli aucun événement sportif d'ampleur.

"Un espoir est né mais les inquiétudes règnent dans la société. On ne peut pas imaginer faire face à plus de difficultés", constate Do Minh Tuan, un universitaire de 52 ans à Hanoï.

Pour la compétition, le gouvernement communiste a élaboré un budget initial de 150 millions de dollars (115 millions d'euros).

Nguyen Nguyen, journaliste sportif de renom au Vietnam, a pourtant raillé une compétition "super-économique". Selon lui, le Comité Olympique du Vietnam avait d'abord prévu un budget d'environ 300 millions, réduit ensuite de moitié face à la terrible crise qui frappe le pays.

"Ce sera un coup historique. Ce serait vraiment regrettable que le Vietnam rate cette occasion", estime pourtant Hoang Vinh Giang, secrétaire général du Comité, en exaltant "la stabilité politique" du pays.

Les autorités prévoient la participation de 45 nations et territoires d'Asie, avec 10.000 entraîneurs et athlètes. Les 35 disciplines, de l'athlétisme au sepak takraw, sorte de volley avec les pieds, seront réparties dans 14 villes et provinces.

Hanoï a remporté le 8 novembre l'organisation des Jeux face à la ville indonésienne de Surabaya. Elle succédera à la métropole chinoise de Canton (2010) et à la Sud-Coréenne Incheon (2014). Mais le pays communiste est loin de disposer des structures sportives de ses collègues asiatiques.

Le pays n'a investi dans le sport depuis vingt ans qu'à hauteur de ses faibles moyens, et il n'est pas une seule discipline où il puisse briller au delà de la scène du sud-est asiatique. D'où la crainte que le Vietnam ne se ridiculise à domicile.

"Nous devons avoir dès maintenant une stratégie de formation des athlètes (...) C'est la plus grande inquiétude pour moi", avance le directeur général de la Gymnastique et des Sports du Vietnam, Vuong Bich Thang.

Cette faiblesse des performances est à l'image des stades vétustes, piscines dégradées et autres équipements hors d'âge, le quotidien des sportifs, loin de répondre aux normes internationales.

Le gouvernement prévoit de consacrer 500 hectares dans la banlieue de Hanoï au village des athlètes. Mais partout revient le même refrain: avec la crise économique majeure qui frappe le pays, une telle organisation revient à négliger l'indispensable pour privilégier l'accessoire.

"Le Vietnam n'a ni l'argent, ni les infrastructures, ni l'expérience nécessaire pour cette organisation. Un délai de sept ans sera court, craint Bui Quang Hoang, un ingénieur des Transports publics de 58 ans. Les gens ont des soucis et les informations sur les Jeux manquent de transparence".

Il en est ainsi de beaucoup de festivités organisées par le régime. En 2010, pour le millénaire de Hanoï, le pouvoir avait organisé de fastes cérémonies boudées par un public exaspéré de voir de telles sommes dépensées dans un contexte des plus moroses.

Les responsables des sports, eux, savent qu'ils n'ont plus le choix. C'est "un gros défi", admet Nguyen Hong Minh, ex-haut responsable des Sports: "D'ici 2019, il nous reste beaucoup à faire".

Par LE Thang Long - Agence France Presse - 29 novembre 2012