Les deux pays "devraient renforcer leur dialogue politique et sécuritaire, et travailler ensemble", a-t-il déclaré après sa rencontre avec son homologue vietnamien, Nguyen Tan Dung.

Le déplacement du premier ministre nippon, qui se rend ensuite en Thaïlande et en Indonésie, intervient en pleine montée des tensions entre la Chine et le Japon autour des îles Senkaku (Diaoyu, en chinois), administrées par l'Archipel mais revendiquées par la Chine.

A Hanoï, M. Abe a promis à M. Nguyen 45 milliards de yens (plus de 380 millions d'euros) d'aide supplémentaire. Le Japon est déjà le premier investisseur au Vietnam et son principal soutien financier. L'idée est que les deux pays poursuivent, voire approfondissent, une collaboration sur le plan sécuritaire entamée en 2006 lors du premier mandat de M. Abe.

Un "arc de prospérité et de liberté " pour contre la chine

En octobre de cette année-là, Hanoï et Tokyo avaient convenu de coopérer pour établir un "partenariat stratégique". L'initiative s'inscrivait dans le projet plus ambitieux de M. Abe d'un "arc de prospérité et de liberté", allant de l'Australie à l'Inde et destiné à contrer l'influence chinoise. M. Abe, qui a envoyé son ministre des affaires étrangères, Fumio Kishida, aux Philippines et en Australie début janvier, semble désireux de le relancer.

Pékin voit d'un mauvais œil l'émergence de ce front antichinois, d'autant plus qu'il rapprocherait des pays qui, comme les Philippines et le Vietnam, ont des différends territoriaux avec la Chine. Le quotidien nationaliste chinois Huanqiu Shibao (Global Times) a tourné en dérision, dans un éditorial daté du 13 janvier, le projet de Shinzo Abe d'"encercler la Chine" et sa proposition d'"arc de prospérité et de liberté", le taxant de "paranoïaque". "Si le voyage d'Abe a pour but de "contenir la Chine", il ne peut que réduire le rôle du Japon sur la scène politique asiatique", écrit l'éditorialiste.

La montée des tensions entre la Chine et le Japon fait suite à la nationalisation d'une partie des îlots par le gouvernement japonais en septembre. Dénoncée comme une "provocation" par Pékin, elle a permis aux Chinois, comme l'explique dans une analyse la chercheuse Stephanie Kleine-Ahlbrandt, de l'International Crisis Group à Pékin, "de changer en leur faveur le statu quo qui existait auparavant" et qui retenait les deux voisins de se disputer au sujet des îles.

Shinzo Abe a multiplié les initiatives sécuritaires

La Chine ne cesse de faire monter les enchères : après des incursions régulières dans les eaux autour des Senkaku par des navires administratifs chinois, un aéronef de la surveillance maritime chinoise a survolé les îlots le 13 décembre 2012, la première fois qu'une telle intrusion dans l'espace aérien nippon se produisait depuis 1958. Les Japonais ont mis en place des patrouilles de F-15, à la suite de quoi les Chinois ont à leur tour mobilisé en janvier leurs propres avions de combat.

Depuis son entrée en fonctions, M. Abe a multiplié les initiatives sécuritaires : les gardes-côtes ont annoncé la formation d'une unité de douze patrouilleurs pour assurer une surveillance permanente des Senkaku-Diaoyu. Le budget de la défense sera augmenté, dès le prochain exercice fiscal à partir du 1er avril, de 100 milliards de yens, la première hausse en onze ans. Ces fonds iront à la recherche et au développement de systèmes radar et antimissiles. Pour l'exercice 2012, le budget s'était établi à 4 625 milliards de yens.

Par ailleurs, quelque 180 milliards de yens, prélevés sur le plan de relance de l'économie annoncé le 11 janvier, serviront à acheter des missiles et des hélicoptères, ainsi qu'à moderniser la flotte d'avions de combat. Et le 13 janvier, la première brigade des Forces terrestres d'autodéfense, la seule aéroportée, a mené ses manœuvres annuelles en se fondant sur le scénario de "reprise d'une île isolée capturée par une force ennemie".

Par Brice Pedroletti & Philippe Mesmer - Le Monde - 17 janvier 2013