Plus que l'Egypte, mais moins que l'Arabie Saoudite. La 21e place que le Vietnam a décrochée dans l'Index mondial des persécutions anti-chrétiennes 2013 lui fait côtoyer des Etats peu recommandables, et lui vaut cette mention de l'ONG Portes Ouvertes, qui rédige cet index: "Tout optimisme concernant l’amélioration de la liberté religieuse semble disparaitre. Il existe un fort contraste entre la situation « officielle » et la réalité sur le terrain. D’importants conflits ont opposé des églises et le gouvernement à cause de la confiscation de leurs biens qui ont eu lieu au cours de l’année 2009. De nombreux chrétiens ont été frappés et arrêtés pendant des manifestations. De nombreuses églises et monastères ont été détruits. Les médias tentent de décrédibiliser les chrétiens et de nuire à l’image du christianisme".

Il est vrai que pas plus tard qu'au début du mois, le retentissant procès de 14 jeunes catholiques et protestants a terni une image déjà bien écornée pour le gouvernement communiste du pays. De très lourdes peines ont été prononcées à l'encontre de ces jeunes gens, comme l'explique Eglises d'Asie, qui cite un jeune chrétien, représentatif du choc qu'a représenté pour de nombreux vietnamiens les peines de 8 à 13 ans de prison ferme: "Beaucoup pensent que les autorités ont prononcé de très lourdes condamnations ; mais je pense autrement. C’est précisément à cause de la fermeté de leur foi chrétienne que les peines ont été si lourdes. D’habitude, pour alléger leur peine, les inculpés reconnaissent leur faute et demandent l’indulgence. Les jeunes catholiques sont restés fermes dans leur conviction et, avec persévérance, ont proclamé leur innocence. Ils ont été conduits par le désir de justice et de paix. Ils sont allés au-delà de leur peur au point de ne pas craindre l’internement… C’est à cause de cela que les autorités les ont condamnés si lourdement".

C'est dans ce contexte que le pape a reçu en audience privée le secrétaire général du Parti communiste vietnamien, Nguyen Phu Trong, un geste qualifié par les agences de "marquant l’importance de l’amélioration des relations entre l’Église catholique et le régime de Hanoï". En réalité, si les relations officielles semblent se réchauffer, le retentissant procès des quatorze jeunes chrétiens n'est pas un accident de parcours. Une nouvelle circulaire précisant les limites de la liberté religieuse est en effet parue en décembre, qui pose cette liberté comme un principe avant de lui donner une série de coups de canif: "Il est interdit d’utiliser la liberté de croyance et de religion pour attenter à la paix, à l’indépendance, à l’unité du pays, pour inciter à la violence, pour propager des idées bellicistes, pour diffuser de la propagande contre la loi et la politique de l’Etat, pour semer la division au sein de la population, entre les diverses minorités, entre les religions, pour troubler l’ordre public, pour attenter à la vie, à la santé, à la dignité, à l’honneur et aux biens d’autrui, pour s’opposer à la réalisation des droits et des devoirs du citoyen, pour s’adonner à la superstition ou mener d’autres actions illégales. Les organisations ou les individus qui violeront la loi sur la croyance et la religion seront sanctionnés conformément aux dispositions de la loi". Un texte qui donne toute latitude au gouvernement pour brimer et opprimer une foi chrétienne jugée contraire aux valeurs nationales.

Par Natalia Trouiller - La Vie - 23 Janvier 2013