Il y a quarante ans jour pour jour, les accords de Paris mettaient un terme à la guerre du Vietnam. Henry Kissinger, pour les États-Unis, et Lê Duc Tho, pour le Nord-Vietnam, signaient un document qui devait mettre fin à un conflit épouvantable. Le cessez-le-feu fut ignoré et ce n’est que deux ans plus tard que l’ambassadeur américain dut repartir du pays la bannière étoilée sous le bras. Il faudra attendre presque vingt ans pour que les deux pays reprennent des relations diplomatiques et quinze autres encore avant qu’ils n’entament une coopération militaire. En 2011, trois navires de la 7e flotte mouillaient à Da Nang pour une série d’exercices pacifiques avec la marine vietnamienne.

Une saison France-Vietnam à Paris et Hanoi

Avec l’arrivée de John Kerry au Département d’État et de Chuck Hagel au Pentagone, tous deux vétérans de la guerre du Vietnam, nul ne doute que cette coopération va croître et s’accélérer. Non seulement parce que cela correspond à la nouvelle doctrine édictée par Barack Obama consistant à faire "pivoter" les États-Unis vers l’Asie, mais aussi parce que le Vietnam est la porte d’entrée de l’Asean, cette organisation économique de l’Asie du Sud-Est appelée à devenir, avec ses 600 millions d’habitants, l’un des trois plus grands moteurs de croissance de la planète. D’autant que "le Vietnam a peur de la Chine", comme l’explique le spécialiste de l’Asie Jean-Luc Domenach. "Les Vietnamiens jouent à fond le jeu de l’Occident parce qu’ils se sentent méprisés et menacés par la Chine", poursuit le chercheur. C’est également le cas de deux autres pays de l’Asean, les Philippines et la Birmanie. Le Vietnam appartient à la "famille" chinoise, mais il y a, selon Domenach, "une détestation du père abusif".

Et la France? Devrait-elle, à son tour, rassurer ce Vietnam si lointain et en même temps si proche, cette ancienne pièce du puzzle indochinois qui accueillit dès 1997 le Sommet de la Francophonie? Malgré une croissance en baisse, tombée à un peu moins de 6 % en 2012, le PIB vietnamien a triplé ces dix dernières années. Le pays connaît désormais un solde positif à l’exportation et les échanges avec la France ont progressé de plus de 20 % en 2011 et 2012. Plus d’un millier de Vietnamiens étudient en France chaque année et l’apprentissage du français progresse au Vietnam. "Nous avons de grandes ambitions pour faire du 40e anniversaire un moment qui va ouvrir un nouveau chapitre de la relation franco-vietnamienne", selon les mots du numéro 2 de l’ambassade de France à Hanoi, étienne de Gonneville. En clair, une saison France-Vietnam sera organisée dans les deux pays. Le logo de l’événement représente une fleur de lotus.

Alors que se prépare, sous la houlette du sherpa élyséen spécialiste de l’Asie Paul Jean- Ortiz, le déplacement au printemps prochain de François Hollande en Chine, le Vietnam nous rappelle également que l’avenir de l’Europe se joue dans cette partie-là du globe.

Par François Clémenceau - Le Journal du Dimanche - 27 janvier 2013