Comme ses concitoyens Ta Phong Tan et Nguyen Hoang Vi, Huynh Ngoc Chenh a été récompensé pour son travail en faveur de la liberté de la presse et de l’information au Vietnam, et pour le courage dont il a fait preuve en favorisant sur son site web, l’expression libre et constructive d’opinions diverses sur la vie politique et sociale du pays.

Reporters sans frontières répond ici aux différentes critiques et aux commentaires exprimés dans l’article de Nhan Dan :

Nous nous étonnons tout d’abord de la position contradictoire de l’auteur sur l’idée même d’un prix remis par une instance étrangère. Ce dernier n’hésite pas à parler de "fierté nationale" pour qualifier certaines récompenses internationales, tout en taxant d’" ingérence politique", celles qui ne rencontrent pas son approbation.

On peut voir, dans cette réaction la préoccupation première de Nhan Dan. Selon l’auteur de l’article, "l’image du pays" serait plus importante que les effets positifs des écrits produits par les blogueurs récompensés de prix internationaux, que leur contribution à l’information du peuple vietnamien, que la présentation d’une vision politique différente de celle du Parti, que l’enrichissement voire la création d’un débat public et démocratique en ligne, qui n’aurait pas lieu si tous les espaces d’expression et d’information étaient laissés au seul Parti politique autorisé dans le pays.

En publiant leurs réflexions sur les problèmes politiques et sociaux du Vietnam, que l’auteur ne prétend d’ailleurs pas nier ("limites irréfutables"), Huynh Ngoc Chenh, Ta Phong Tan et Nguyen Hoang Vi ne ternissent pas l’image du Vietnam, mais l’améliorent, et surtout, donnent l’espoir qu’une société démocratique, informée, libre de tout contrôle abusif des idées et libre de toute censure arbitraire peut voir le jour au Vietnam.

S’il n’est pas nécessaire de répondre aux théories fantaisistes qui voudraient qu’une coalition composée de médias étrangers, organisations non gouvernementales internationales et de gouvernements cherchent à tout prix à "saboter les autorités vietnamiennes", il importe néanmoins d’expliquer à nouveau en quoi consiste notre vision de la liberté d’expression et de l’information, deux libertés fondamentales recouvertes par la déclaration universelle des droits de l’homme.

Ces deux libertés incluent le droit à la critique de toute entité politique, le droit d’informer et de commenter un événement ou une situation, de couvrir des sujets sensibles tels que l’exploitation de la bauxite, les conflits territoriaux sino-vietnamiens, et les actions du gouvernement vietnamien en la matière. Dans nombre de pays relativement respectueux de la liberté de la presse, des médias critiquent quotidiennement le pouvoir, le tournent en dérision ou pratiquent la satire, sans être pour autant accusés de chercher à déstabiliser le pays ni de vouloir renverser le régime en place. Et ce, même lorsqu’ils publient des informations erronés à l’encontre d’officiels de haut rang.

Au Vietnam, ceux qui s’arrogent légitimement ces droits, le font au risque de se voir emprisonnés pour des années. Nous déplorons cette criminalisation des délits de presse et d’opinion, qui se traduit notamment par un usage quasi systématique de l’article 88 du Code pénal à l’encontre de ceux qui tentent d’informer de manière indépendante leurs concitoyens.

En récompensant Huynh Ngoc Chenh du Netizen prize 2013, nous saluons également le courage démontré par les 31 blogueurs et journalistes citoyens actuellement derrière les barreaux. En récompensant Huynh Ngoc Chenh, nous voulons faire passer un message : la liberté de l’information est bien plus importante que l’"image du Vietnam", artificielle, que les autorités actuelles, essayent de propager. A terme, c’est la défense même de cette liberté qui contribuera plus que tout à l’amélioration du respect international du pays.

Aujourd’hui, pouvons-nous seulement espérer que Nhan Dan sera autorisé à publier cette réponse dans ses pages ?

Reporter sans Frontière - 22 mars 2013


Le prix Net-citoyen de RSF met en lumière la cyber-censure au Vietnam

Blogueur vietnamien très critique à l'encontre des autorités de son pays, Huynh Ngoc Chen a reçu le prix 2013 Net-citoyen décerné par l'association de défense de la liberté d'expression Reporters sans frontière et le géant d'Internet Google.

Il n'hésite pas à critiquer le gouvernement vietnamien sur son blog qui, malgré la censure exercée par les autorités de Hanoï, enregistre plus de 15 0000 visites chaque jour. Huynh Ngoc Chen a été élu, jeudi 7 mars, Net-citoyen 2013 par l'organisation des défense de la liberté d'expression Reporters sans frontières (RSF) et Google.

Ce journaliste-citoyen a été choisi par plus de 40 000 internautes qui ont pu départager sur la chaîne YouTube de RSF les neuf nominés retenus cette année. "Ce prix représente beaucoup pour moi, c’est une nouvelle source d’inspiration. C’est aussi et surtout une récompense et un espoir pour les blogueurs et les journalistes indépendants au Vietnam", a déclaré le lauréat peu après l'annonce de son prix qui s'accompagne d'un chèque de 2 500 euros.

Parmi les thèmes de prédilection de Huynh Ngoc Chen : la défense des droits de l'Homme dans son pays et les disputes territoriales entre le Vietnam et la Chine en mer orientale. Des prises de position qui, d'après RSF, ont valu au blogueur d'être suivi et mis sur écoute par les autorités vietnamiennes. Son site est, en outre, bloqué et est accessible depuis le Vietnam uniquement grâce à un logiciel permettant de se rendre anonymement sur Internet.

Le Vietnam dans le collimateur

Ce prix est aussi l'occasion pour RSF de pointer du doigt la censure qui sévit au Vietnam et le contrôle très strict que le gouvernement exerce sur le Web. Le pays se situe à la 172e place sur 179 dans le dernier classement mondial de la liberté de presse publié en janvier 2013 par RSF. "Les acteurs de l’information en ligne, blogueurs et Net-citoyens, font face à une intensification de la répression ces derniers mois", souligne l'organisation dans le communiqué publié à l'occasion de l'annonce du prix. Sur 14 dissidents condamnés début janvier à des peines de prison, neuf étaient des cyber-activistes.

Partenaire du prix Net-citoyen depuis 2010, Google justifie son soutien à cette initiative par la constatation que ses produits sont "bloqués dans plus de 25 des quelque 150 pays dans lesquels nous offrons nos services", souligne William Echikson, responsable chez Google de la liberté l’expression pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

France 24 TV - 8 mars 2013