Surtout ne pas s’arrêter. A Ho Chi min Ville, le piéton doit avoir le cœur bien accroché pour traverser. Même s’il a la priorité. Il faut jouer des coudes parmi la nuée de scooters et de voitures, à l’image d’un banc de poissons, qui vous effleurent sans jamais vous toucher. Pas question pour les conducteurs de céder la priorité. Ici chaque seconde vaut de l’or.

Le travail avant tout

Depuis l’ouverture économique en 1991, le Dôi Moi (changer pour du neuf), la population, dont 60 % à moins de 30 ans, profitent des joies de la consommation de masse. Et pour cela, elle est prête à se sacrifier. «Les vietnamiens sont de gros bosseurs. 77 % pensent que le travail doit passer avant le reste», souligne Fabrice Carrasco le responsable du bureau d’études Kantar world panel. Résultat, ils travaillent en moyenne plus de 50 heures par semaine. Un argument de poids pour de nombreuses multinationales qui font du Vietnam un eldorado pour les délocalisations.

Ainsi Nokia, après avoir quitté son usine allemande de Bochum pour l’installer en Roumanie, a décidé en 2011 de fermer cette dernière. Direction la province Bac Ninh au nord du Vietnam. Un investissement de 200 millions d’euros où travailleront à terme 10.000 employés. Le finlandais n’est pas seul. Samsung y a sa plus grosse usine de production mondiale. Canon ou encore le taïwanais Foxconn qui fabrique les produits Apple emploient eux aussi près de 10.000 personnes. Nike en a même 200.000. A Ho Chi Minh Ville, Intel a mis un milliard de dollars sur la table pour ouvrir une usine de puces électroniques en 2010.

Main-d’œuvre bon marché

«Nous sommes agiles de nos doigts, intelligents et notre main-d’œuvre est moins chère que dans d’autres pays asiatiques», vante Vu Tien Loc, le président de la Chambre de commerce et d’industrie vietnamienne. Le salaire minimum mensuel est inférieur à 40 euros avec une durée du travail qui frôle les 50 heures par semaine.

Résultat, même les entreprises chinoises se mettent à délocaliser chez leur voisin. Un phénomène qui s’est amplifié depuis 2010 avec la signature d’un accord de libre-échange avec les pays du sud-est membres de l’Anase. En effet, les salaires dans la deuxième économie du monde grimpent de 15 % par an en raison de la baisse de la population active. «Le Vietnam est désormais le passage obligé pour faire les opérations les plus coûteuses en main-d’œuvre avant d’aller en Chine», décrypte Philippe Delalande, auteur de Vietnam, dragon en puissance. C’est la stratégie dite Chine +1.

Stratégie de montée en gamme

Mais la donne pourrait bien être modifiée. «Pour éviter de s’enfermer dans la trappe aux bas salaires, les autorités exigent de plus en plus des projets d’investissement qu’ils s’accompagnent d’une montée en gamme et refusent ceux ne cherchant qu’à exploiter les bas salaires» comme le textile et la chaussure, poursuit Philippe Delalande. Vu Tien Loc est néanmoins persuadé que son pays restera meilleur marché que ses voisins. «Regardez les investissements que font chez nous les Coréens ou les Japonais. Ne perdez pas votre temps. C’est un conseil que je vous donne», lance-t-il à l’adresse des patrons français dont une centaine étaient présents la semaine dernière à l’occasion du forum d’affaires France-Vietnam.

Peugeot fait son come-back

Reçu 5 sur 5 par Peugeot qui pour contourner les droits d’importations de 100 % pour les véhicules importés, a annoncé lundi un partenariat avec Thaco, le premier constructeur vietnamien, pour l’assemblage de la 408 (l’équivalent de la 308 allongé), déjà vendu en Chine. A terme, le groupe français qui fait son grand retour au Vietnam devrait fabriquer le modèle sur place, et aussi en vendre plusieurs autres fabriqués en France dont la 2008. La preuve pour le groupe que fabriquer à l’étranger n’est pas toujours mauvais signe pour l’emploi français.

De son côté, pour profiter de l’expansion du marché de la santé au Vietnam, Sanofi vient de mettre 75 millions de dollars sur la table pour la construction d’une nouvelle usine à Ho Chi Min, opérationnelle d’ici 2015. Elle servira aussi de plateforme d’exportation vers les pays membres de l’Anase.

Par Mathieu Bruckmüller - 20minutes.fr - 12 avril 2013