Les entreprises françaises qui rêvent de profiter de la croissance de l’Asie du Sud-Est et notamment du Vietnam pour échapper à la récession européenne vont devoir bien accrocher leur ceinture. Plus de 300 sont venus tâter le terrain l’an dernier à la recherche d’opportunités et une centaine de PME sont présentes au deuxième forum d’affaires France-Vietnam qui se déroulait la semaine dernière entre Ho Chi Minh-Ville et Hanoï.

Perspectives alléchantes

A première vue, les perspectives sont alléchantes. Un pays jeune de 90 millions d’habitants avec une croissance de plus de 5 % par an depuis son ouverture au marché en 1991. Les gratte-ciel poussent comme des champignons et les plus grandes enseignes de luxe (Cartier, Chanel, Lancel….) ont pignon sur rue «92 % des Vietnamiens se disent optimistes selon les enquêtes. Une population heureuse, c’est une population qui consomme», explique Fabrice Carrasco le responsable du bureau d’études Kantar World Panel.

Mais pour profiter de cette manne, il faut prendre son mal en patience. «C’est un marché très dur», confie le responsable export d’une PME. «Faire des affaires ici, est un investissement sur le moyen-long terme. Compter au moins cinq ans avant d’être rentable contrairement à l’ultralibéral voisin cambodgien par exemple», avertit Tran Duc Son, avocat chez Gidé Loyrette Nouel. Groupama présent ici depuis une décennie a mis des années avant de trouver sa place.

Capitalisme d’Etat

«C’est un capitalisme d’Etat dans un régime de parti unique. Le Parti communiste contrôle toute la vie économique. Si une entreprise privée lui déplait, elle est rapidement remise dans le rang ou même fermée autoritairement. Il faut le savoir car certains pensent qu’ils peuvent tout faire quand ils sont en Asie», abonde Philippe Delalande, auteur de Vietnam, dragon en puissance. Or au Vietnam, les règles du jeu changent souvent. «C’est à s’arracher les cheveux», s’exaspère Tran Duc Son.

Et la corruption est endémique. «C’est culturel», philosophe un patron français. «Si cela ne pose pas vraiment de problème pour un grand groupe, cela peut-être une entrave pour nos PME», concède Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur. «Le phénomène est insidieux. On ne nous demande pas directement de l’argent, ce sont souvent les employés vietnamiens qui doivent jouer les intermédiaires auprès des distributeurs locaux ou de l’administration», confie le patron de la filiale d’une PME agroalimentaire. Et selon lui, certains fonctionnaires sont de plus en plus gourmands. Il faudrait ainsi allonger parfois plusieurs milliers de dollars en cash pour ouvrir un bureau. De quoi arrondir les fins de mois alors que le salaire moyen au Vietnam ne dépasse pas les 100 euros mensuels.

Pénurie de main d’œuvre qualifiée

Passer ces obstacles, reste aux entreprises téméraires de trouver une main-d’œuvre qualifiée. Une difficulté supplémentaire pour plusieurs qui du coup embauchent des Français. Une délégation de Pole emploi International est ainsi arrivée au Forum d’affaires avec 150 CV, sous les bras, de demandeurs d’emplois prêts à tenter leur chance ici. Méthode plus radicale chez Dassault Systèmes qui vient de créer un centre pour former des ingénieurs vietnamiens.

Alors, le Vietnam, miroir aux alouettes? «Il y a bien des choses à savoir avant d’attaquer le marché de façon frontale, euphémise un patron français installé depuis plusieurs années.

«Il n’est jamais inutile pour les dirigeants de PME, souvent prisonniers de leur quotidien, de sortir de France, d’un climat anxiogène, afin de sonder de nouveaux marchés, même si cela ne donne pas de résultats concrets rapidement. Un forum d’affaires va déjà leur permettre de voir ce que font les concurrents, de se comparer à eux, de rencontrer de possibles partenaires, et du coup peut-être de mieux appréhender les besoins des clients internationaux et sa capacité ou non à les satisfaire. Ce n’est donc pas du temps perdu. Cela va permettre à ces patrons de placer des pions. Et au final, ce sont toujours les contacts d’aujourd’hui qui font les affaires de demain», nuance Christophe Lecourtier, directeur général d’Ubifrance

Et le succès est possible. Sur les 300 entreprises françaises implantées au Vietnam, aux côtés des groupes du CAC 40, 70 % sont des PME dont 35 % de micro-entreprises.

Par Mathieu Bruckmüller - 20minutes.fr - 15 avril 2013


Étouffées en Europe, les PME françaises cherchent de l’air au Vietnam

Une centaine de dirigeants de PME partent à la découverte d’un marché aux perspectives alléchantes…

«Nous n’avons plus le choix. Nos entreprises souffrent. Elles ont besoin de croissance et il faut la trouver où elle est, hors de nos frontières, parfois loin de l’Europe. C’est une question de vie ou de mort.» La mise en garde du patron de la chambre de commerce et de l'industrie (CCI), Vianney de Chalus, à l’ouverture du deuxième forum d’affaires France-Vietnam en dit long sur le défi qui attend les PME et les ETI hexagonales dans les années qui viennent. Contrairement au voisin allemand, par exemple, l’international est jusqu’ici en France surtout une affaire de grands groupes. Peut-être plus pour longtemps.

«L’export, c’est l’avenir»

«L’export, c’est l’avenir. Je vais voir si à terme, nous ne pourrions pas créer une usine au Vietnam pour vendre nos produits en Asie du Sud-est. Je joue le rôle de missionnaire», résume Théo Efstathtiou, le responsable de la recherche et du développement des produits Sojasun, à 10.000 mètres d’altitude dans l’avion qui l’amène à Ho Chi Minh ville. «L’international, c’est vital», renchérit Olivier Pierre, le fondateur de Bulky Pix, un développeur de jeux vidéo et d’applications pour smartphone qui y réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires.

Comme eux, une centaine de dirigeants français, surtout de PME, ont rencontré la semaine dernière 500 homologues vietnamiens avec pour objectif de renforcer les partenariats commerciaux entre les deux pays. Sur le papier, le potentiel du Vietnam, 90 millions d’habitants, a de quoi faire rêver. Une croissance de 7,5 %, en moyenne, depuis son ouverture économique en 1991, jusqu’à 2008. Si elle a ralenti à 5,03 % en 2012 en raison du ralentissement en Europe et aux Etats-Unis, elle devrait de nouveau atteindre 6,3 % en 2013. Et avec 60 % de la population en-dessous de 30 ans, une classe moyenne évaluée à six millions de personnes et qui aspire à consommer, les perspectives sont alléchantes.

Des besoins énormes

Que ce soit dans les domaines des transports, de l’agroalimentaire, de l’environnement du tourisme, de la santé, les besoins ne manquent pas. Même pour le luxe. «La clientèle est là», confirme Pierre-Louis Delapalme, le directeur général des cosmétiques de luxe Biologique Recherche. Un optimisme qui pourrait encourager, Fabienne Petit, la jeune fondatrice des producteurs de caractère, une épicerie fine en ligne: «Je veux mettre en avant les produits et le savoir-faire français dans des pays qui y sont sensibles».

Au Vietnam, le «made in France» a une carte à jouer. Surtout au moment où débute l’année de la France au Vietnam qui souligne les 40 ans de relations diplomatiques entre les deux pays. «On a le sentiment que l’on peut se comprendre», dit Vu Tien Loc, le président de la Chambre de commerce et d’industrie vietnamienne. Car, malgré les tourments du passé, l’empreinte culturelle française est ici encore très visible comme le prouve la façade de l’hôtel de ville ou du théâtre municipal. Or, jusqu’ici la France n’a pas profité de cet avantage. Sa part de marché n’est que de 1 %. L’ambition de Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur est de la doubler d’ici cinq ans.

Par Mathieu Bruckmüller - 20minutes.fr - 15 avril 2013