La "décision n°20" impose aux chaînes étrangères de demander une licence d'édition à un des géants des médias d'Etat, qui devra "préparer" les programmes pour le public local: les sous-titrer en vietnamien - sauf les informations - et éditer tout contenu jugé inapproprié. Le tout pour un montant non révélé.

A l'entrée en vigueur du texte la semaine dernière, des diffuseurs inquiets - dont K+, société mixte du français Canal+ au Vietnam - ont brièvement retiré de l'antenne des dizaines de chaînes étrangères de peur d'être poursuivis, au grand dam des abonnés.

De nombreux pays comme la Chine ou Singapour censurent les programmes télévisés pour des raisons politiques ou morales. Mais aucun autre ne demande aux chaînes d'y collaborer et d'en couvrir les frais. "Pour les chaînes d'information, cela a une implication politique, et cela ressemble à de la censure avec un grand C", a relevé John Medeiros, de Casbaa, qui représente l'industrie de la télévision payante.

Europe 1 avec Agence France Presse - 26 Mai 2013


Histoire du Monde : la télé au Vietnam

Le Vietnam cherche-t-il à réduire au silence sur son territoire les télévisions étrangères. Une nouvelle loi exige que tous les programmes diffusés soient traduits simultanément en vietnamien. C’est l’Histoire du Monde de Robin Cornet.

Exit CNN et la BBC. Tous les fournisseurs de programmes ne se sont pas encore pliés à la nouvelle loi entrée en vigueur le 15 mai dernier, mais de nombreux téléspectateurs sont déjà privés des chaînes étrangères. La législation impose désormais à ces 75 télévisions diffusées, par le câble ou par satellite, de doubler en vietnamien la quasi-totalité de leurs programmes. Mais ce n’est pas tout : les traductions devront être confiées à des agences officielles (disposant d’une licence du gouvernement) et le travail d’édition doit aussi être supervisé. Enfin, toutes les publicités doivent être réalisées au Vietnam. Inutile de dire que la mesure exclut toutes les chaînes d’infos internationales. Les associations ont crié à la censure. Avant cette loi, déjà, les télévisions étrangères devaient être diffusées avec une demi-heure de différé pour que la censure puisse opérer à des coupes lors des programmes considérés comme sensibles.

Mais quel impact cela aura-t-il vraiment ? Les Vietnamiens regardent beaucoup de films sur les télévisions américaines notamment. Mais suivent-ils pour autant les infos ? La même question se pose en Chine où la censure empêche l’accès à une série de sites internet étrangers. Une étude américaine de la Northwestern University montre que les Chinois s’intéressent peu aux contenus médiatiques étrangers et qu’ils préfèrent naturellement des produits qui sont proches de leur culture. Les chercheurs ont délimité des "marchés culturels" sur le web, autrement dit, des groupes de pays assez semblables culturellement. Exemple : on peut imaginer que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Irlande font partie du même marché culturel au sein duquel les internautes entrent en contact les uns avec les autres où l’on peut consulter indifféremment le site New York Times ou du Guardian. Puis les chercheurs ont regardé si chaque marché culturel était en contact avec d’autres marchés étrangers. Et là, ils ont découvert que la Chine n’était pas plus isolée que beaucoup d’autres zones géographiques. Les internautes chinois, écrivent-ils, sont même d’avantage au contact du grand internet mondial que les internautes polonais turcs ou italiens.

Par Robin Cornet - Radio Télévision Belge Francophone - 4 juin 2013