Avant même le début des rencontres entre les chefs de l’Etat, hier mercredi, les ministres de l’Agriculture des deux pays ont paraphé un accord portant sur la mise en place d’un téléphone rouge pour régler un contentieux portant officiellement sur la pêche, mais qui en réalité, va évidemment au-delà dans un contexte de guerre de territoire.

En décembre dernier, Hanoï a ainsi accusé la Chine de sabotage de ses navires et d’avoir sectionné des câbles sous-marins destinés à des relevés sismiques. Autre incident en mars dernier quand le Vietnam a accusé des navires chinois d’avoir ouvert le feu sur des chalutiers vietnamiens près des îles Paracels contrôlées par la Chine depuis la guerre de 1974, allant jusqu’à mettre en jeu la vie des équipages. Pékin a alors répondu que les chalentiers étaient dans l'illégalité, puisque dans les eaux chinoises, et a renforcé ses garnisons dans les îles disputées.

Deux stratégies

Du côté de Hanoï, on continue la promotion d’un accord dit « Not first use of force », autrement dit ne pas tirer le premier en cas de conflit. Le président Truong Tan Sang devrait aussi encourager la poursuite de négociations sur un code de bonne conduite en mer de Chine avec les dix pays de l’Asean (Association des pays du Sud-Est asiatique).

Côté chinois, au contraire, on devrait encore mettre l’accent sur le fait que le contentieux doit être réglé par des négociations bilatérales. La diplomatie chinoise fait tout pour éviter une internationalisation des contentieux. Les Chinois n’aiment pas beaucoup les intermédiaires, en particulier quand les Etats-Unis s’en mêlent. Le président chinois Xi Jinping l’a d’ailleurs rappelé ce mercredi en accueillant son homologue. Pour les Chinois, le plus important c’est la paix et la stabilité dans la mer de Chine méridionale autrement dit, le statu quo.

Une économie vietnamienne en difficulté

L'autre grand dossier, ce sont les échanges bilatéraux dans un contexte difficile pour le Vietnam. Selon les objectifs affichés du gouvernement, la croissance devrait atteindre 5,5 % cette année, donc au-dessous des 6 % maintenus depuis trois ans. Et le déficit commercial continue à croître, les échanges bilatéraux restant faibles. Le commerce Chine-Vietnam demeure le moins important de toute l’Asie. Pour les cinq premiers mois de cette année, les échanges ont atteint 24,4 milliards de dollars, contre plus de 30 milliards avec Singapour par exemple.

Mais, avec la hausse des salaires en Chine, les entreprises vietnamiennes notamment dans le textile pourraient reprendre des marchés aux Chinois, Hanoï cherchant aussi a attirer davantage d’investisseurs chinois.

Les tensions étouffées dans les médias

Il est difficile de dire comment cette rencontre est perçue en Chine. La diplomatie a bien pris garde à ne pas mettre en avant uniquement la résolution du contentieux territorial. Les sites d’information chinois parlent beaucoup d'économie.

Même chose au Vietnam d'ailleurs. Les Vietnamiens ont beaucoup manifesté pour dénoncer le déploiement de la superpuissance chinoise dans les eaux de la mer de Chine méridionale. Or ces derniers jours, les blogueurs ont été arrêtés et on a fait bien attention à éviter les manifestations. Des signes de déférence car certains analystes rappellent que ce sommet a été initié par Hanoï.

Pour Pékin ce qui compte, c’est qu’Hanoï n’affiche pas un soutien public aux Philippines, également en guerre maritime avec les Chinois, et que plus généralement la diplomatie vietnamienne fasse profil bas sur ces questions.

Radio France Internationale - 20 juin 2013


Le Vietnam demeure reconnaissant de l'assistance de la Chine

Le Vietnam se souvient toujours et prend en haute considération l'aide importante que le Parti, l'Etat et le peuple chinois ont réservée au Vietnam pendant la lutte pour l'indépendance d'hier et l'édification nationale d'aujourd'hui, a déclaré le président Truong Tân Sang.

Le chef de l'Etat vietnamien, en visite d'Etat en Chine, a rencontré jeudi à Pékin une centaine de cadres de l'association d'amitié, constituée d'anciens conseillers militaires, d'anciens officiels diplomatiques, d'experts et d'étudiants chinois. Parmi eux figurait le vice-président de l'Association d'amitié des relations populaires M. Feng Zuo Ku, ainsi que le vice-président de l'Association d'amitié Chine-Vietnam, M. Zhang De Wei.

M. Truong Tân Sang s'est déclaré éminemment heureux de rencontrer des camarades et amis très proches du Vietnam, également très ému devant la présence à cette rencontre des familles des généraux dont le nom est profondément gravé dans l'histoire révolutionnaire des deux pays.

Il a souligné que le Parti, l'Etat et le peuple vietnamiens poursuivaient la politique consistant à prendre en haute considération les relations d'amitié et de coopération intégrale avec le Parti, l'Etat et le peuple chinois, la considérant comme la politique fondamentale, conséquente, durable et privilégiée dans les relations extérieures du Vietnam.

S'agissant du problème maritime, il s'est déclaré persuadé qu'avec la volonté et les efforts communs des deux parties, conjugués aux expériences dans le règlement de la question des frontières terrestres et la délimitation du Golfe du Bac Bô, Vietnam et Chine pourront régler de façon satisfaisante les différends en mer, conformément aux relations bilatérales, au droit international comme à la situation internationale actuelle.

M. Truong Tân Sang a insisté sur la responsabilité des deux pays de sensibiliser la population aux questions des relations d'amitié traditionnelles. Il a souhaité qu'à l'instar de leurs parents et grands-parents avant eux, les jeunes vietnamiens et chinois d'aujourd'hui s'épaulent et perpétuent cette tradition d'oeuvrer pour la consolidation des liens bilatéraux.

Les participants ont remercié le président vietnamien pour cette rencontre et se sont déclarés convaincus du bon futur des relations d'amitié Vietnam-Chine. Ils ont souligné qu'ils continueraient à s'efforcer de renforcer les relations entre les deux pays et à participer aux activités de l'association d'amitié Chine-Vietnam.

Retraçant les moments vécus durant leur mandat de travail au Vietnam, ils ont exprimé leur belle impression devant l'exemple moral du Président Hô Chi Minh et ont affirmé le développement du processus d'édification du socialisme dans les deux pays sous la direction du Parti communiste.

Agence Vietnamienne d'Information - 21 juin 2013


Le président vietnamien en Chine sur fond de tensions territoriales

Le président chinois Xi Jinping reçoit son homologue vietnamien Truong Tan Sang pour trois jours. C'est leur première rencontre depuis l'élection du leader chinois en novembre 2012. Les deux dirigeants doivent parler commerce sur fond de tensions territoriales.

Le contentieux porte sur les îles Paracels, au large des côtes vietnamiennes. Elles sont passées sous contrôle de Pékin à la fin de la guerre du Vietnam en 1974. Depuis, Hanoï n'a cessé de revendiquer cette zone maritime, entraînant régulièrement des incidents.

Dernier en date, en mai, les autorités chinoises ont arrêté un bateau de pêche vietnamien. Un mois plus tôt, Hanoï accusait la marine chinoise d'avoir fait feu sur un de ses navires. Ces accrochages ont provoqué des manifestations au Vietnam au début du mois. Les manifestants réclamaient à leur gouvernement de faire davantage pression sur Pékin.

Une économie vietnamienne très dépendante de la Chine

Mais le président vietnamien n'a pas une grande marge de manœuvre. L'économie vietnamienne est en effet très dépendante de la Chine. Les échanges entre les deux pays ont dépassé les 24 milliards de dollars ces cinq derniers mois, un tiers de plus qu'en 2012. Et le Vietnam importe plus qu'il n'exporte en Chine.

Alors pendant ces trois jours, le président vietnamien va appeler Pékin à multiplier les investissements dans son pays. Objectif : booster l'économie locale et atteindre 5,5% de croissance cette année.

Il n'a donc pas intérêt à insister sur les problèmes territoriaux, au risque de s'attirer les foudres de Pékin. Voire de freiner les entreprises chinoises, de plus en plus nombreuses à s'installer au Vietnam.

Radio France Internationale - 19 juin 2013