Vilain détournement d’un festival culturel au profit de l’économie ? Ce serait plutôt l’inverse. Consacrer la fête de l’eau au Vietnam cette année : parmi les promoteurs de l’idée, il y a Jean-Michel Damien, médecin biologiste dans la cité thermale. Le Vietnam, il connaît bien. Depuis quatorze ans, avec un pool de praticiens, il a créé une joint-venture là-bas, pour y ouvrir un labo d’analyses. La joint-venture est devenue société de droit vietnamienne, a ouvert une clinique de jour à Ho-Chi-Min ville, avec 100 salariés. Comme quoi l’aventure asiatique est possible même sans être au CAC 40. Sur Saint-Amand, le toubib n’est d’ailleurs pas seul dans son cas. Les eaux minérales de Saint-Amand se font distribuer leurs bouteilles par camionnette à Pnomh-penh au Cambodge. Outinord, lui, a ouvert un bureau en Inde et s’active aux Philippines.

Preuve que l’Asie est effectivement dans le viseur des entreprises amandinoises, elles étaient toutes là, au Pasino, pour la rencontre promise avec l’ambassadeur (plénipotentiaire s’il vous plaît…) Duong Chi Dung. Qui, avec une convivialité toute asiatique, a été on ne peut plus clair, comme tout représentant commercial qui se respecte. VRP, il l’est aussi, il ne s’en cache pas le moins du monde. Donc, primo : toute République socialiste qu’elle est, le Vietnam est aussi un beau marché. 90 millions de consommateurs en puissance, une croissance rabotée de 9 à 5% avec la crise certes, mais qui laisse de sacrés beaux restes. Deuzio : le Vietnam aime la France, la visite de Mitterrand en 1993 a enclenché même la normalisation avec les États-Unis, c’est dire. Tertio : le Vietnam a des besoins énormes. Justement de par sa croissance.

Tapis rouge

Histoire de tracer la feuille de route, Duong Chi Dung est entré dans les détails. Les fameux besoins résident justement là où le savoir-faire français est reconnu. Le développement urbain, le traitement des déchets et de l’eau, bref, le développement durable. Le Vietnam visiblement découvre les tracas de la vie moderne et la pollution au rythme exact de son essor.

Ils ont été quelques-uns autour de la table à dresser l’oreille, du coup. Ainsi Outinord, qui fabrique des coffrages à même d’accélérer la production de logements sociaux. Malaquin, spécialiste des déchets et des centres de tri, a sans doute vu dans ce topo comme un tapis rouge. Idem pour Jean-Michel Hiolle, du groupe du même nom, qui a fait du développement durable un marché avant même que le concept ne soit validé en Bourse. Et le spécialiste du ferroviaire Deprecq, à Raismes, s’est enquis du niveau de décentralisation sur place quant aux décisions d’investissement. Qui dit développement urbain dit nouveaux trams, non ?

Monsieur l’ambassadeur n’a cessé d’opiner du chef. Alain Bocquet, qui perd rarement l’occasion de faire une affaire, a été à deux doigts de proposer direct une deuxième réunion à l’ambassade. Ce ne sera pas pour tout de suite. Mais l’idée est dans les tuyaux.

La Voix du Nord - 21 juin 2013