Ho Chi Minh Ville - «Do you want lady massage boom-boom?» Quand on demande à cette jeune fille en mini-jupe ultra-maquillée postée sur le trottoir de la rue Ngu Lao devant un hôtel trois étoiles ce qu’elle entend par là, la réponse est bien plus claire: «Do you wanna fuck?».

Un secret de polichinelle

Comme Ly, elles sont des dizaines à arpenter à pied, la nuit tombée, le quartier Pham Ngu Lao, le troisième district d’Hô Chi Minh. Se faire accoster par deux prostituées toutes pimpantes à scooter n’a rien non plus d’inhabituel. Certaines plus entreprenantes n’hésitent pas non plus à s’arrêter pour se frotter contre vous afin de vous inciter à passer aux choses sérieuses.

Et pourtant, officiellement, la prostitution est interdite dans ce pays communiste. Mais c’est un secret de polichinelle. Les autorités de la ville qui avait jusqu’ici nié l’existence du phénomène reconnaissent que 3.000 femmes feraient ici commerce de leurs charmes. Des députés ont même proposé que la prostitution soit légalisée. Sans succès pour l’instant. Mais selon des chercheurs, le nombre de prostituées serait nettement sous-estimé. Il y en aurait 11.000 à Ho Chi Minh, rien que dans les karaokés de la ville. Sans compter celles travaillant dans les bars, le bitume ou les hôtels de luxe du centre-ville à la recherche de businessman étrangers pour une heure voire une nuit.

Un business qui profite à tout le quartier

Signe de l’institutionnalisation de cette pratique, les agents de sécurité le jour n’hésitent pas à vous demander le soir si vous êtes à la recherche d’un «full massage boom-boom». «La grande majorité des filles sont seules et ne sont pas sous la coupe d’un réseau. Mais chacun a le droit à son petit pourcentage, du gardien de l’hôtel jusqu’à la pharmacienne qui livre les préservatifs. Le tout fonctionne comme une sorte de coopérative», constate Georges Blanchard, directeur de l’Alliance Anti-Trafic.

D’après sa dernière étude menée auprès de 4.546 prostituées dans la capitale économique du Vietnam qui compte plus de 7,5 millions d’habitants, près des deux tiers expliquent se livrer à cette activité pour gagner beaucoup d’argent et s’offrir une nouvelle vie. En effet, alors que le salaire moyen est d’environ 100 euros par mois au pays, une passe à 30 euros, le tarif demandé pour un étranger, permet d’accéder aux derniers produits high-tech par exemple. Mais pour 30% d’entres elles, cette activité permet plutôt de soutenir financièrement la famille ou un proche malade. Seule 1% le font par plaisir.

Changer les mentalités

Malgré tout, la prostitution reste une pratique très ancrée de la culture vietnamienne. Alliance Anti Trafic a ainsi repéré dernièrement un groupe de 250 filles entre 13 et 16 ans à Hô Chi Minh qui se prostituaient gratuitement! L’organisation a ainsi développé en partenariat avec le gouvernement des cours d’éducation sexuelle dans les écoles. «Les filles au Vietnam n’ont pas le droit de dire non. Elles sont faciles à leurrer. Notre objectif est de changer les mentalités, explique Georges Blanchard qui se félicite des grands progrès réalisés par le Vietnam depuis son ouverture en 1991. Globalement les jeunes ne veulent plus perpétuer les traditions des anciens. Désormais, les mariages arrangés c’est fini. Ce n’était pas encore le cas il y a dix ans».

Par Mathieu Bruckmüller - 20minutes.fr - 12 juillet 2013