Hô Chi Minh Ville - «Je suis revenu pour réaliser mes rêves et participer au développement économique de mon pays». Quand il y a trois ans Hoang Anh Phan s’est vu offrir un poste de responsable des systèmes d’informations à Hô Chi Minh Ville, elle a sauté sur l’occasion. Elle a fait ses bagages avec mari et enfant. Un retour aux sources pour cette jeune trentenaire, née au Vietnam et élevée par sa tante à Paris. Mais qui n’a pas toujours sonné comme une évidence: «Jusqu’à mes 18 ans, je ne me voyais que Française. Je ne comprenais même pas pourquoi on me disait «chintok», se rappelle-t-elle. Un exode massif

Comme elle, de nombreux franco-viet décident de renouer avec leurs racines après leurs études. «Je me suis toujours senti très Français, mais en banlieue de Nancy, là où j’ai grandi, les remarques du style «bol de riz» ont fini par me peser. Je me suis de plus en plus interrogé sur mes origines et je suis venu ici pour la première fois à 24 ans», explique Thierry Ngyuyen dont les parents, pharmacien et chimiste, étaient arrivés dans l’Hexagone pour leurs études en 1968. A 33 ans, il vient finalement de déposer ses valises pour fonder un studio d’animation.

Les chiffres sont contradictoires, mais selon les estimations environ 200.000 Vietnamiens seraient en France aujourd’hui. Une immigration qui s’est amplifiée en 1975 avec l’arrivée massive de boat people après la chute de Saigon et la victoire du Nord communiste. Plus de deux millions de Vietnamiens, appelés ici «Viêt Kiêu», prendront alors la route de l’exil d’un pays exsangue.

Renouer avec sa famille

Comme Christoph Minh Nhat Nguyen, né à Saigon en 1970, qui a rejoint Paris avec sa mère. Considéré comme un traître aux yeux du nouveau régime, son père, médecin pour les soldats américains durant la guerre, sera emprisonné durant quatre ans avant de les retrouver. Malgré tout, son fils est revenu sur ses pas. «Je n’avais pas mis les pieds au Vietnam depuis quarante ans. J’ai retrouvé des cousins, des oncles et des tantes dont j’ignorais même l’existence», raconte ce bouillonnant développeur de jeux vidéo.

La famille. C’est ce qui a poussé Minh Phong Ha Ngoc à retourner dans le pays que ses parents, pharmacien et médecin, avaient quitté pour faire leurs études à Paris. Après s’être lancée dans le négoce de médicaments pour fournir les hôpitaux vietnamiens asphyxiés par l’embargo américain, sa mère y a développé par la suite une entreprise pour fabriquer des équipements médicaux. Et limiter ainsi la facture des établissements qui doivent importer l’essentiel de leurs besoins. Malgré un bon job dans le conseil chez Accenture à Paris, son fils a décidé depuis un an de prendre la suite: «Le Vietnam, la santé, la famille, ce sont des mots forts. Cela fait plus de sens qu’en France, malgré un gros poste.»

Une quête de sens

Une quête de sens qui a aussi convaincu Duc Ha Duong de quitter un confortable travail d’ingénieur. «Je donnais chaque année plusieurs centaines d’euros à une association franco-vietnamienne. Mais c’était trop facile. Je me suis dit qu’il fallait que je donne plus pour être fier de moi et que je monte une entreprise pour créer plein d’emplois». Officience était née. Cette société d’externalisation basée à Ho Chi Minh compte déjà plus de 250 salariés. Ses clients sont principalement des sociétés françaises et notamment du CAC 40 à qui elles confient, par exemple, du traitement de données ou des sites Web.

Depuis, Officience a même ouvert un bureau à Paris. «La preuve que la mondialisation n’est pas le mal incarné. Il faut s’appuyer sur des pays partenaires pour créer de la valeur pour les deux parties. La France est le pays le plus pessimiste du monde et le Vietnam le plus optimiste. Entre les deux, il y a des synergies à créer», estime Duc.

Dynamisme vietnamien

En effet, le paradoxe entre les deux pays est saisissant entre un Vietnam où tout est à construire, qui affiche un taux de croissance de 7% depuis son ouverture en 1991, et une France enfoncée dans la crise. « Il y a une sorte de morosité en France contrairement au dynamisme vietnamien. Les gens ici ont la gnaque», constate Hoang Anh Phan.

Mais la transition ne se passe pas sans heurts. «Même si je m’y étais préparé, le choc culturel a été important. En termes de business éthique, le Vietnam a beaucoup à apprendre», explique un franco-vietnamien. Pas toujours facile d’être confronté à une corruption quasi-généralisée et à une légalisation très versatile. L’atterrissage est parfois si difficile que finalement certains décident de retourner… en France.

Par Mathieu Bruckmüller - 20minutes.fr - 11 juillet 2013