Le Vietnam n’a investi dans la production de café que très récemment si on compare le pays à l’Afrique ou à l’Amérique. Non sans succès, puisqu’il est le numéro un mondial du robusta et le numéro deux, si on prend en compte la variété Arabica, encore confidentielle sur ces terres. Il y a aujourd’hui 500.000 planteurs de café au Vietnam, qui produisent de 1,3 à 1,5 million de tonnes de café sur 600.000 hectares.

Hanoï s’est lancé dans le café après la guerre contre les Américains il y a trente-cinq ans pour repeupler les hauts plateaux du centre sud, découpant le territoire en petites parcelles de 1 hectare en moyenne. Mais la production s’est surtout accélérée ces dix dernières années. Les agriculteurs achètent le droit d’exploiter la terre - le « red book » - pour cinquante ans, moyennant 30.000 dollars à 50.000 dollars, selon son emplacement. Le bail échu, ils peuvent reconduire le bail à moindres frais en s’acquittant de droits annuels. Un effort financier, qui suppose en général de trouver des activités d’appoint en dehors de l’exploitation.

Ainsi la famille Nguyen Thi Duyen sur la commune de Lŏuǒ An, doit améliorer son ordinaire grâce à un temps partiel de maçon et des tâches journalières chez les voisins agriculteurs. La diversification dans la culture du poivre et de l’avocat est une autre source de revenu complémentaire. Les Lê Dang Hiet, ont une autre histoire. Ce couple de 57 ans a acquis 0,6 hectare d’une terre de qualité médiocre qu’ils ont entièrement planté seuls. Moins dépendants du collecteur pour l’achat des engrais que les Nguyen Thi Duyen, ils doivent néanmoins récolter des fruits chez les voisins pour améliorer leur ordinaire. Les estimations de revenus vont de 4.000 à 5.000 dollars par an, ce qui est jugé beaucoup par rapport au salaire minimum de 150 dollars d’un ouvrier en ville par les représentants du gouvernement. Reste que le confort des maisons des planteurs est si dérisoire que les chiffres fournis posent question.

Les voies d’avenir

L’enjeu pour les exploitants vietnamiens aujourd’hui est d’améliorer leurs techniques d’exploitation, de réduire leurs coûts d’exploitation et d’améliorer leurs marges. Les engrais et les pesticides sont le poste le plus lourd. Il représente 40 % de la facture. La maîtrise de l’irrigation est l’autre problème. « Les planteurs arrosent quand il y a de l’eau, parfois trop abondamment alors », explique Flavio Cordin, directeur de l’organisme de développement IDH au Vietnam. La taille et les greffages sont eux aussi des exercices délicats, dont dépend la quantité de cerises par arbre. A cela s’ajoute la nécessité de renouveler les caféiers désormais trop vieux et insuffisamment productifs. Mondelez a signé un accord avec Ecom pour assurer la formation des planteurs. Le groupe agroalimentaire apporte le financement, le trader exportateur fournit enseignement et aide technique. Un système, qui a vocation à améliorer la qualité du café et à en abaisser le coût, tout en fidélisant les producteurs...

Chiffres-clés

Il y a aujourd’hui 500.000 planteurs de café au Vietnam, numéro un mondial du robusta. Ils produisent de 1,3 à 1,5 million de tonnes de café sur 600.000 hectares Le revenu mensuel moyen d’un producteur de café au Vietnam varie de 230 à 310 euros

Par Marie-Josée Cougard - Les Echos - 23 juillet 2013


Le Vietnam rebat les cartes du marché mondial du café

Il fait 30 degrés sur les hauts plateaux de Lam Dong dans le centre sud du Vietnam. A deux heures et demie de route de Hanoi. La chaleur moite envahit les arbres à café, dont les branches retombent en corolles souples chargées de grappes de grains verts. Le Vietnam est le deuxième producteur de café (22 millions de sacs de 60 kilos) dans le monde loin derrière le Brésil (50 millions de sacs), mais il exporte presque autant. Un commerce qui lui rapporte 3 milliards de dollars par an. L'américain Mondelez (ex-Kraft) vient d'y inaugurer le premier centre de formation des planteurs pour se préparer à répondre à la croissance de la demande de café en Asie. Le secteur, en plein essor, est stratégique pour le groupe.

Le marché du café s'est en effet déplacé depuis quelques années et, même si le Brésil demeure de loin le premier producteur mondial, les groupes agroalimentaires savent que c'est en Asie que la consommation va croître. Chaque année, elle augmente de près de 4 % depuis dix ans, alors que, dans les pays matures, elle n'a progressé que de 1,1 %, selon l'OIC (Organisation international du café).

L'enjeu aujourd'hui pour des poids lourds comme Mondelez ou Nestlé est de sécuriser leurs approvisionnements au Vietnam afin d'être en mesure de répondre à l'essor de la demande en Asie. « La consommation de café se développe sans arrêt, mais surtout en Thaïlande, en Corée, en Inde et en Indonésie. Très peu en Chine pour l'instant », explique Victor Gfeller, directeur de la division café de Mondelez pour l'Europe et les pays en développement. « Mais à Shanghai, il se boit déjà autant de tasses de café par an qu'en Europe, alors que les campagnes n'en consomment pas du tout », ajoute Hubert Weber, vice-président de la division café de Mondelez pour le monde. Ce qui laisse augurer la suite.

Au Vietnam, la campagne assoupie déroule mollement ses collines plantées de caféiers, d'arbres à thé et de mûriers pour les vers à soie. La récolte du café est encore loin. Elle ne commencera pas avant le mois de novembre. Les planteurs auront alors deux mois pour cueillir les grains mûrs. A la main pour beaucoup faute des moyens nécessaires pour acheter des machines et avec le secours hypothétique des voisins, eux-mêmes trop occupés. La récolte séchée, les planteurs de café la vendront aux collecteurs. Des personnages clefs dans la longue chaîne de commercialisation de cette production. Soupçonnés d'exploiter les producteurs, ils concentrent toutes les critiques. Ce sont eux qui vendent les engrais aux planteurs, à crédit. Un rapport de force qui leur permet de fixer le prix de la récolte, qu'ils livrent aux traders comme Ecom. Ceux-ci exportent ensuite vers les usines de Nestlé ou de Mondelez-Kraft, les plus gros acheteurs de café au Vietnam.

Aujourd'hui, les producteurs sont plutôt contents. Ils ont pu refaire en partie la trésorerie mise à mal par l'effondrement des cours, tombés de 3 dollars la livre en 2011 à 1,30 dollars en 2012. Le café est une matière première hautement spéculative. « Un jour certains sont millionnaires, le lendemain ils peuvent n'avoir plus rien », dit Trinh Xuân Thâu, un collecteur de la région. Lui ne joue pas à ce jeu-là. Ce qu'on appelle « le café papier », celui qu'on n'a pas encore acheté mais déjà revendu, est bien trop dangereux à son goût.

Spéculation et combines

Le café donne lieu à toutes sortes de pratiques douteuses. Stéphane Mahieu, le directeur de l'usine d' Ecom à Lam Dong, incrimine volontiers les collecteurs. « Criblés de dettes et au bord de la faillite pour certains », ils n'hésitent pas à ajouter toutes sortes d'éléments indésirables dans les sacs qu'ils livrent à l'usine. Cela va des grains cassés, noirs, ou minuscules dans les cas les plus anodins aux boulons utilisés pour lester les sacs. Et ainsi à gonfler la facture. La poussière aussi est un facteur pondéreux. « Nous en avons éliminé 70 tonnes hier sur un chargement de 30.000 tonnes », dit le directeur de l'usine, qui nettoie, trie par lots et met en sacs prêts à exporter. Le café n'est jamais torréfié à ce stade, car il ne se garderait pas. Les grains sont expédiés verts aux industriels (Nestlé ou Mondelez) qui, eux, en revanche se chargent de la torréfaction.

Par Marie-Josée Cougard - Les Echos - 24 juillet 2013


Le café le plus cher au monde

Récolté dans les excréments de la civette asiatique, le kopi luwak est une variété de café très prisée en Extrême-Orient et notamment au Vietnam. C'est le café le plus cher du monde. Il se vend couramment entre 300 et 400 dollars le kilo, atteignant jusqu'à 1.000 dollars dans certains cas. Les sucs gastriques de la civette, amatrice de café, agissent sur les arômes des grains ingérés, après un jour et demi passé dans leur tube digestif. Rejetés en grappes encore couvertes des enveloppes intérieures du fruit, les grains de café sont récoltés, lavés et séchés. Ils ne sont que légèrement torréfiés afin de préserver le nez chocolaté et l'absence d'amertume, gagnés dans le tube digestif de la civette.

Par Marie-Josée Cougard - Les Echos - 24 juillet 2013