HANOI - Parmi les patrimoines architecturaux à Hanoï, les constructions françaises sont très représentatives du style colonial et méritent une préoccupation et une conservation spécifiques. D’après Pham Xanh, professeur-docteur de l’Université des Sciences sociales et humaines, l’année 1873 marqua l’arrivée des Français à Hanoï et peu de temps après, ils commencèrent à installer de grandes constructions sur cette terre nouvellement concédée.

Des premières empreintes...

En octobre 1875, les premiers établissements furent construits, à savoir le Consulat, des immeubles à deux étages pour les officiers, des postes de commandement militaire, des casernes et des hangars... C’étaient les premières empreintes de la civilisation française que nous pouvons encore reconnaître dans les locaux actuels de l’Hôpital 108. Ce quartier devint «la pépinière de la culture française» à Hanoï.

Après celles-ci, d’autres constructions telles que le Palais du Résident Supérieur, le Palais du Gouverneur, la Poste centrale, l’hôtel Métropole... ont surgi. La plupart de ces établissements furent de style classique, monumentaux et aux façades imposantes, montrant la stabilité du Protectorat et l’envie d’une présence coloniale durable au Vietnam.

L’Opéra de Hanoï était l’un des plus représentatifs de cette époque. En 1900, les entrepreneurs Charavy et Savelon ont été chargés de la construction du théâtre. Il a été édifié en dix ans sur les plans des architectes Broyer et Harlay (et inspiré de l’architecture de l’opéra Garnier de Paris, ndt.). Dès son ouverture, chaque soir, cet opéra accueillait les spectateurs aux concerts et pièces de théâtre.

Il ne faut pas oublier l’édifice suivant : le pont historique Long Bien, nommé Paul Doumer à son inauguration, qui a été construit dans le style Eiffel par l’entreprise Daydé & Pillé, de 1898 à 1902. Ce pont est caractérisé par ses 19 travées basées sur 20 poutres en porte-à-faux sur une longueur de 2.500m (y compris la montée et la descente). Ce fut le premier pont en acier à enjamber le fleuve Rouge, prouvant la capacité humaine de dompter les forces de la nature.

En général, à cette époque, les Français ont donné à Hanoï un plan de construction inspiré du modèle occidental qui a changé la physionomie de Hanoï avec de nouvelles villas et écoles, de nouveaux hôpitaux et des rues plus larges. D’après les historiens, la société vietnamienne ancienne n’était pas prête à accueillir cette nouvelle tendance ; ainsi, notre propre architecture a été dominée. Cependant, au début des années 1920, l’architecture du Vietnam a, à son tour, donné des idées aux modes architecturaux français. Cet échange ouvre une nouvelle page de l’histoire architecturale du Vietnam.

... jusqu’à l’interférence des architectures franco-vietnamiennes

Dans cette nouvelle période, les Français - du moins les intellectuels progressistes - se sont aperçus qu’il ne fallait pas imposer l’architecture étrangère dans un pays ayant une tradition ancestrale. Ce n’était pas une bonne manière de mettre en valeur la culture française. De plus, la mise en oeuvre de ces constructions de style purement occidental a montré les inadéquations climatiques, culturelles et esthétiques. L’architecture française au Vietnam s’est ainsi modifiée pour s’harmoniser avec l’environnement naturel et le mode de vie local.

Un des pionniers de ce style fut l’architecte Ernest Hébrard. D’après Philippe Le Failler, Directeur de l’Ecole française d’Extrême-Orient au Vietnam, arrivant à Hanoï en 1921, l’architecte Ernest Hébrard a préconisé une rénovation et rompu avec les tendances architecturales régnant à cette époque dans la métropole qui ne convenaient pas à un pays tropical.

Celui-ci a avancé l’idée d’un dialogue interculturel et créé un style indochinois qui mêle harmonieusement l’architecture traditionnelle locale et le style occidental. Les édifices les plus typiques de cette inspiration sont l’Université de l’Indochine (devenue Université nationale), la Recette générale des finances (devenue Ministère des Affaires Etrangères) et le musée Louis Finot de l’Ecole française d’Extrême-Orient (devenu le Musée national d’histoire vietnamienne).

Prenant en exemple l’édifice de la Recette générale des finances, l’architecte Tran Quoc Bao, enseignant du Département de l’Architecture et de l’Aménagement à l’Université du Génie Civil, nous fait remarquer que, malgré un aménagement intérieur classique ressemblant à tous les autres bureaux administratifs de l’époque, les façades extérieures révèlent des techniques orientales, ce qui a donné à ce bâtiment une silhouette affinée et une harmonie environnementale.

Cet édifice est caractérisé par une toiture comprenant plusieurs étages de grands ou petits toits et des auvents en pente au-dessus des fenêtres, ce qui permettait une protection pour l’ensoleillement et la pluie. Des éléments asiatiques y ont été appliqués de manière ingénieuse.

Ce qui fût son grand succès : l’harmonisation des tendances asiatiques et occidentales et la parfaite adaptation aux contraintes climatiques et environnementales.

Le musée Louis Finot (musée de l’histoire), édifié entre 1928 et 1932, est une autre construction remarquable d'Ernest Hébrard. La toiture en étage a été associée parfaitement aux détails architecturaux asiatiques.

Des arbres plantés, du jardin avant jusqu’à la cour intérieure, donnent l’impression d’un édifice surgissant au milieu d’une forêt tropicale.

A part ces grands bâtiments, les Français n’ont pas oublié de construire des zoos, grandes places, parcs et jardins qui affirment toujours leur utilité dans la vie actuelle.

Et ces précieux patrimoines méritaient une bonne préservation

Etudiant de longues années l’histoire de Hanoï, le Professeur et Docteur Philippe Le Failler explique que, sans compter l’ancien quartier dit '36 rues', Hanoï dans les années 1930 était une nouvelle ville, dotée d’une planification conforme aux normes les plus modernes en architecture européenne à ce moment-là.

Etant le centre du pouvoir colonial, Hanoï devait montrer sa puissance avec des bâtiments monumentaux qui, d’une part ont assumé leurs fonctionnalités administratives et, d’autre part ont eu la tâche de mettre en avant à la fois leur architecture grandiose, solennelle et esthétique. Aussi, d’après Dr. Le Failler, bien que Hanoï ait beaucoup changé et se développe chaque jour, la plupart des établissements publics ont toujours conservé leur structure d’origine.

Même si elle a été importée et imposée autrefois, l’architecture française ou indochinoise a été acceptée et fait maintenant partie des patrimoines du pays. Il est regrettable que les Français aient détruit l’ancienne citadelle et autres anciens ouvrages féodaux à Hanoï.

Mais nous ne pouvons pas ignorer leur contribution considérable à la planification et à l’architecture de la ville. Au-delà des événements historiques, les édifices coloniaux français restent des patrimoines méritant d’être préservés.

Par Binh Minh - Bao Dien Tu - 23 septembre 2013 - adapté par : Mai Linh Nguyen Pham pour Le Courrier des architecte.