HANOI - Arrivant au village de Nha Xa dans le but de découvrir son célèbre savoir-faire en matière de tissage de la soie, nous découvrons avec surprise des villas de style colonial français, nommées par les riverains 'villas Tây'*.

Edifiées il y a plus de cent ans, elles sont impressionnantes par leur charme et leur solidité. Mais risquent-elles de perdre leur beauté discrète et, de fait, le village risque-t-il de perdre ce patrimoine architectural ? Cela est tout à fait possible.

Cachées dans la verdure des jardins, dix-huit villas sont les dignes témoins de la prospérité passée de ce village artisanal. Néanmoins, elles sont toutes en état de détérioration. Ces beaux édifices sont abandonnés dans l’indifférence des villageois et des descendants des anciens propriétaires.

La culture des mûriers, la sériciculture et le tissage furent enseignés aux villageois par le général Trần Khánh Dư au XIVe siècle, ce qui généra le développement des métiers de la soie à Nha Xa et conféra au village sa notoriété en la matière.

Aujourd’hui, la soierie se développe encore et reste la première richesse du village : 80% des foyers sont dotés de métiers à tisser et 65% d’entre eux vivent des revenus apportés par la production de la soie. La soie de Nha Xa est l’une des meilleures, se classant juste après celle de Hà Ðông.

Depuis toujours, elle est connue non seulement sur le marché intérieur mais également sur le marché international. Dans les années 1920, la croissance de la production et des exportations vers Hong Kong, le Japon, la Corée, etc. avait transformé la vie de nombreux paysans.

Les villas Tây ont vu le jour durant ces années de prospérité, entre 1920 et 1940.

Parcourant un chemin sinueux au son des claquements des métiers à tisser, nous trouvons sans difficulté l’une des villas. Monsieur Pham Khac Tiep, son propriétaire, nous présente avec sollicitude son domaine, qui fut construit par son grand-père paternel en 1930 et dont le plan fut dessiné par un architecte français.

Cette demeure de deux étages, bien proportionnée, recouverte d’un toit en tuiles, est presque intacte. Ses caractéristiques intérieures et extérieures, le plancher en bois, les portes et la toiture, le balcon avec la balustrade en fer et l’escalier en bois, les frises et les reliefs... tout représente l’architecture française.

En revanche, quelques détails de décoration asiatique ont été ajoutés tels des caractères chinois sur la façade ou cet oeil-de-boeuf empruntant sa forme à un caractère stylisé ; autant d’éléments qui illustrent le croisement entre architectures occidentale et orientale. Devant la maison, un arbre séculaire couvre une petite cour de son feuillage.

Juste à côté de cette maison se trouve une demeure d’un seul étage, en forme de U. Bien structurée, la maison est délicatement décorée. Mises en relief sur son fronton, les dates 1923-1932 indiquent la durée de sa construction. Malgré son état de dégradation, cette maison garde toujours une certaine vivacité. Quel dommage !

Un peu plus loin, la villa de Madame Pham Thi Dang, bâtie en 1934, connaît aussi de graves dégâts au plafond. Pourtant, elle est toujours utilisée en tant que lieu de culte des ancêtres. Ainsi, ses espaces intérieur et extérieur ne subissent pas le cours du temps.

Chacune des villas éparpillées dans le village incarne sa prospérité passée. C’est-à-dire des histoires gravées dans les mémoires de plusieurs villageois. Avec enthousiasme, Monsieur Le Nhu Thieu, chef d’un hameau, nous emmène faire le tour du village. Il nous fait part de ses forts regrets quant au 'fief' Duong Loan, dont le propriétaire fut l’un des plus riches de l’ancienne province Nam Ha. En effet, cette villa fut détruite en raison de graves dégâts et il n’en reste que quelques vestiges.

D’autres villas furent maintes fois restaurées et réparées sans égards pour les valeurs architecturales et les normes de préservation ; elles n’ont donc pas préservé leur charme d’antan.

Le Nhu Thieu nous raconte que, dans les années 1980, le village possédait encore plusieurs villas de style français. Au fur et à mesure des années, la plupart furent détruites et il n’en reste que dix-huit, dont la majorité dans un état de délabrement avancé. Leurs habitants actuels, d’une part à cause de leur âge ou leur faible condition financière, d’autre part par manque de connaissances en matière de patrimoine ou tout simplement d’intérêt pour leurs vieilles maisons, ne parviennent pas à préserver et à restaurer ces villas correctement.

Poursuivant la visite, nous parcourons un joli chemin couvert de feuillages qui serpente et nous emmène jusqu’à un coteau cerné de jardins et d’étangs. Impressionnant !

Au milieu de la verdure, la villa où demeure Madame Nguyen Thi Phuc, bâtie en 1933, surgit avec tout son authentique charme malgré quelques éraflures et moisissures.

Située dans un ensemble parfaitement structuré de jardins, d’étangs, de petits chemins et de portails, cette villa est digne d’un centre de villégiature écologique !

De l’autre côté de l’étang se trouvent trois, quatre autres villas du même style. Toutes sont en état de dégradation. Avec quelques restaurations, ces villas pourraient accueillir des visiteurs curieux de découvrir la soierie du village. Un potentiel prometteur à ne pas négliger.

Ni imposantes, ni monumentales, loin d’être somptueuses, les villas Tây de Nha Xa restent modestes mais pittoresques et romantiques dans le milieu paisible de la campagne. Elles témoignent d’un passé resplendissant et d’une originalité architecturale qu’on ne trouve nulle part ailleurs au Vietnam.

Face à la situation précaire de ces anciennes demeures, il est urgent d’intervenir afin de les examiner, évaluer, restaurer et les mettre en valeur. Chacune devrait garder sa particularité tout en s’harmonisant avec le plan d’ensemble du village.

Nous devrions reconnaître ces villas en tant que patrimoine architectural lors des nouveaux aménagements de la commune Moc Nam. Préservez-les comme l’un des trésors du village car elles sont des témoins d’un passé glorieux, du talent des artisans et de la richesse apportée par la soierie. Elles prouvent aussi la croissance continue d’un village artisanal.

Par Doan Duc - Kienviet.net - Association des Architectes du Vietnam - 9 janvier 2013 adapté par Mai Linh Nguyen Pham pour le Courrier de l'Architecte