C'est ce qu'a affirmé le président de l'AN du Vietnam, Nguyen Sinh Hung, en recevant samedi à Hanoi son homologue cambodgien, Heng Samrin, au Vietnam afin de participer à la célébration du 35e anniversaire de la victoire de l'armée et du peuple vietnamiens sur le champ de bataille de la frontière Sud-Ouest contribuant à la victoire sur le régime génocidaire des Khmers rouges (le 7 janvier).

Nguyen Sinh Hung s'est réjoui de la présence de son homologue cambodgien à Hanoi avant d'affirmer que sa visite témoignait des bons sentiments de l'AN et du peuple cambodgiens envers le Vietnam ainsi que de la solidarité entre les deux Etats et les deux pays.

Pour sa part, le président de l'AN du Cambodge a souligné les sacrifices, les grandes pertes ainsi que les sentiments et la responsabilité des soldats volontaires vietnamiens dans la lutte contre le régime des Khmers rouges, pour la liberté et l'indépendance du peuple cambodgien.

Grâce à ces contributions efficaces des soldats volontaires vietnamiens, le Cambodge est rapidement sorti ce régime génocidaire, permettant d'ouvrir une nouvelle page de son histoire. Depuis ce jour-là, le peuple cambodgien n'a cessé de s'efforcer d'édifier et de développer le pays.

Lors de cette rencontre, Nguyen Sinh Hung et Heng Samrin se sont informés de la situation socioéconomique de chaque pays avant d'échanger des points de vue sur les questions internationales.

Les deux dirigeants ont affirmé vouloir renforcer davantage leur collaboration, favoriser la coopération entre les entreprises des deux pays, contribuant à rendre plus profonde et plus efficace les relations bilatérales.

Ils ont souhaité accélérer la mise en oeuvre des accords de coopération entre les deux AN, maintenir les échanges de délégations et le partage d'expériences en matière législative, renforcer la collaboration dans la supervision des projets de coopération entre les deux gouvernements ainsi que cultiver la solidarité, l'amitié et la coopération intégrale entre les deux pays en tous domaines.

L'AN cambodgienne soutient la mise en oeuvre de l'Accord sur la délimitation et de bornage conclus par les deux gouvernements, a déclaré Heng Samrin avant de souhaiter que les deux parties achèvent au plus tôt le processus de bornage, contribuant à l'édification d'une frontière commune de paix, de stabilité et de développement.

A cette occasion, Nguyen Sinh Hung a invité son homologue cambodgien à participer à la 132e Assemblée générale de l'Union interparlementaire (IPU 132) qui se tiendra en 2015 à Hanoi.

Samedi soir, le chef de l'AN vietnamienne a présidé un banquet en l'honneur de Heng Samrin et de la délégation cambodgienne l'accompagnant.

Agence Vietnamienne d'information - 4 janvier 2014


La mairie de Phnom Penh interdit de nouvelles manifestations

Pour maintenir la sécurité et l'ordre social, la mairie de Phnom Penh a décidé de ne pas autoriser le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) à continuer ses manifestations à partir du 4 janvier et ce jusqu'à ce que la sécurité et l'ordre public reviennent à la normale, a déclaré le gouverneur de la capitale Pa Socheatvong.

Des policiers anti-émeutes cambodgiens ont dispersé samedi un rassemblement de manifestants dans le parc de la Démocratie, à Phnom Penh. Les opposants du CNRP étaient rassemblés dans ce parc depuis décembre pour réclamer de nouvelles élections.

Quatre personnes ont trouvé la mort et 37 ont été blessées lors de heurts survenus le 3 janvier entre la police et les ouvriers du textile en grève dans la zone industrielle de Canadia, en banlieue de Phnom Penh.

Le ministère cambodgien de la Défense a déclaré le 3 janvier que les forces armées royales protégeraient les résultats des élections de l'Assemblée nationale (5e législature) et du gouvernement dirigé par le Premier ministre Hun Sen.

Les forces armée royales se sont engagées à accomplir leurs tâches de maintien de l'ordre social et de la sécurité nationale, a ajouté le ministère de la Défense.

Ce dernier a également appelé tous les bonzes, les habitants de toutes les couches sociales et les parties concernées à éviter toutes actions et tous discours susceptibles de générer de la violence.

Agence Vietnamienne d'information - 4 janvier 2014


Au Cambodge, "on est en train de réprimer la liberté d'expression"

La situation au Cambodge s'est considérablement dégradée ces dernières 48 heures. Les ouvriers du textile ont entamé des grèves et sont descendus dans la rue. Vendredi, l'armée a tiré sur une foule de manifestants, faisant au moins 7 morts, selon les ONG internationales. A Pnom Penh, Chhiv Kek Punk, médecin et présidente de la Ligue cambodgienne des droits de l'homme, a répondu aux questions de France Info.

La situation se dégrade, au Cambodge. Et cela ne date pas d'hier. Depuis les dernières élections législatives l'été dernier, l'opposition manifestait et dénonçait un scrutin entâché de fraudes et ne reconnaissait pas les résultats. Cela ne semblait pas déranger le pouvoir en place.

Mais depuis quelques jours, les ouvriers du textile ont entamé des grèves et eux aussi descendent dans la rue. En cause, leurs faibles conditions salariales. Cela panique le pouvoir en place depuis 28 ans. Vendredi, l'armée a tiré sur la foule. Il y a eu plusieurs morts, sept au moins d'après les ONG internationales. L'ambiance reste explosive, comme l'explique Chiv Kek Pung, présidente de la Ligue cambodgienne des droits de l'homme, et une des seules à avoir accepté de témoigner.

Quelle est l'atmosphère dans les rues de Pnom Penh ?

Je suis très très inquiète. Les rumeurs circulent qu'on veut arrêter les leaders, les chefs les syndicalistes... J'ai bien peur que la violence continue. Ils ont déployé les forces armées dans la ville. Les autorités ont mis des barricades partout. Pourquoi les militaires viennent défendre les intérêts privés d'une compagnie ? Cela ne devrait pas être le cas. Les militaires servent à défendre le pays contre des ennemis éventuels.

Qu'est-ce qui a poussé les ouvriers du textile à manifester ?

Il y a à peu près plus de 700.000 ouvriers du textile, dont 80% sont des femmes, la plupart très jeunes. Ces ouvriers gagnent très peu, 81 dollars par mois, et ils demandent 160 dollars par mois. Plusieurs usines se sont donc mises en grève. Malheureusement le clash est arrivé. Il y a une quarantaine d'usines où les ouvriers ont été manifesté, très tranquillement, mais il y a eu répression de la part des autorités. Ils sont venus leur taper dessus, il y a eu des coups de feu, il y aurait eu 7 morts.

On ne sait toujours pas combien il y a eu de blessés, mais au moins 40, et la plupart des blessés le sont par balles. Demain, il était prévu qu'ils fassent une grande manifestation dans les rues de Pnom Penh, mais le gouvernement a dit non, on ne vous autorise plus à faire aucune manifestation, pas de rassemblement, pas de marche, c'est fini, c'est interdit (l'opposition a annulé un grand rassemblement, prévu dimanche).

L'interdiction des manifestations n'est-elle pas contraire à la loi cambodgienne qui autorise le droit de grève ?

Elle est contraire à la loi cambodgienne, à la loi internationale, et elle est même contraire à notre constitution. Mais là, on est en train de réprimer la liberté d'expression, la liberté de rassemblement, sous prétexte qu'on rétablit l'ordre.

Vous vous sentez en danger vous, en tant que défenseur des droits de l'homme ?

Oui, c'est très dangereux pour nous de dénoncer tout cela. C'est très dangereux au Cambodge de dire ce que vous pensez. a la Ligue cambodgienne des droits de l'homme, nous avons des enquêteurs, une dizaine d'enquêteurs. Ils reçoivent des menaces de mort (contactés, ils ont logiquement refusé de répondre aux questions de France Info). Quand je parle comme ça, ils vont dire que j'incite les gens à la révolte, mais non, je dis la verité !

Vous sentez une mobilisation qui commence à se cristalliser parmi l'opinion ?

Tout le monde réclame quelque chose : c'est ça dont le parti au pouvoir a peur. Les ouvriers réclament plus d'argent, les fonctionnaires, les enseignants, la police l'armée... Tous les fonctionnaires ont un salaire très bas et avec l'inflation c'est dur de survivre. Les fermiers aussi, car ils n'arrivent pas à vendre leur culture.

Beaucoup ont perdu leur terrain, au moins 50.000 personnes ont perdu leur terrain et leur maison pour cause d'expropriation Sur 15 millions et demi c'est beaucoup ! 80% des Cambodgiens sont des agriculteurs : leur enlever leur terre, c'est les condamner à une mort certaine. Les gens sont très malheureux. Tous ces gens protestent donc, et c'est ça qui inquiète le pouvoir. Le pouvoir a peur que tous ces gens-là viennent à Pnom Penh rejoindre l'opposition.

Par Mathilde Lemaire et Lucas Roxo - Radio France Info - 4 Janvier 2014