Ces événements interviennent alors que les tensions sont au plus haut dans cette région secouée depuis 2012 par des violences communautaires visant principalement les musulmans de la minorité apatride des Rohingyas. Des centaines de bouddhistes se sont rassemblés mercredi soir à Sittwe, capitale de l'Etat Rakhine, autour des bureaux de Malteser International, le bras humanitaire de l'Ordre de Malte.

Au moins huit travailleurs humanitaires étrangers ont été évacués des bureaux lors de cette émeute et sont depuis sous protection. Jeudi matin, un groupe a attaqué les locaux de la même organisation humanitaire. Selon la police, des accusations contre une employée étrangère de Malteser, qui aurait manipulé un drapeau bouddhiste de manière non respectueuse, serait à l'origine des incidents.

Des drapeaux bouddhistes ont été accrochés à travers Sittwe en signe de protestation contre les musulmans, à quelques jours du premier recensement dans le pays depuis 1983, qui risque encore de faire monter la tension dans l'Etat Rakhine. En 2012, cet Etat avait été secoué par deux vagues de violences entre Rohingyas et bouddhistes de la minorité rakhine, qui avaient fait plus de 200 morts et 140 000 déplacés, principalement des musulmans.

Les groupes humanitaires et l'ONU ont été très critiqués par les Rakhines, qui les accusent d'être en faveur des Rohingyas et réclament leur départ. Médecins sans frontières (MSF), qui fournissait notamment des soins de santé primaire à des milliers d'habitants des zones isolées peuplées majoritairement de Rohingyas, a été expulsé le mois dernier de la région après une série de manifestations.

Et des experts avaient craint que cette décision ne soit vue par les nationalistes rakhines comme un soutien à leur cause. Quelque 800 000 Rohingyas, considérés par l'ONU comme l'une des minorités les plus persécutées de la planète, vivent confinés dans l'Etat Rakhine. Après les événements de 2012, des violences contre les musulmans avaient eu lieu dans d'autres régions du pays, portant une ombre au tableau des réformes du nouveau gouvernement qui a succédé à la junte en 2011.

Le Monde avec Agence France Presse - 27 mars 2014


MSF autorisée à reprendre une partie de son activité en Birmanie

L'ONG Médecins sans frontières (MSF) a annoncé samedi 1er mars avoir été autorisée à reprendre son travail dans certaines parties de la Birmanie quelques jours après avoir reçu l'ordre de fermer ses centres de soins, mais pas dans l'Etat de l'Arakan, appelé Rakhine par les autorités birmanes, en proie à des conflits ethniques.

Dans un communiqué, MSF indique avoir été autorisé à reprendre le travail dans les Etats Chan et Kachin ainsi que dans la région de Rangoun. « Tout en étant encouragée par ceci (...), MSF reste très préoccupée par le sort de dizaines de milliers de personnes vulnérables dans l'Etat d'Arakan qui sont confrontées à une crise médicale humanitaire », indique l'association.

MSF n'avait pas donné de raisons pour la suspension dont elle a été victime jeudi. Selon la presse, le gouvernement n'avait pas apprécié par les commentaires publics de l'association humanitaire sur l'Arakan. « MSF est profondément choquée par cette décision unilatérale et extrêmement inquiet concernant le sort de dizaines de milliers de patients dont nous nous occupons actuellement à travers le pays », avait déclaré l'organisation, dénonçant « un effet dévastateur sur les 30 000 patients atteints du sida et les plus de 3 000 patients traités pour la tuberculose ».

MSF soigne dans cet Etat à la fois les Arakanais bouddhistes et les Rohingyas musulmans. Ces derniers sont une minorité essentiellement apatride qui vit dans des conditions proches de l'apartheid et qui, en dehors des soins dispensés par l'association, ont peu d'accès à la médecine.

Selon les Nations unies et des associations de défense des droits de l'homme, 40 Rohingyas ont été tués par les forces de sécurité et des bouddhistes rakhines dans une zone d'accès restreint de l'Etat en janvier. Dans des commentaires à la presse vendredi, le porte-parole du gouvernement, Ye Htut, avait accusé MSF d'avoir faussement indiqué avoir soigné des victimes près du lieu où se sont produits les massacres présumés.

Le Monde avec Agence France Presse - 2 mars 2014