On l’appelait, autrefois, la cité du dragon qui s’élève (Thang Long). Hanoï (ce nom lui fut donné par l’Empereur Ming Mang, en 1831) a connu de profonds changements depuis l’ouverture du pays au début de la décennie 90. On y remarque une urbanisation trop rapide et parfois mal gérée. Ce qui a quelque peu transformé le visage poétique de cette ville de charme, malgré les efforts des pouvoirs publics dans la conservation des quartiers anciens. On y retrouve des immeubles de plus de 40 étages dont le plus grand, un véritable gratte-ciel est en finition avec ces 62 étages, soit 10 de plus que celui de Montparnasse, le plus haut dans la capitale française. Notre guide du jour nous expliquait que le propriétaire a voulu bâtir un bâtiment de 72 étages, mais il s’est confronté à l’opposition de l’Etat vietnamien. Il s’agit d’une véritable tour tout en vitres. Un immeuble qui n’a rien à envier aux gratte-ciel des pays d’Amérique.

Entre tradition et modernité

A Hanoï, on constate que le mariage est difficilement arrangé entre passé et présent, entre tradition et modernité. Une nouvelle cité d’une extrême diversité est née. Des buildings qui n’existent pas dans les grandes villes d’Europe, notamment en France et Belgique, y sont construits un peu partout, au centre ville comme en banlieue. Un tour de la ville vous permet de découvrir l’excellent travail mené par les ouvriers vietnamiens dont des femmes aux premières loges.

Hanoï est aussi une ville de mythes, avec ses temples et pagodes, une ville coloniale brillante et orgueilleuse avec ses villas entourées de verdure. Le commerce y est très florissant. Ici, on voit des rues uniquement réservées à la vente des chaussures, et dans d’autres, on y retrouve des habits prêts à porter ou autres marchandises. Hanoï est aussi appelée la « cité des 36 rues », la ville des marchands et des artisans, celle des joailliers, des tisseurs de soie, des fabricants de laque, de papier et de tambours. Les anciens bâtiments coloniaux cohabitent avec ceux en construction. On y constate des immeubles de 3 à 4 étages élevés sur une largeur de 3 à 4 mètres.

Palais, pagodes, maisons coloniales, bâtiments d’inspiration soviétique : l’histoire de Hanoï, jusqu’à la plus récente et la plus douloureuse, se déroule entre Asie et Occident. Longtemps sous la tutelle de la Chine, la « cité du dragon qui s’élève », a pris son essor à partir de 1010. Au fil des siècles et des dynasties, elle devient une véritable cité impériale et connaît son âge d’or au 15ème siècle, sous la dynastie des « Le », qui marque l’apogée du confucianisme, nous renseigne-t-on. Malgré les révolutions de palais qui s’y succèdent, la métropole du Tonkin impressionne les premiers voyageurs qui débarquent sur les rives du Fleuve rouge au 17ème siècle. Hanoï perd son statut de capitale au début du 19ème siècle et, paradoxalement, ne le retrouve qu’après être tombée aux mains des Français.

Une ville entourée de lacs

Pendant un long demi-siècle, elle est le centre de l’Indochine. De ce passé colonial, elle a gardé de grandioses édifices publics et d’innombrables villas qui, à la période de la République socialiste du Vietnam, faisaient partie de son patrimoine. Hanoï, c’est aussi une ville entourée de lacs. Un joli spectacle s’offre aux visiteurs de la capitale. Les lacs qui entourent la ville sont très fréquentés. Une légende rapporte que le roi, alors assez âgé, n’avait pas de fils et venait prier souvent dans les pagodes. Une nuit, il vit en rêve la déesse Quan Am (Miséricorde) assise sur un lotus, dans un lac carré situé à l’Ouest de la cité Thang Long (dans l’imagination populaire, les génies habitent à l’Ouest), lui tendant un petit garçon. Quelques temps après, la reine donna au monde un prince héritier. Le roi fait construire la pagode, à l’image de la fleur de lotus qu’il vit en songe pour remercier la déesse.

Mausolée de Ho Chi Minh, le haut lieu historique

Les Hanoïens, habitants de la ville, et les nombreux hôtes rallient le mausolée de Ho Chi Minh qui donne sur la place Ba Dinh. C’est un véritable lieu historique où fut proclamée, par le feu président, le 2 septembre 1945, l’indépendance du pays et la création de la République démocratique du Vietnam. On peut y lire : « Le grand président vit toujours dans notre cœur ». Il rappelle celui de Lénine en Russie.

Haut de 21,6 m, ce monument stylisé en forme d’une fleur de lotus a été construit pendant 2 ans, avec l’aide soviétique, pour être inauguré le 29 août 1975, quatre mois après la réunification du pays. C’est dans cette construction imposante et massive en granit et en marbre transportés du centre du pays que repose le père fondateur du Vietnam indépendant, dont la popularité doit beaucoup à la simplicité de son mode de vie et pour qui l’indépendance et la liberté comptent plus que le confort : « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté », disait-il à ces concitoyens. Ses directives sont relayées le long de la journée à travers des hauts parleurs aux populations invitées à respecter les lois et règlements qui régissent le pays. Tôt le matin, les messages sont diffusés.

La décision de construire le monument, à l’époque, est officiellement expliquée par la volonté des dirigeants du parti communiste du Vietnam de permettre aux Vietnamiens, et plus particulièrement aux habitants du Sud, jusqu’alors occupé par les Américains, de voir le président en chair et en os et de lui rendre hommage.

Or, si l’on voit chaque jour des milliers de personnes qui font la queue, parfois sous un soleil éclatant, pour entrer voir leur idole, on peut mesurer toute la portée de cette décision, qu’elle soit contraire à la volonté du défunt, dans la mesure où le mausolée est devenu un véritable trait d’union entre le peuple et un régime, dont Ho Chi Minh, héros national, a jeté les premiers fondements.

La visite du mausolée est suivie de celle de la maison de Ho Chi Minh, qui se situe dans le grand jardin derrière. Visite non moins impressionnante, car elle permet de mesurer le contraste saisissant entre la vie quotidienne du président et la fortune post-mortem qu’on lui réserve.

Refusant d’habiter l’ancien palais du gouverneur de l’Indochine, l’homme fort de l’époque a fait construire, sans doute sous l’influence de l’éducation confucéenne dont il bénéficiait dans sa jeunesse, au bord d’un étang où il élève des poissons, une petite maison en bois de teck dont il imaginait l’architecture et l’ordonnancement. Mariant simplicité et modernité, cette maison qui fut en même temps le bureau du président de 1958 à sa mort (1969) est bâtie sur pilotis et entourée de beaux arbres centenaires. Style sobre et très raffiné, la construction témoigne le détachement du grand révolutionnaire communiste pour tout luxe tapageur.

Un musée d ethnographie très moderne

Fruit d’une coopération franco-vietnamienne, le musée d’ethnographie est situé sur un site large de 3 hectares. Il a été inauguré en présence du président Chirac, lors du 7ème sommet de la Francophonie organisé à Hanoi, en 1997.

Ce musée présente la vie, les mœurs et coutumes des 54 ethnies du Vietnam. Il est divisé en 9 sections correspondant à de différents groupes ethniques. On peut y voir alors une dizaine de milliers d’objets et 15.000 photos qui représentent ces peuples : costumes, instruments de musique, instruments de pêche, rites et cérémonies... Sur le terrain entourant le musée, des reconstitutions de villages et de maisons typiques des régions du pays permettent au visiteur de mieux appréhender la richesse des expressions culturelles du Vietnam. Notre guide du jour nous rappelle qu’il est né dans une des baraques aujourd’hui présentées aux visiteurs. Ce musée d’ethnographie est devenu une étape incontournable du passage à Hanoi.

Un autre site culturel qui fait la curiosité des touristes, c’est l’Opéra. C’est l’un des monuments architecturaux coloniaux encore bien conservé. Il a été construit en 1911 par l’inspiration de l’architecture de l’Opéra de Paris. Il est aujourd’hui le plus grand théâtre de la capitale, avec près de 900 places. Une rénovation a eu lieu en 1997.

La place de l’opéra, baptisée Place de la Révolution d’août, est petite mais très belle, car entourée de jolis monuments dont le luxueux hôtel Hilton, des magasins de haute couture et des cafés de classe. C’est ici, précise-t-on, le 17 août 1945, que les habitants de Hanoï ont eu l’occasion de voir, pour la première fois, le drapeau rouge à l’étoile jaune voltiger au balcon de l’opéra. Cette place publique a abrité en 1945, un meeting populaire soutenant la Révolution d’août.

Les cyclo-pousses, le charme de la ville

A Hanoï, le cyclo-pousse vietnamien, équivalent du « rickshaw » indien, est depuis plusieurs années, le moyen de transport le plus populaire dans la capitale. Les touristes s’y installent confortablement moyennant quelques dollars pour faire le tour de la ville pendant plus d’une heure. Partout dans la capitale, ces engins circulent avec, à bord, des étrangers. Avec dix dollars américains, l’équivalent de 220.000 dongs vietnamiens, un conducteur est prêt à vous transporter. Le cyclo-pousse est lent mais sûr, pas cher du tout et très pratique pour les courtes courses. Le cyclo-pousse est aussi très utile pour convoyer toutes sortes de marchandises, en particulier dans les ruelles étroites où les autres véhicules ont des difficultés pour passer. Les cyclo-pousses font partie du charme de Hanoï.

La langue et l'alimentation , deux grandes équations pour les étudiants

Ville touristique, Hanoï, la capitale du Vietnam, grouille de monde dès le premier contact du visiteur. Après douze heures de vol entre Paris et Hanoï, venant de l’Afrique de l’ouest, lorsqu’on débarque à l’aéroport international, les regards sont braqués sur vous. Il est rare de voir ici des Africains de notre sous-région. La preuve, on peut circuler des jours, voire des semaines sans y croiser un seul ressortissant du continent noir. Seuls les universités, instituts et organisations internationales, en place, en reçoivent pour des formations, stages ou raison de service. Un tour dans cette vaste ville confirme cette absence d’Africains et généralement de l’Ouest. Le constat est général, la langue et l’alimentation sont les deux grandes équations pour les étudiants africains au Vietnam.

Quand on se promène dans les rues, les tout-petits vous regardent avec un air inquiet ou s’arcboutent à leurs parents alors que les personnes beaucoup plus âgées n’hésitent pas à vous demander, en général en anglais, de quel pays vous venez. Vingt quatre heures après, au cours d’une visite d’un journal de l’Etat, je retrouve, pour la première fois, un Africain. Il s’agissait d’un confrère de la République démocratique du Congo, un volontaire de la Francophonie venu en stage pour une année. Après les salamecs, Frédy Mulumba se présente. Le hasard fait qu’il est le neveu et homonyme d’un autre confrère et ami congolais. D’entrée, il nous explique que ses débuts au Vietnam n’ont pas été très faciles. « Je suis journaliste de télévision et aujourd’hui j’ai bien intégré la rédaction de l’hebdomadaire Courrier du Vietnam », soutient-il.

Un pays peu connu des Africains

Selon ce stagiaire congolais, le premier obstacle au Vietnam, c’est la langue nationale. « C’est très difficile de comprendre la langue car un problème de prononciation se pose », dit-il. Contrairement aux autres étudiants qui se plaignent de l’alimentation, Freddy soutient qu’il s’est bien adapté, car ce sont des repas très riches et similaires à la cuisine congolaise. Il reconnaît que ce pays est peu fréquenté par les Africains. Car, jusqu’ici, il a constaté la présence d’un ouvrier congolais à Ho Chi Min Ville et de quelques étudiants. « Lorsque l’on dit qu’on va au Vietnam, les gens sont très étonnés car quand on parle de l’Asie, leur première référence, c’est le Japon, la Chine, la Malaisie », explique-t-il.

Pour lui, le Vietnam n’est pas bien connu et pourtant c’est un pays très hospitalier. A en croire le journaliste stagiaire, la vie au Vietnam est très abordable par rapport aux pays européens voire de l’Afrique. « Je débourse quotidiennement un euro, soit 650 FCfa pour assurer un repas ou moins avec un dollar américain (500 FCfa soit 21.000 dongs vietnamiens) », révèle-t-il. Etudiant sénégalais en master de management de l’action sociale et des entreprises à l’Institut des Sciences sociales et humaines de Hanoï, habitant le village de Mbao Gare, dans la région de Dakar, Amadou Niang est là depuis quatre mois. Après ses études à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, il s’inscrit sur le site de l’Agence universitaire de la Francophonie (Auf), un des opérateurs de la Francophonie. Quelques semaines plus tard, il verra son dossier accepté par l’institution. Il revient sur ses débuts à Hanoï. « C’est à la suite d’une préinscription sur le site de l’Auf que j’ai reçu des informations m’invitant à venir étudier au Vietnam. J’ai reçu mon visa puis cap sur Hanoï pour préparer mon master. N’étant pas boursier du gouvernement sénégalais, c’est grâce à l’aide de mes parents que je tiens le coup dans cette ville », explique-t-il. Amadou Niang ajoute: « entre Africains et autres nationalités présentes dans les universités et instituts, nous sommes organisés en association pour se regrouper les week-ends pour mener des causeries ou faire des visites à l’intérieur ».

Intérêt pour la langue française

Très enraciné, notre étudiant souligne qu’il développe sa propre culture. Il constate que les Vietnamiens s’intéressent beaucoup à la langue française mais ne la parlent pas couramment. D’ailleurs, c’est un constat partout où vous vous rendez. Certains, après plusieurs années d’études en France ou dans un pays francophone préfèrent vous parler en anglais. Amadou Niang s’explique sur son séjour depuis quatre mois : « ma seule difficulté, c’est l’alimentation. Au Vietnam, les végétariens seraient les bienvenus car dans leurs mets, on retrouve très souvent des feuilles d’arbres ». Il ajoute qu’avec son groupe d’étudiants, ils cuisinent des plats africains et plus particulièrement les « Thiébou diène » (riz au poisson) ou le « mafé » (sauce à la patte d’arachide). « Ce sont des mets qui me manquent beaucoup, car jusque-là, je ne parviens pas à manger des repas vietnamiens pourtant de très grande qualité », avance-t-il. Sur l’absence d’une mission diplomatique sénégalaise, Amadou Niang se dit très inquiet dans la mesure où en cas de perte de papiers administratifs comme le passeport, il serait difficile de s’en procurer étant donné que le document est réalisé à partir du Sénégal ou dans un consulat. Cette même question lui avait été posée une fois par un enseignant. Amadou Niang n’était pas le seul Sénégalais étudiant à Hanoï. Il était venu, en début d’année universitaire, avec un de nos compatriotes tombé malade après quelques semaines de présence. Selon lui, ce dernier M. Cissé, originaire du centre du pays n’a pu réussir son intégration et devait regagner le pays après l’envoi d’un médecin par l’Etat du Sénégal qui a procédé à son évacuation. Depuis, dit-il, nous n’avions ses nouvelles que par le biais de ses parents au téléphone.

Fabrice Atrévi, originaire du Bénin est de la même promotion que notre compatriote Amadou Niang. Il confirme que lorsqu’il venait d’arriver à Hanoï, il était souvent interpelé par des personnes qui lui demandaient de poser avec lui pour des photos. Il ajoute que son intégration a été très facile mais comme tous les autres Africains, l’alimentation lui a posé un grand préjudice. « Ce sont des populations qui consomment généralement du riz. Avec notre groupe, nous y apportions un plus en allant au marché ». Ce boursier de l’Auf au département Informatique se félicite du coût de la vie moins cher par rapport à celui de son pays.

Tagny Gildas du Cameroun membre du groupe d’étudiants venu en novembre 2013, a également reconnu que l’intégration n’est pas trop facile. Son problème majeur, c’est la langue vietnamienne, mais il se félicite que les cours soient dispensés en français. « J’ai appris quelques mots qui me permettent de saluer ou de marchander », souligne-t-il. La langue et l’alimentation restent les deux grandes équations des étudiants africains venus du Congo, du Bénin, de l’Algérie, du Madagascar, du Sénégal, etc.

Par El hadji Abdoulaye Thiam - Le Soleil Online (.sn)- 1er Avril 2014