Le Cambodge est sous tension depuis que les autorités ont repris la situation en main de manière musclée, le 3 janvier, et réduit les protestataires au silence.

Le Cambodge se retrouve-t-il, de fait, placé sous état d'urgence, comme le dénonce le chef de l'opposition, Sam Rainsy ?

Pour pouvoir suspendre le droit à aux manifestations et rassemblements, inscrit dans la Constitution, il aurait fallu décréter la loi martiale, mais ce n'est possible qu'en cas de situation extrêmement grave, ce qui n'était pas le cas. Afin de contourner le problème, la municipalité de Phnom Penh a été chargée d'interdire toute manifestation et rassemblement de plus de 10 personnes. Mais cette mesure n'est pas légale. Il s'agit d'une violation de notre Constitution. Donc, oui, d'une certaine façon, la capitale vit sous état d'urgence.

Quel est l'état de la situation des droits de l'homme au Cambodge ?

En 2013, c'est le foncier qui a concentré les plus graves cas de violations : accaparement de terres, expulsions arbitraires, spoliations, au profit d'entreprises étrangères ou nationales, ou encore de personnes bien placées au pouvoir à Phnom Penh. Ces opérations se font d'autant plus facilement que la commission cadastrale est faible et se range toujours du côté du pouvoir. La justice est également soumise au pouvoir et à l'argent.

Tout ce qui est lié aux ressources naturelles au Cambodge est source d'appropriations illégales. La déforestation se poursuit de façon accélérée, pour installer des plantations d'hévéas, avec un trafic important vers le Vietnam et la Thailande. Sous la pression des ONG et des bailleurs de fonds, on note cependant quelques progrès. La commission gouvernementale anticorruption a ainsi fait sanctionner quelques cas flagrants de corruption, mais toujours des petits poissons ! Les gros, eux, passent toujours à travers les mailles du filet… Le gouvernement tient à son image, mais il continue de gérer le Cambodge avec un double système : l'officiel, et le non officiel, avec un penchant très net pour le second.

Dans quel état d'esprit est la population cambodgienne aujourd'hui ?

Les gens sont très marqués par la répression du 3 janvier. Ils sont partagés entre la peur et le ressentiment. Ils l'ont dit ouvertement dans un premier temps. Moins, maintenant. Les partisans de Hun Sen, eux, font à nouveau preuve d'arrogance, après avoir adopté un profil bas. Je ne sais pas si les manifestations vont reprendre ou non. Outre le fait qu'elles sont interdites pour le moment, elles inquiètent tout le monde : la population, les hommes d'affaires, le secteur du tourisme… Ce qui est sûr, c'est que le mécontentement grandit. Le résultat des élections législatives du 28 juillet en a été une preuve éclatante.

Le parti au pouvoir a remporté 68 sièges, selon les résultats officiels, contre 55 à l'opposition. Pour Hun Sen, c'est un score très en deçà de ce qu'il espérait. L'opposition crie pourtant à la fraude et réclame la tenue de nouvelles élections. Y a-t-il eu, en effet une fraude massive ?

Il n'y a pas eu de violences mais beaucoup de fraude, en effet, et pas de recours possible car tout est contrôlé par le parti au pouvoir. Plus d'un million d'électeurs n'ont pas pu voter car leur nom ne figuraient pas sur les listes électorales. La plupart d'entre eux étaient des sympathisants de l'opposition, ou des abstentionnistes. Les sympathisants du pouvoir, eux, se sont retrouvés sans faute sur les listes !

Que faudrait-il pour sortir de la crise politique actuelle, avec l'opposition qui refuse depuis juillet 2013 de siéger à l'Assemblée nationale ?

Je plaide pour un compromis politique, le plus rapidement possible. Si cette tension entre les deux partis perdure, nous risquons de nouvelles violences et un surcroît d'oppression à l'encontre des opposants, des grévistes, et même des responsables de certaines ONG. Je remarque que les deux partis ont préféré pendant des mois éviter le recours à la violence, et que l'un et l'autre restent attachés au processus électoral dans leur compétition pour le pouvoir. La principale différence entre eux, c'est le temps. L'opposition réclame de nouvelles élections au plus tôt. Le parti au pouvoir n'en veut pas avant la fin de son mandat, en 2018. Je propose, pour ma part, un moyen terme : la tenue d'un scrutin d'ici dix-huit mois. J'espère que l'idée fait son chemin.

Par Florence Beaugé - Le Monde - 12 avril 2014


Sortie de crise - Un accord imminent, mais après le Nouvel An khmer

Ils y sont presque. Presque, mais il n’y aura pas pour autant de sommet entre le CNRP et le CPP aujourd’hui vendredi, à la veille du Nouvel An khmer. Pour quelles raisons ? Premièrement, les deux partis n’ont pas encore trouvé un accord sur la date des prochaines élections législatives. C’est une question de jours ou tout au plus de semaines selon Sam Rainsy. Deuxièmement, Kem Sokha est actuellement aux Etats-Unis.

Hier, jeudi à 15H30, le CNRP tenait donc une conférence de presse ou plutôt Sam Rainsy tenait une conférence de presse. Kem Sokha, le vice-président du parti de l’opposition est aux Etats-Unis depuis plus d’une semaine. Non pas en vacances, mais tout de même, son absence avive les rumeurs d’une tension entre les deux leaders et leurs mouvements respectifs qui se sont alliés il y a tout juste un an. Lundi 7 avril, le CNRP a soufflé sa première bougie. Sans Kem Sokha qui était déjà parti. Interrogé à ce sujet, Sam Rainsy répond en bottant en touche « qu’ils ont bien créé le parti sans moi ». « Le sommet entre le CNRP et le CCP n’aura pas lieu sans Kem Sokha. Chaque décision du CNRP nécessite un consensus entre Sam Rainsy et Kem Sokha, insiste le président du parti. Et Sam Rainsy et Kem Sokha sont virtuellement la même personne. Nous ne faisons rien sans l’autre ».

Quoi qu’il en soit, un accord est imminent, soyons optimistes. Les deux partis affirment la même chose. Il ne manque plus qu’à fixer la date des élections législatives anticipées. Sur ce point, il paraît difficile à Sam Rainsy de lâcher tant il a promis de nouvelles élections à ses supporteurs. Mais comme il nous l’expliquait dans l’interview accordée dimanche dernier, « la politique est faite de compromis ».

Et des compromis, les deux partis en font tant est si bien que la crise semblerait se dénouer. Le ton a changé, même si quelques piques, ci et là, nous rappellent à la réalité politique qui agite le pays depuis juillet dernier.

Le royaume attend donc le retour de Kem Sokha et cet accord sur la date des élections anticipées. Quant aux futurs rôles des ténors de l’opposition, Sam Rainsy a simplement affirmé qu’il ne pouvait rien confirmé, en répondant à son éventuelle présidence de l’Assemblée nationale, tout en soulignant que cette question là ne sera pas un problème.

En résumé, les députés du CNRP devraient prochainement honorer leur mandat législatif, avec à la clé la présidence de certaines commissions, un rôle prépondérant pour Sam Rainsy et Kem Sokha, en ayant en ligne de mire des élections anticipées sous la tutelle d’une commission électorale indépendante. C’est ce que l’on appelle un dénouement de crise.

Face à eux, le CPP et le gouvernement dont certains ministres ont lancé le train de réformes intéressantes touchant l’éducation, la fonction publique ou encore le commerce. Et si le Premier ministre Hun Sen ou son parti souhaite remporter les nouvelles élections, et personne n’en doute, ce train-là ne risque pas de s’arrêter à la prochaine gare.

Que de bonnes nouvelles – possibles – pour la nouvelle année khmère et pour le Cambodge.

Par Emmanuel Scheffer - Lepetitjournal.com - 11 avril 2014


Cambodge : aucune date des prochaines élections fixée

Le Parti du peuple cambodgien (PPC, au pouvoir) et le Parti de sauvetage national du Cambodge (CNRP, opposition) ne sont pas encore parvenus à fixer la date des prochaines élections, a-t-on appris de sources officielles.

Le chef du CNRP Sam Rainsy a déclaré jeudi à la presse que les deux partis ne se sont pas totalement entendus sur un projet d’accord prévoyant la date des prochaines élections. Cependant les deux partis se sont engagés à négocier sur cette question lors de leur prochaine rencontre.

Il a fait savoir que les deux partis pourraient organiser une rencontre de haut niveau au Palais royal vers la fin de ce mois-ci quand le vice-président du CNRP Kem Sokha actuellement en visite aux Etats-Unis regagnera le royaume.

Le Premier ministre Hun Sen, cité vendredi par l’Agence Kampuchea Presse (AKP), a affirmé que les deux Partis étaient d’accord sur la détermination de la date des prochaines élections législatives.

«J’ai proposé au Groupe de travail du CNRP de noter que les élections communales auront lieu en février 2017, alors que les élections législatives étaient prévues en février 2018», a-t-il ajouté lors de la remise des certificats de fin d’études à des étudiants de l’Université des Ressources humaines organisée jeudi à l’Institut national de l’Education.

Après la discussion de bonne entente, a-t-il informé, Sam Rainsy a demandé une heure pour discuter avec Kem Sokha, actuellement aux Etats-Unis, en affirmant faire de son mieux pour que Kem Sokha rentre au pays le 11 avril pour rendre visite au roi.

«Si nous n’arriverons pas à la signature, ce ne sera pas la faute de Hun Sen, ni du PPC, ni de Sam Rainsy, ni du Groupe de travail de Sam Rainsy, mais ce sera la faute de Kem Sokha», a précisé le chef du gouvernement royal qui a conseillé de ne pas faire une déclaration quelconque qui est différente de ce dont Sam Rainsy et lui-même avaient discuté.

Agence Vietnamienne d'Information - 11 avril 2014