A l’occasion de l’exposition «Objectif Vietnam: photographies de l’école française d’Extrême-Orient», qui vient de débuter aumusée Cernuschi, à Paris, la co-commissaire de l’exposition, Isabelle Poujol (1) retrace l’histoire de ce fonds photographique atypique qui rassemble près de 180000 clichés pris en Inde, en Chine et à travers le Sud-Est asiatique.

A quand remonte l’origine de ce fonds photographique ?

Sa création correspond quasiment à celle de l’Ecole française d’Extrême-Orient (Efeo), installée à Hanoï depuis 1902. L’institution conserve les photographies prises par les chercheurs dont son premier directeur, Louis Finot, épigraphiste de l’Asie du Sud-Est, mais aussi les architectes Henri Parmentier et Henri Marchal. Ces chercheurs complétaient les croquis et les notes pris sur le terrain par des photographies. Les plus anciens clichés sont sur plaques sur verre.

A partir de 1932, l’Efeo s’est adjoint les services d’un photographe professionnel, Jean Manikus, qui est à l’origine de la création d’une véritable photothèque. Il était secondé dans son travail par Nguyen Huu Tho. Il a parcouru la plupart des régions du Vietnam, du Laos et du Cambodge, accompagnant les chercheurs dans leurs missions.

Du fait des conflits, l’Efeo a quitté son siège de Hanoï, le patrimoine de l’institution étant alors remis aux autorités vietnamiennes. L’Efeo est installé à Paris en 1961. Une copie du fonds iconographique y a été envoyée, qui représente aujourd’hui plus de 180000 clichés répertoriés. A la demande du gouvernement vietnamien, l’Efeo a également rouvert, en 1993, un centre de recherche à Hanoï puis une délégation permanente à Hô-Chi-Minh-Ville, l’an dernier.

Quelles sont les principales utilisations de ce fonds aujourd’hui ?

Ces photographies permettent de suivre les étapes de la restauration de monuments et constituent parfois le seul témoignage de ces édifices disparus, comme la tour cham A1 du site de My Son (centre du Vietnam). Ou lorsque les documents d’archives ont disparu, comme ce fût le cas pour le temple de Baphûon, à Angkor (Cambodge): seize ans durant, pierre par pierre 300 000 en tout, ndlr, l’architecte Pascal Royère décédé il y a peu, ndlr et son équipe ont relevé ce temple, qui est un chef-d’œuvre de l’art khmer.

Ces fonds photographiques sont à la disposition de la communauté scientifique: archéologues, historiens et historiens de l’art, ethnologues, épigraphistes, philologues… Aussi bien en Europe qu’en Asie.

Les missions de l’école ont-elles changé depuis sa création ?

Non, les grandes lignes sont toujours les mêmes. L’Efeo a pour mission l’étude des sociétés et des civilisations de l’Asie, qu’elle aborde à travers des études de terrain pluridisciplinaires et comparatistes, associant l’histoire, la philologie, l’ethnographie, l’archéologie et les sciences religieuses.

Pourquoi une exposition aujourd’hui ?

Elle se situe dans le cadre de l’Année France-Vietnam et retrace les grandes missions de l’Efeo, définies lors de sa création par l’académicien Auguste Barthe: «Travailler à l’exploration archéologique et philologique de la presqu’île indochinoise, favoriser par tous les moyens la connaissance de son histoire, de ses monuments, de ses idiomes, et contribuer à l’étude érudite des régions et des civilisations voisines.» Comment avez-vous procédé pour la sélection des photos qui sont exposées dans un musée qui s’intéresse à l’art?

Le fonds photographique sur le Vietnam est très riche, le choix est donc large. Pour chaque thème illustré dans l’exposition, nous avons retenu les clichés qui nous ont semblés les plus évocateurs et artistiques.

(1) Isabelle Poujol est également responsable de la photothèque et de la communication de L’Ecole française d’Extrême-Orient.

Musée Cernuschi. 7, avenue Velasquez, 75008. Jusqu’au 29 juin. www.cernuschi.paris.fr

Par Dominique Poiret - Libération - 18 avril 2014