Le tribunal de Hanoï a reconnu Nguyen Duc Kien coupable d’escroquerie, d’évasion fiscale et d’activités illégales, après deux semaines de procès. Sept autres personnes ont été condamnées dans cette affaire qui aurait causé une perte de 67 millions de dollars à la banque.

C’est l’un des hommes les plus riches et les plus influents du Vietnam qui se retrouve en prison pour le restant de ses jours, ou presque. Actionnaire de nombreux établissements bancaires, patron de clubs de football, Nguyen Duc Kien, 50 ans, est emblématique des nouvelles fortunes bâties sur l’ouverture du pays à l’économie de marché. La sienne est estimée à un milliard de dollars.

Son arrestation en août 2012 avait provoqué une onde de choc dans un secteur bancaire fragilisé, entre autres, par une accumulation d’actifs toxiques. Les clients inquiets avaient retiré près de 250 millions de dollars les jours suivants, obligeant la Banque centrale à intervenir.

Luttes de pouvoir

Confronté à de sérieuses difficultés économiques après une période de très forte croissance, le gouvernement a lancé en 2011 un programme de réformes et la direction du Parti communiste une campagne d'auto-critique sur les errements des ses cadres fortunés.

Un contexte propice aux luttes de pouvoir au sein de l'appareil. Et si la condamnation de Nguyen Duc Kien illustre une volonté d’assainir les pratiques du secteur bancaire, certains observateurs soulignent que l'ex-magnat de la banque était un proche du Premier ministre Nguyen Tan Dung.

Radio France Internationale - 9 juin 2014


Trente ans de prison pour un ancien magnat de la banque au Vietnam

Nguyen Duc Kien, un des hommes les plus puissants du Vietnam lorsqu'il était aux affaires, a été condamné lundi 9 juin à trente ans de prison. Arrêté en août 2012, cet ancien magnat de la banque est impliqué dans un scandale de plusieurs millions de dollars qui ébranle l'ensemble du secteur bancaire vietnamien déjà fragile.

Le président du tribunal de Hanoïa a ainsi justifié l'importance de la peine au terme d'un procès qui a duré deux semaines : « L'accusé n'a pas été honnête, et il faut lui donner une peine importante en rapport avec son crime. »

Se disant innocent, Nguyen Duc Kien, 50 ans, a reçu la peine maximale prévue pour les accusations d'escroquerie, d'évasion fiscale et d'activités économiques illégales. Il a également été condamné à une amende de 75 milliards de dongs (2,6 millions d'euros).

Sept autres anciens hauts responsables de l'Asia Commercial Bank (ACB), l'une des plus importantes banques vietnamiennes, ont reçu des peines allant de deux à huit ans de prison. Selon l'accusation, M. Kien et ses complices ont fait perdre 50 millions d'euros à la banque, avec des dépôts bancaires illégaux et des investissements en Bourse.

Les procureurs ont également accusé M. Kien de falsification de documents, dans le but d'escroquer 9,1 millions d'euros au groupe métallurgique Hoa Phat.

Un critique virulent de la corruption dans le football

L'ex-banquier s'était fait connaître du public lorsqu'il était président du club de football de Hanoï. Il s'était forgé l'image d'un critique virulent de la corruption dans le football vietnamien, notamment au sein de la Fédération nationale de football.

L'arrestation de M. Kien en août 2012 avait choqué le secteur bancaire vietnamien. Des experts évoquaient des luttes internes au sein du Parti communiste au pouvoir. M. Kien avait été considéré comme un proche du premier ministre Nguyen Tan Dung. Ses relations d'affaires avec la fille de M. Dung avaient beaucoup fait parler.

Rassurer les investisseurs étrangers

Des commentateurs se sont déclarés choqués par la condamnation, expliquant que M. Kien n'avait rien fait de plus que d'autres banquiers connus. « Cette affaire montre que personne n'est à l'abri dans ce système », note l'analyste Osin Huy Duc sur sa page Facebook.

Le premier ministre vietnamien, Nguyen Tan Dung, a demandé la semaine dernière aux investisseurs étrangers de garder leur confiance en la stabilité du pays malgré de violentes émeutes antichinoises à la mi-mai. Les autorités vietnamiennes ont engagé depuis 2011 une profonde réforme du système bancaire pour tenter d'assainir ce secteur plombé par les dettes toxiques.