Une décision prise au lendemain de violents affrontements entre ces militants et les forces de l’ordre dans la capitale. Depuis bientôt un an, les opposants au gouvernement boycottent l’Assemblée nationale. Ils contestent les résultats des élections législatives et échouent à trouver un terrain d'entente avec le parti au pouvoir.

Lors d’une manifestation menée par des députés de l’opposition, le rapport de forces s’est inversé. Ce sont les militants qui ont frappé avec sauvagerie une dizaine de gardes de sécurité, employés par les autorités pour disperser avec brutalité tout rassemblement. Les gendarmes sur place ont laissé faire. En réponse, les autorités ont arrêté 5 députés et un membre de l’opposition, et 3 autres devraient l’être prochainement. Ils sont inculpés d’insurrection et d’incitation à la violence, encourant jusqu’à trente ans de prison.

Une décision qui a créé le choc dans la foule de sympathisants massés près du tribunal, comme le résume cette jeune femme : « On s’attendait à leur libération immédiate, mais ils ont été envoyés en prison. Cette injustice va rendre le peuple encore plus en colère. C’est une grande injustice, non seulement pour eux, mais aussi pour nous tous. Ces personnes n’ont commis aucune faute. Ces derniers mois, des militaires ont tué des manifestants et personne n’a été arrêté. Alors pourquoi, eux, sont-ils inculpés alors qu’ils sont innocents ? »

En l’absence du chef de l’opposition, à l’étranger, le vice-président Kem Sokha a dénoncé une provocation du parti au pouvoir, qui montre, selon lui, sa volonté de faire traîner la situation. Le gouvernement dénonce, lui, des violences « préméditées » par l’opposition pour créer le chaos. A la veille du premier anniversaire des élections, il veut frapper fort.

Par Stéphanie Gee - Radio France Internationale - 16 juillet 2014


Freedom Park – Cinq députés de l’opposition, dont Mu Sochua, risquent jusqu’à 30 ans de prison.

Difficile de comprendre ou d’interpréter l’arrestation des députés du CNRP suite aux violences de mardi dernier à Freedom Park. Difficile aussi d’expliquer cette explosion de violence soudaine des militants de l’opposition, paraissant évidente pour certains, suspecte pour d’autres.

Difficile de comprendre ou d’interpréter l’arrestation des députés du CNRP suite aux violences de mardi dernier à Freedom Park. Difficile aussi d’expliquer cette explosion de violence soudaine des militants de l’opposition, paraissant évidente pour certains, suspecte pour d’autres.

Le 15 juillet, la manifestation organisée par le CNRP à Freedom Park s’est rapidement transformée en affrontement entre des manifestants et des gardes de sécurité engagés pour ce genre d’occasion et postés aux quatre coins de Freedom Park. Selon l’organisation locale de défense des droits de l’Homme LICADHO, près de 300 personnes étaient présentes et les gardes de sécurité se trouvaient sur les lieux dès 8 heures du matin afin d’empêcher les manifestants d’approcher de l’endroit de la manifestation. Les violences ont commencé au nord de Freedom Park alors que certains manifestants étendaient une banderole « Free the Freedom Park » (Libérez Freedom Park) sur les fils barbelés installés pour bloquer l’entrée au parc. Des gardes de sécurité et des manifestants ont été passés à tabac, certains journalistes ont été blessés et des gaz lacrymogènes lancés. Selon les observateurs présents sur le terrain, au moins 31 personnes ont été blessées dans les violences. Certains des gardes de sécurité souffrent de blessures les plus sérieuses, selon les médecins de l’organisation.

Mu Sochua, Men Thavrith et Keo Phearum ont été arrêtés pendant les heurts et emmenés au commissariat de Phnom Penh. Aucune des personnes ayant commis des violences sur les gardes de sécurité ou sur les militants n’a été arrêtée à cette heure.

Un CNRP qui ne réagit pas ?

Alors que les membres de la société civile, tels que le Cambodian Center for Human Rights (CCHR), s’expriment ouvertement sur des « accusations trop lourdes » et demandent une révision des chefs d’accusation, le CNRP n’a réagi que mollement aux accusations faites à l’encontre de ses députés le même jour. Le 16 juillet, avant que ces chefs d’accusations ne soient annoncés, Kem Sokha avait toutefois demandé la libération des députés et de l’employé du CNRP lors d’une conférence de presse et, s’adressant à la communauté internationale, de suspendre les aides financières en faveur du Cambodge. Il a également appelé les signataires des Accords de Paris de 1991 de respecter leurs engagements.

Pour autant, l’absence d’une réaction appuyée de Sam Rainsy, leader de l’opposition, interpelle. Alors que cinq des députés de son parti risquent 30 ans de prison, l’homme politique s’est contenté de relayer sur son Facebook l’appel de Kem Sokha demandant la libération des élus du CNRP. Toujours prompt à mettre en avant les exactions et les atteintes à la démocratie ou la liberté d’expression du gouvernement, à tort ou à raison, l’absence ou quasi-absence de Sam Rainsy laisse perplexe.

Des questions sans réponses

Comment expliquer une explosion si soudaine de violence de la part des manifestants du CNRP et plus largement des opposants au Premier ministre ? Est-ce une réaction soudaine aux violentes répressions subies – mortelles aussi – par les opposants au Premier ministre depuis des mois, et peut-être depuis bien plus longtemps ? Comment interpréter l’arrestation des élus de l’opposition qui n’étaient pas impliqués, du moins physiquement, à ces exactions alors que pas le moindre des auteurs de ces violences – dont certaines sont plus qu’extrêmes - n’a été encore interpellé ? Pourquoi le ministre de la Justice a convoqué certains des ambassadeurs étrangers afin de leur expliquer les raisons des arrestations des six, désormais accusés d’avoir menés une tentative d’insurrection ? Pourquoi le procureur a dépêché, en fin de matinée, cinq autres procureurs, un par détenu, pour accélérer la procédure judiciaire ? …

La litanie des questions et des suppositions suite à ces événements éloigne, du moins pour un temps, l’espoir de l’aboutissement des négociations entre les deux partis, pourtant si proches d’un accord il y a peu. Et l’ironie de l’histoire est que Mu Sochua, instigatrice de cette lutte non-violente et symbolique de « Free Freedom Park » au mois d’avril, et qui par son action, solitaire au départ, a su capter l’attention d’un plus large public, se retrouve aujourd’hui accusée d’incitation à la violence préméditée et de mener un mouvement d’insurrection, passible de 30 ans de prison. Reste à savoir quand le procès se tiendra, ce qu’il en découlera et comment l’opposition compte réagir, si toutefois elle le peut ou souhaite vraiment, et avec qui et quel soutien. Il est bien difficile de s’avancer.

Par Emmanuel Scheffer & Clothilde Le Coz – Lepetitjournal.com - 17 juillet 2014


Cambodge: cinq membres de l'opposition inculpés d'insurrection

Cinq membres du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) ont été inculpés le 16 juillet d'organisation d'une manifestation violente.

Ces cinq hommes politiques ont été inculpés par le tribunal de Phnom Penh pour avoir dirigé une manifestation le 15 juillet, organisé des violences volontaires et incité à des actes criminels, une accusation passible de 20 ans de prison au minimum. Ils avaient été arrêtés après une manifestation mardi à Phnom Penh qui avait dégénéré en affrontements, forçant la police à utiliser des gaz lacrymogènes.

Les incidents avaient éclaté alors que quelque 300 militants de l'opposition étaient rassemblés pour réclamer la réouverture de "Freedom Park", lieu privilégié de manifestations dans le centre de la capitale, fermé depuis des mois par les autorités. Les gardes de sécurité du parc et les manifestants s'étaient alors affrontés à coups de bâtons et de pierres. Selon le gouvernement, une quarantaine de gardes ont été blessés, dont trois ont été admis en soins intensifs. Des manifestants ont également été blessés, selon des militants.

Lors d'une conférence de presse le 16 juillet, le président p.i du CNRP Kem Sokha a averti que son parti organiserait des manifestations si ses cinq membres arrêtés ne sont pas libérés sans condition.

Le même jour, plusieurs officiels du gouvernement royal du Cambodge ont eu une réunion avec environ 20 ambassadeurs, chargés d'affaires p.i des pays à Phnom Penh, dont l'Union européenne (UE), l'ASEAN, les Etats-Unis, la Chine... pour informer de la répression des manifestations illégales organisées par certains membres du CNRP, en affirmant que la décision d'arrêter et d'accuser ses cinq membres visait à appliquer la loi et à stabiliser la sécurité et l'ordre public.

Agence Vietnamienne d'Information - 17 juillet 2014