Les cinq journalistes du journal Unity Weekly News ont été reconnus coupables par un tribunal de la région centrale de Magway en vertu de la loi sur les secrets d'Etat, selon leur avocat, alors que la Birmanie est accusée de faire marche arrière en matière de liberté de la presse.

"Les cinq journalistes ont été condamnés à dix ans de prison", a déclaré à l'AFP Wah Win Maung, qui représente quatre d'entre eux. "Ce verdict est juridiquement incorrect. Nous allons faire appel", a-t-il ajouté.

Les cinq hommes, dont le directeur exécutif du journal, avaient été arrêtés en février juste après la publication d'un article qui accusait l'armée de faire fonctionner une usine d'armes chimiques à Pauk, dans la région de Magway, en application d'instructions du généralissime Than Swhe, chef de l'ancienne junte. Après près d'un demi-siècle au pouvoir, la junte s'était autodissoute en mars 2011, transférant ses pouvoirs à un gouvernement quasi civil qui a depuis multiplié les réformes, permettant la levée de presque toutes les sanctions occidentales.

La censure préalable a notamment été abolie, les quotidiens privés ont été autorisés, et des centaines de prisonniers politiques, dont des journalistes, ont été libérés.

Depuis trois ans, la Birmanie a ainsi fait un bond au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), pour atteindre la 145e place sur 180 dans le classement 2014.

Mais des groupes de défense des droits de l'Homme se sont inquiétés de nouvelles menaces qui pèsent sur la liberté de la presse, notamment après le lancement de poursuites contre des journalistes.

La condamnation des cinq journalistes "est une nouvelle très inquiétante pour la liberté de la presse en Birmanie. Il s'agit clairement d'un retour en arrière", a dénoncé jeudi Benjamin Ismaïl, responsable Asie-Pacifique de RSF.

"Le gouvernement sévit contre les médias faisant leur travail, mais je pense que cette affaire devrait être regardée de manière un peu à part", a tempéré David Mathieson, de Human Rights Watch, notant que révéler des secrets d'Etat était illégal dans de nombreux pays.

"Mais cela n'excuse pas le fait que les peines sont scandaleusement sévères", a-t-il ajouté à l'AFP.

En janvier 2013, la Birmanie avait nié utiliser des armes chimiques contre les rebelles de la minorité ethnique kachin lors de combats dans le nord du pays. "Notre armée n'a jamais utilisé d'armes chimiques et nous n'avons pas l'intention d'en utiliser", avait alors déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement Ye Htut.

En avril, un journaliste du site d'informations Democratic Voice of Burma (DVB) avait été condamné à un an de prison pour violation de propriété et pour avoir "dérangé un fonctionnaire" d'un service de l'éducation qu'il tentait d'interviewer. Après une réduction de sa peine en appel, Zaw Pe a récemment été libéré.

Agence France Presse - 12 juillet 2014


Birmanie : nouveaux heurts entre bouddhistes et musulmans

La Birmanie a imposé un couvre-feu à Mandalay, où après l'attaque d'un commerce musulman dont le propriétaire est accusé de viol, des violences ont éclaté pendant deux nuits consécutives entre bouddhistes et musulmans, et qui ont fait deux morts. Aucun détail sur l'identité des victimes ni les circonstances de leur mort n'a été fourni par la police.

« Nous ne voulons pas que la situation s'aggrave », a déclaré Zaw Win Aung, chef de la police de la deuxième plus grande ville birmane, précisant que la mesure serait en place de 21 heures, heure locale à 5 heures, heure locale, pour des « raisons de sécurité ».

Des centaines de personnes armées de pierres

Les émeutes ont commencé mardi soir lorsqu'une foule de centaines de personnes a attaqué cette échoppe tenue par des musulmans et d'autres bâtiments, et également incendié une voiture. La police a dû utiliser des balles en caoutchouc pour disperser cette foule armée de pierres, de bâtons et de couteaux, selon la presse officielle. « Nous enquêtons sur les émeutes et nous prendrons des mesures contre ceux qui étaient impliqués », a assuré le chef de la police de Mandalay, Zaw Win Aung, cité par le quotidien d'Etat New Light of Myanmar.

Vagues de violences inter-religieuses

La Birmanie a été secouée depuis 2012 par plusieurs vagues de violences entre bouddhistes et musulmans ayant fait plus de 250 morts et 140 000 déplacés, principalement des musulmans. Les émeutes avaient commencé dans l'Etat Rakhine, dans l'ouest du pays, entre bouddhistes de la minorité rakhine et musulmans de la minorité apatride persécuté des Rohingya, faisant au moins 200 morts lors de deux vagues d'attaques en 2012.

Les violences contre les musulmans avaient ensuite fait tache d'huile dans plusieurs régions du pays, avec un épisode particulièrement violent et des dizaines de morts en mars 2013 dans la ville de Meiktila, à une centaine de kilomètres de Mandalay.

Le Monde avec Agence France Presse - 3 juillet 2014