« La guerre du Vietnam est une des seules guerres qui est racontée par les vaincus.» explique le reporter Patrick Chauvel en commentant l’exposition phare de cette 26e édition du festival Visa pour l’image. De fait, les photos de cette guerre que l’on connaît sont celles - entre autres - de Philipp Griffith, de Don McCullin, de Gilles Caron, d’Henri Huet ou de Nick Ut.

Petit fils de l’ambassadeur Jean Chauvel, fils du grand reporter Jean-François Chauvel, neveu de Pierre Schoendoerffer, fils spirituel de Joseph Kessel, Patrick Chauvel est photographe, réalisateur de documentaires, écrivain, acteur et surtout un aventurier venu à Perpignan comme chaque année au volant de sa Ford Mustang.

« Comment peut-on survivre à ça ? »

Au début de près de cinquante ans de carrière, il a bien évidemment été «couvrir la guerre du Vietnam. A l’époque, un passage obligé dans ce « premier conflit où les journalistes ont pu travailler sans aucune restriction, ni censure. »

En tout cas, au côté des forces américaines, ajoute ce reporter qui dit préférer « le rouge Ferrari »à celui des communistes, « On a tous essayé de travailler au Nord, mais c’était impossible. Il fallait être membre du parti communiste. Il n’y a que Roger Pic et Jean-Claude Labbé qui ont réussi à le faire. »

Plusieurs décennies après ses reportages au Vietnam, Patrick Chauvel est invité à Hanoi pour une conférence au Centre culturel français. Là, lui revient en mémoire une question qu’il s’était posé en voyant « la colline d’en face » s’embraser sous un bombardement au napalm : « Comment peut-on survivre à ça ? »

« Cette putain de colline n’a jamais été prise » et « là-haut, un photographe vietnamien avait survécu. » Quarante ans plus tard, avec trois de ses confrères il assistait à la conférence de Patrick Chauvel !

La rencontre est très émouvante pour tous. Patrick Chauvel va chez les uns et chez les autres. Ils lui montrent des images : « J’ai été frappé par la qualité des prises de vue. »

De retour à Paris, il téléphone à Jean-François Leroy directeur de Visa pour l’image « J’ai du courrier pour toi ! ». « Jean-François aime la photographie et les histoires… Il a regardé les tirages que j’avais ramenés, a trouvé un peu d’argent et nous sommes repartis à Hanoi pour voir ce que l’on pouvait faire. »

Le résultat, plus de cent photographies exposées au Couvent des Minimes et un livre « Ceux du Nord » qui vient de sortir aux éditions Les Arènes.

Certes, il y a des photographies de propagande, puisque ces photographes étaient aussi des soldats et qu’ils travaillaient pour les organes de l’armée, du parti ou des journaux nécessairement engagés, mais Jean-François Leroy et Patrick Chauvel repèrent vite que ces images font montre d’un grand talent.

On est en face de travaux qui font penser aux images d’un Khaldei, Shaikhet ou Redkine, photographes et soldats de l’Armée rouge pendant la seconde guerre mondiale. La parenté est évidente, celle du « réalisme socialiste ».

Mais, on découvre aussi de véritables instantanés, comme cette photographie d’un pilote américain dont l’avion a été abattu et qui vient d’être fait prisonnier…

Et puis, il y a aussi à travers ces images la confirmation – que l’on croyait souvent n’être que propagande – de la présence de tout le peuple au côté des combattants. Omniprésentes sont les femmes !

« Il était temps que l’on découvre les Vietcongs, ces guérilleros communistes du Sud-Vietnam qui frappent comme l’éclair puis disparaissent, ces soldats de l’AVN, l’Armée vietnamienne du Nord, qui marchent pendant des mois sur plus de mille kilomètres sous les bombardements américains de l’agent orange, du napalm et de bombes à billes, pour venir jusqu’au 17ème parallèle affronter l’armée la plus puissante de l’époque. »

Doan Công Tinh, Chu Chi Thành, Maï Nam et Hua Kiem, les quatre photographes sont arrivés dimanche à Perpignan. C’est la première fois que leurs photographies sont exposées en Europe occidentale. Dans leur pays ils sont connus et respectés, mais « ils sont un peu inquiets en même temps qu’excités » dit Patrick Chauvel.

Lui l’est aussi. A double titre : celui d’accueillir ces hommes de « la colline d’en face » et celui de co-éditer le livre. « Ceux du Nord », le livre et l’exposition sont les premières productions de la future Fondation Patrick Chauvel.

« Une idée d’amis suisses, de véritables mécènes » qui permettent à Patrick Chauvel d’avoir un lieu pour rassembler toutes ses archives photographiques, cinématographiques… « Tout y compris mon casque troué par une balle et mes carnets de note ». Mais l’ambition ne s’arrête pas là, le reporter veut également rassembler des archives d’autres photographes de guerre dont celles de ces vietnamiens que nous découvrons aujourd’hui.

« La première victime de la guerre est la vérité, c’est en temps de paix qu’elle peut réapparaître portée par les survivants qui la protègent en racontant. Pour ne plus entendre : on ne savait pas ! »

Par Michel Puech - Mediapart - 1er septembre 2014


Exposition photographique sur la guerre du Vietnam à Perpignan

La guerre du Vietnam s’est terminée il y a presque 40 ans, cependant elle continue d'intéresser, en témoigne l'exposition photographique tenue dans le cadre du 26e Festival international du photojournalisme intitulé « Visa pour l’image », qui se tient du 30 août au 14 septembre à Perpignan, au Sud de la France.

Sont exposés huit clichés de reporters de guerre vietnamiens, à savoir Doan Cong Tinh, Chu Chi Thanh, Hua Kiem, Mai Nam, réalisés pendant la période 1966-1973. Ces images reflètent l’atrocité de la guerre ainsi que le courage des soldats de « L’Oncle Ho », facteur déterminant de la victoire du peuple vietnamien contre un ennemi bien plus puissant que lui. Le photographe français Patrick Chauvel, qui a plus d’une fois échappé à la mort dans les jungles du Vietnam, a confié : « Ces images n’ont presque jamais été vues. Pour la première fois, elles nous racontent une autre histoire de la guerre du Vietnam ». Selon lui, pendant la période 1966-1975, de nombreux journalistes occidentaux couvraient la guerre du Vietnam. Ils ont fait des images qui sont devenues un plaidoyer contre cette guerre qui a marqué toute une génération.

Patrick Chauvel n’a pas caché son estime pour les photographes "d’en face", ceux du Nord Vietnam. « Ils travaillaient sous les tapis de bombes des B52, le long des pistes Ho Chi Minh, au cœur des assauts sanglants. Moitié soldats moitié journalistes, ces premiers reporters vietnamiens ont écrit avec leurs images une histoire différente de la guerre du Vietnam », a-t-il confié. A cette occasion, il a présenté son livre « Ceux du Nord » publié récemment par les Editions des Arènes, qui réuni 140 clichés de photographes vietnamiens tels que Doan Cong Tinh, Chu Chi Thanh, Luong Nghia Dung, Minh Dao, Dau Ngoc Dan, Vu Ba, Hua Kiem, Mai Nam… Une partie de son livre est réservée à l’Agence vietnamienne d’information qui a perdu 450 journalistes sur le front.

Le Festival international de photojournalisme "Visa pour l'Image" est organisé annuellement pour présenter et sélectionner des œuvres photographiques excellentes sur des sujets d’actualité. La 26e édition s’est ouverte le 30 août à Perpignan alors que la profession peine à survivre, entre conflits internationaux et difficultés financières. Actualité oblige, les sujets chauds donneront le ton avec cette année l'Ukraine, Gaza, la Syrie, l'Irak... mais le souvenir des nombreux journalistes qui ont perdu la vie sur le terrain, dont 70 depuis le début de l'année, devrait être omniprésent.

Agence Vietnamienne d'Information - 31 Août 2014