Le Dung, le directeur général France et Europe de la compagnie, a accepté de revenir sur toutes ces nouveautés pour Le Journal de l’Aviation.

Quel est le bilan de 2014 pour Vietnam Airlines ?

Vietnam Airlines a connu un très fort développement en 2014 mais également une très forte compétition sur différents marchés. En Asie du Sud-Est, nous avons affronté les low-cost. VietJet notamment est très agressive et prend très rapidement des parts de marché sur le secteur domestique. Mais les plus grands problèmes viennent surtout de l’Europe. Nous subissons l’importante concurrence des compagnies du Golfe et le ralentissement sur tous les marchés européens, particulièrement en France. Bien que la situation soit assez difficile, Vietnam Airlines est stable. Nous avons même fait un petit bénéfice et atteint nos objectifs jusqu’à présent. 2014 a été une bonne année pour aborder les deux grands événements qui approchent : notre introduction en bourse en novembre et la réception de nos nouveaux long-courriers en 2015.

Quels sont vos projets pour l’arrivée des Boeing 787 et Airbus A350 ?

Nos 787 ont presque trois ans de retard mais Boeing nous a annoncé leur livraison pour le milieu de l’année 2015, vers le mois de mai. Et le premier A350 nous sera livré en juin. Avec ces deux nouveaux types d’avion, nous allons peu à peu renouveler notre flotte et retirer nos 777. L’A350 sera uniquement utilisé pour le marché français, sur les deux lignes vers Paris au départ de Hanoi et d’Ho-Chi-Minh-Ville. Cela représentera dix vols hebdomadaires à partir du mois d’octobre. Bien sûr, en attendant, il sera utilisé pour des vols de formation vers le nord-est de l’Asie. Et le 787 sera affecté à la desserte de Londres et de l’Allemagne. Lorsque les nouveaux long-courriers arriveront, nous augmenterons nos fréquences vers l’Europe. Nous allons ouvrir une ligne vers Berlin à la fin de l’année prochaine. Ainsi, nous desservirons deux destinations en Allemagne : Francfort et Berlin. Nous ajouterons une fréquence vers Paris pour atteindre onze vols par semaine. Et à Londres, nous ajouterons également une fréquence, passant de quatre à cinq vols hebdomadaires. Nous supprimerons aussi l’escale à Francfort, qui est actuellement réalisée en basse saison.

La flotte compte aujourd’hui 82 appareils et Vietnam Airlines souhaite en exploiter 101 en 2015 et 150 en 2020. Allez-vous avoir besoin de passer de nouvelles commandes ou de signer des contrats de leasing pour atteindre cet objectif ?

A court terme, le calendrier de livraison des nouveaux types d’appareils est tel qu’il nous permettra d’atteindre nos objectifs en termes de croissance de flotte. A plus long terme, comme nous allons retirer les 777, nous pourrions avoir besoin d’autres avions mais cela dépendra de la situation.

Avez-vous le projet de desservir les Etats-Unis ?

Il y a une grosse demande des voyageurs grâce à l’amélioration des relations entre le Vietnam et les Etats-Unis. Depuis la normalisation des relations en 1994, les échanges économiques et culturels ont énormément augmenté. Il y a aussi une importante demande pour le voyage communautaire : il y a près de deux millions de Vietnamiens aux Etats-Unis, principalement sur la côte ouest. Donc voler vers les Etats-Unis est un objectif mais nous réfléchissons encore au bon moment pour lancer la liaison. Cela demande réflexion : les Etats-Unis sont plus loin que l’Europe et la route est impossible à réaliser sans escale. Nous ne la lancerons ni en 2015 ni en 2016. Mais avec les nouveaux appareils qui arrivent dans notre flotte, il sera possible pour Vietnam Airlines d’atteindre les Etats-Unis assez vite.

Que va vous apporter la livraison d’un nouveau terminal à Hanoi ?

Nous sommes un cas assez rare en Asie puisque nous opérons de deux hubs : Hanoi et Ho-Chi-Minh-Ville. Hanoi est connecté à de nombreuses destinations dans le monde et a toujours été rentable et efficace. Mais récemment, il y a eu des restrictions dans la concession des créneaux qui ont limité nos opérations. A cause de la congestion, nous ne pouvions pas avoir de bons créneaux pour les opérations domestiques et court-courrier. Quand le nouveau terminal ouvrira, à la fin de l’année, Vietnam Airlines va de nouveau pouvoir augmenter ses fréquences et le nombre de ses destinations. Principalement au Vietnam.

A votre avis, l'environnement européen est-il propice au développement ?

Il est très difficile pour des compagnies étrangères d’opérer en France et en Europe à cause des régulations et des taxes. Il faut que les gouvernements nationaux et européens interviennent en faveur des compagnies aériennes sinon nous ne pourrons plus desservir cette région du monde. Par exemple, l’Union Européenne nous impose de verser 600 euros par passager en cas de retard de plus de trois heures. Trois heures, ce n’est rien sur un vol de 11 ou 12 heures. Mais 600 euros, c’est parfois plus que le prix du billet. En tant que passager, je trouve cela super mais en tant que directeur de compagnie aérienne, je trouve cela inacceptable. Parce qu’il faut ajouter les coûts liés au retard, la maintenance, les salaires, les indemnisations (hôtel, nourriture). Protéger les passagers, c’est bien, il faut le faire. Mais comme aux Etats-Unis ou en Asie. On ne peut pas tout donner aux passagers et tout prendre aux compagnies aériennes. Sinon, nous ne survivrons pas. La conséquence, c’est qu’on concentre le développement en Asie parce que les conditions sont là pour soutenir l’expansion, par exemple vers le Japon, la Corée… Pas en Europe.

Par Emilie Drab - Le Journal de l'Aviation - 13 octobre 2014