L’alcool de maïs de Na Hang est une eau-de-vie typique de la province montagneuse de Tuyên Quang, au Nord. Une gorgée suffit à celui qui le déguste, professionnel ou non, pour sentir les fragrances agréables du vin, la saveur pénétrante des liqueurs, et les arômes naturels des sous-bois.

Un alcool tellement renommé qu’à l’approche du Têt, les amateurs affluent dans cette haute contrée pour se procurer quelques flasques, pour eux-mêmes ou en cadeau pour leurs amis et proches.

Introuvable ailleurs, cette spécialité de Na Hang doit sa particularité à ses ingrédients : un maïs de qualité et un ferment préparé à partir de 20 espèces de plantes médicinales. Et aussi à un processus de production spécial, en plusieurs étapes : préparation du ferment, cuisson du maïs à grand feu, mélange du maïs et du ferment spécial, fermentation un mois durant réalisée dans des vases ou cruches et, enfin, distillation de l’alcool.

La légende du mont Éléphant-Alcool

Selon les autochtones de Na Hang, l’originalité de l’acool de maïs local est liée à l’histoire du mont Éléphant (nui voi en vietnamien), le point culminant de la région. Vu de loin, ce mont fait penser à un éléphant se tenant debout à côté d’une cruche d’alcool. Aux dires de Hoàng Van Nha, un vieillard local, le mont Éléphant évoque une légende héroïque. L’histoire se passe il y a fort longtemps, dans la forêt de Pac Ta, à Na Hang, peuplée alors de nombreuses espèces d’animaux féroces dont l’éléphant que les habitants cherchaient à apprivoiser pour en faire une bête de somme. Une année, le pays fit face à une invasion étrangère.

Toutes les forces disponibles furent alors mobilisées pour le front, dont la troupe d’éléphants du village de Na Hang. Dans cette troupe domestiquée, un grand mâle (considéré comme le chef de fil) n’avait rien perdu de sa férocité, à tel point que personne ne pouvait le monter. Puisque le danger venait frapper aux portes du village, un cornac - aussi audacieux qu’imaginatif - se chargea de l’apprivoiser de nouveau. Tout d’abord, il fit construire des barrages sur tous les ruisseaux de la région, créant ainsi une «ceinture sèche» autour de l’habitat de l’éléphant. Trois jours après, il vint verser de l’alcool dans une cavité rocheuse au sein de la «ceinture sèche», sur laquelle se rua la bête, assoiffée. Et ainsi de suite dix jours durant.

L’éléphant, s’accoutumant de plus en plus à l’alcool (en lieu et place de l’eau) mais aussi à la présence du cornac, se laissa - sous les effets de l’éthanol - monter et obéit à ses ordres. Surnommé désormais «Éléphant-Alcool», la bête amadouée partit au front en tant que chef de fil de la troupe, ce qui permit de bouter l’agresseur par-delà les frontières. Après la victoire, l’Éléphant-Alcool fut anobli par le roi qui lui donna le titre de «Duc- Éléphant» avant d’organiser un immense festin où l’alcool coula à flots en l’honneur de son armée triomphante.

D’une pierre deux coups

L’occasion pour l’«Éléphant-Alcool» d’étancher sa soif avec son eau-de-vie préférée. Il but et but, vidant une cruche, puis une autre, jusqu’à passer l’arme à gauche. L’Éléphant-Alcool mourut en position debout, dans sa posture vaillante d’un combattant au front. Cette nuit-là, il plut à verse, comme si le Ciel eut voulu exprimer son infini chagrin pour le décès de ce héros national. Le lendemain, aux premières lueurs de l’aube, apparut au vu et au su de tout le monde un éléphant pétrifié avec devant lui une grosse cruche d’alcool. Ainsi était né le mont Éléphant...

L’idée de fabriquer une cruche d’alcool colossale a germé et été concrétisée en 2009, à l’initiative des autorités locales qui ont voulu, à travers cette image, faire valoir la qualité exceptionnelle de l’alcool de maïs de Na Hang, et la tradition d’un métier local, qui fait vivre une centaine de foyers. De plus, «c’est une pierre deux coups, dans la mesure où cet objet symbolique a contribué à promouvoir le tourisme à Na Hang», explique le chef du Service de la culture, des sports et du tourisme, Lôc Minh Tâm.

La cruche d’alcool de Na Hang étonne les touristes par ses mensurations. Jugez plutôt : 2,9 m de hauteur, 2 m de diamètre au plus large, 1,3 m à la base et 0,93 m à l’ouverture. Pesant 2.850 kg, elle est constituée, entre autres, de 834 kg de ciment, 311 kg d’acier, 60,5 kg de kaolin, 60,5 kg de plâtre et 60,5 kg de mélasse.

Agrémentée à son col rétrici de deux anses, elle arbore sur son corps des motifs stylisés, décrivant des paysages locaux : mont Éléphant, maisons sur pilotis, centrale hydraulique de Tuyên Quang, femmes broyant du riz au pilon, hommes jouant du khèn (flûte des ethnies minoritaires du Nord), danseurs au tambour... «Le groupe d’ingénieurs et d’ouvriers a consacré deux mois pleins à sa construction», révèle Lôc Minh Tân. Et de préciser que la cruche contient 2.500 litres d’alcool préparés à partir de 4 tonnes de maïs et 200 kg de ferment végétal. «Notre alcool a une saveur typique et sa couleur, neutre, est d’une limpidité parfaite. Car, outre un maïs de qualité et un ferment spécial, il est et doit être distillé avec de l’eau de ruisseau de Na Hang».

Appellation d’origine pour l’alcool de Na Hang

Inscrite en 2010 dans le Livre des records du Vietnam, cette gigantesque cruche d’alcool est exposée sur la place d’honneur de la Maison des hôtes de Na Hang. Fin 2011, le Service de la propriété intellectuelle du ministère des Sciences et des Technologies a délivré l’appellation d’origine «Alcool de maïs au ferment végétal de Na Hang».

Agence Vietnamienne d'Information - 26 octobre 2014