L’armée birmane, puissante composante du Parlement, est défavorable à un changement de la Constitution qui permettrait à l’opposante Aung San Suu Kyi de devenir présidente. «J’aimerais que vous vous souveniez tous que la Constitution n’est pas écrite pour une personne mais pour l’avenir de chacun», a déclaré lundi le colonel Htay Naing, député, lors d’une session parlementaire retransmise mardi à la télévision. Ce serait «inquiétant si les enfants du président de notre pays étaient étrangers», a-t-il insisté.

Le président du Parlement de Birmanie a exclu mardi tout changement, avant les législatives de 2015, de la Constitution barrant la voie de la présidence à Aung San Suu Kyi. Il est «impossible de changer» la Constitution dans les temps, a déclaré devant la presse Shwe Mann.

Aung San Suu Kyi fait campagne pour la levée de la clause 59f de la Constitution, qui pose que quiconque a épousé un étranger ou a des enfants de nationalité étrangère ne peut briguer la présidence. Elle a en effet épousé un Britannique et ses enfants sont de cette nationalité. Et l’article en question de la Constitution, héritée de la junte militaire, est accusé d’avoir été taillé sur mesure pour faire barrage à la Prix Nobel de la paix.

Les militaires, qui se voient réserver 25 % des sièges, ont de facto un droit de veto sur tout changement de la Constitution, qui requiert l’approbation d’au moins 75 % des députés. Leur prise de position sur ce débat explosif intervient quelques jours après une visite de Barack Obama en Birmanie. Le président américain avait appelé vendredi à Rangoun, au côté de l’opposante, à des élections «libres et équitables», alors que Suu Kyi avait eu devant lui des mots très forts contre la Constitution «injuste et antidémocratique».

Suu Kyi, 69 ans, doit réussir le difficile passage d’un rôle d’icône pacifiste adulée à travers le monde à celui d’une femme politique en première ligne face aux soubresauts d’une démocratie naissante, dans ce pays dont la junte militaire s’est autodissoute en 2011. Les instances de pouvoir restent néanmoins dominées par des anciennes figures du régime militaire, dont le président réformateur Thein Sein, ex-général.

Agence France Presse - 18 novembre 2014


Suu Kyi perd sa bataille pour changer la Constitution birmane

Le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, a admis mercredi ne «pas pouvoir gagner» sa bataille pour changer la Constitution qui l'empêche de devenir présidente.

«Nous ne pouvons pas gagner» ce combat politique, a déclaré Nyan Win, le porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), minoritaire à l'Assemblée, au lendemain d'une fin de non-recevoir exprimée par le président du Parlement.

Ce revers pour le parti de l'égérie de la démocratie intervient quelques jours seulement après une visite de Barack Obama, la deuxième depuis l'autodissolution de la junte en 2011.

Le président américain avait appelé vendredi à Rangoun, au côté de l'opposante, à des élections «libres et équitables».

Après avoir décoché une rare pique à l'encontre des États-Unis, jugeant qu'ils faisaient preuve d'un optimisme excessif sur les réformes menées en Birmanie, Suu Kyi avait eu devant lui des mots forts contre la Constitution de son pays, «injuste et antidémocratique».

Elle fait campagne depuis des années pour la levée de la clause de la Constitution qui dit que quiconque a épousé un étranger ou a des enfants de nationalité étrangère ne peut briguer la présidence.

Elle a en effet épousé un Britannique et ses enfants sont britanniques. L'article en question de la Constitution, héritée de la junte militaire, est critiqué comme étant taillé sur mesure pour faire barrage à sa carrière politique.

Suu Kyi, 69 ans, est allée jusqu'à organiser une grande pétition qui a réuni des millions de signatures à travers la Birmanie, à l'approche des législatives de fin 2015 qui constituent un tremplin vers la présidence.

Mercredi, Aung San Suu Kyi, elle-même députée, était à Naypyidaw, la capitale administrative, où elle habite le temps des sessions parlementaires. Les députés y débattaient de la modification de la Constitution, envisagée pour après les législatives de 2015. Trop tard donc pour Suu Kyi cette fois-ci.

Suu Kyi muette

Suu Kyi elle-même ne s'est pas exprimée sur ce revers. Et l'annonce de sa disqualification pour la fonction suprême n'a pas suscité de mouvement de foule, malgré le succès de la pétition.

Au siège de la Ligue nationale de la démocratie à Rangoun, des militants vendaient, comme à l'accoutumée, aux touristes de passage des t-shirts à l'effigie de la célèbre dissidente, qui a passé de longues années en résidence surveillée.

Mais le journal local Mizzima résumait le sentiment de choc avec en titre à la une: «Aung San Suu Kyi ne peut pas être présidente».

Le porte-parole de la LND a cependant assuré que l'opposante et son parti continueraient leur lutte «depuis l'intérieur et l'extérieur du parlement». «Pourquoi travaillons-nous à cela? Parce que nous croyons en la démocratie», a-t-il précisé.

La LND, extrêmement populaire, est pronostiquée comme la grande gagnante des élections de fin 2015.

Mais mardi, le président du parlement, Shwe Mann, avait exclu tout changement avant les législatives de 2015, jugeant «impossible de changer» la Constitution dans les temps.

Les militaires, qui se voient réserver 25 % des sièges au parlement par cette Constitution controversée, ne sont pas prêts à lâcher leur emprise sur la scène politique, comme le montre ce dernier revers pour Suu Kyi.

Opposés à Suu Kyi pour nombre d'entre eux, ils «n'ont pas changé radicalement de position, loin de là», analyse le politologue Renaud Egreteau, spécialiste de la Birmanie.

Les députés militaires voient la préservation de la Constitution, qui leur est extrêmement favorable, comme la «mission principale» de leur mandat, remis en jeu en 2015, ajoute-t-il.

«Nous devrions garder la section (controversée de la Constitution) inchangée», a ainsi justifié mercredi le lieutenant-colonel, député, Myo Htet Win devant le parlement.

«Si une personne qui a du sang mélangé avec celui d'un étranger (...) ou est mal intentionnée atteint un poste haut placé, notre nation pourrait devenir un gouvernement fantoche, même sans colonisation», a-t-il ajouté.

Par Hla-Hla Htay - Agence France Presse - 19 novembre 2014