"Nous avons besoin de la collaboration des chaines de télé afin qu'elles demandent aux gens de ne pas paniquer. Ce n'est pas un coup d'Etat. Nous prenons le pouvoir parce que la situation politique l'exige".

La sitation est calme dans la rue. Les militaires arrivent aux affaires sans un coup de feu dans un pays habitué à ces rebondissements.

Dix huit tentatives de putsh depuis la réforme de la monarchie absolue en 1932, douze abouties. Le 20 mai 2014, la loi martiale est instaurée. Deux jours plus tard, les principaux responsables politiques sont écartés et la totalité du pouvoir excercée par les militaires au nom de l'ordre public.

Une situation qui venait ponctuer sept mois de manifestation des chemises jaunes, ultramonarchistes de l'opposition qui appellait de leurs voeux un coup d'Etat militaire et judiciaire. Ils auront obtenu gain de cause...

Un mécanisme bien huilé. L'armée , sous une façade de neutralité, fait le jeu des élites de Bangkok.

Si ces coups d'Etat ont fini par s'intégrer au paysage politique, c'est qu'ils sont, généralement, suivis d'élections. Or, cette fois çi, il n'en est rien. la junte au pouvoir a instauré un conseil national des réformes dont les premières sessions constituent une régression démocratique. Les militaires suggèrent que le premier ministre ne soit plus désigné par des élections et qu'il ne soit pas issu du sérail politique. Deuxième idée forte, réduire drastiquement le nombre de députés : de 500 à 77. Des propositions conformes aux idées conservatrices d'un Conseil constitué d'officiers, de hauts fonctionnaires, des élites, des notables de la cour du roi. Aucun représentant de la classe moyenne. Tout débat politique est interdit. L'interruption d'un forum dans une université signale la volonté de la junte de controler la liberté d'expression. Les autorités musèlent les campus, les journaux et internet. Les militants de droits de l'homme sont en exil ou en prison.

Le maintien de l'ordre pour éviter la guerre civile, le crédo des militaires pour justifier leurs agissements ne tient plus dans une population de plus en plus sclérosé. Aux yeux du chercheur David Camroux, le pays le plus démocratique et le plus égalitaire de l'Asie du Sud Est est devenu son contraire. La Thaïlande se dirige vers une démocratie guidée par les élites où tout processus électoral sera marginalisé. Et les inégalités sociales s'accroissent entre les campagnes du sud dans le dénuement et l'opulence du nord incarné par Bangkok. Les campagnes s'enfoncent dans la pauvreté.

La croissance de l'économie thaïlandaise connait un fort ralentissement qui n'était pas prévu par les analystes. Les investisseurs se détournent et la capacité de la junte à relancer l'activité soulève des doutes. Les militaires s'étaient engagés à augmenter les dépenses d'infrastructures et à relancer la consommation. Mais les ménages méfiants se crispent, et l'économie se met à tourner au ralenti.

Autre facteur non négligeable, le roi Bhumibol Adulyadej se meurt. Et le prince héritier est impopulaire. Le trone de la monarchie vacille et avec tous les intérêts des élites qui convergent autour. Il faut préserver le modèle, quitte à utiliser la force, l'allié de toujours.

"A Kingdom in crisis", un livre écrit par un journaliste écossais Andrew Mac Gregor Marshall, ancien correspondant en Thaïlande vient d'être interdit de vente et de distribution. Et pourtant, c'est un livre clé pour comprendre la situation actuelle : le tabou de la succession, la lutte pour la démocratie et la réforme de la monarchie.

Comme le souligne le chercheur David Camroux, ce qui est en jeu est le statut du monarque. Le roi doit il être perçu encore comme un demi dieu pesant sur les décisions politiques ? Ou son rôle doit être réformé ? Ne plus être acteur et protagoniste, mais arbitre, un vieux sage garant des institutions.

Par Eric Valmy - Radio France Inter - 17 novembre 2014


Thaïlande : l’économie peine à se redresser

Les autorités ­revoient à la baisse, à 1 %, leurs prévisions pour 2014.

Quasiment six mois après le coup d’Etat militaire qui a mis fin au chaos politique, l’éco­nomie de la Thaïlande a bien du mal à redresser la tête. Le Conseil national du dévelop­pement économique et social vient de ramener sa prévision de croissance pour 2014 à 1,0 % au lieu de 1,5 à 2,0 % prévu ­jusque-là.

En cause, les manifestations du début d’année qui ont paralysé le royaume et fait fuir les touristes, puis une activité plus faible, de juillet à septembre, (+ 1,1 %) sur fond de recul de l’export. Sur un an, la croissance n’est que de 0,6 % contre 0,4 % à la fin du trimestre précédent. Une croissance à 1 % serait la plus faible enregistrée depuis 2011, année des inondations.

Plan de relance

Pour autant, le tableau n’est pas totalement noir. La junte militaire n’est pas parvenue jusqu’ici à dynamiser l’activité, malgré son engagement à augmenter les dépenses d’infrastructures et à prendre d’autres mesures pour doper la consommation. « La reprise va largement reposer sur le plan de relance du gouvernement » d’un montant équivalent à 20 % du PIB, explique Krystal Tan. L’économiste de Capital Economics table, pour sa part, pour 2015 sur une croissance de 3,5 %.

Par Michel De Grandi - Les Echos - 17 novembre 2014