Parmi quelque 3.000 manifestants, des moines bouddhistes et des militants du droit de la terre venus des quatre coins du pays se sont réunis devant le parlement à Phnom Penh.

"Arrêtez de recourir à la force et à la violence" contre les manifestants réclamant l'arrêt des expulsions, demande une pétition lancée par les manifestants, dont plusieurs tenaient des portraits des militantes condamnées mi-novembre à des peines d'un an de prison ferme.

Leur tort: avoir manifesté leur opposition à un projet foncier mené par un sénateur proche du pouvoir dans le quartier de Boeung Kak, où des milliers de familles ont été expulsées.

Le Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis près de trente ans, réprime par la force toute opposition, des ouvriers du textile aux opposants politiques.

Des centaines d'ouvriers du secteur textile, qui ont mené d'importantes grèves et manifestations au début de l'année pour réclamer de meilleurs salaires, se sont joints à la manifestation.

Début janvier, au moins quatre civils avaient été tués lorsque la police avait ouvert le feu sur des ouvriers en grève.

Leurs syndicats ont obtenu du gouvernement une hausse du salaire mensuel minimal dans ce secteur clef de l'économie cambodgienne, porté à 128 dollars (102 euros), en deça néanmoins des attentes de nombre d'entre eux.

Agence France Presse - 10 décembre 2014


Au Cambodge, les moines pacifistes n’échappent pas au harcèlement policier

Des centaines de moines ont organisé une marche pacifique à travers le Cambodge pour arriver à Phnom Penh, la capitale, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme. Cinq jours au cours desquels les religieux ont dû déjouer les tentatives des forces de l’ordre de leur barrer la route.

La journée internationale des droits de l’Homme est devenue un rendez-vous majeur pour les activistes cambodgiens. C’est pour eux l’occasion de braquer les projecteurs sur les nombreuses atteintes aux droits fondamentaux commises par le Parti du peuple cambodgien, au pouvoir depuis 1979 et qui contrôle par ailleurs la quasi-totalité des médias.

Régulièrement, la police cambodgienne utilise des méthodes violentes pour réprimer les mouvements de contestation. Cela a notamment été le cas en 2013, lors des manifestations organisées contre la nouvelle victoire du Parti du peuple cambodgien à l’Assemblée nationale, qui permettait le renouvellement du mandat du premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 1985. Plus récemment, c’est un mouvement ouvrier réclamant davantage de droits pour les travailleurs du textiles et des hausses de salaires qui a fait les frais de cette répression systématique.

En novembre, après l’arrestation de 11 activistes, Human Rights Watch a tiré la sonnette d’alarme et dénoncé "le harcèlement, les détentions arbitraires et les procès expéditifs de manifestants pacifiques".

"Ils ne veulent ni nous entendre, ni nous voir marcher"

Ngim Phan Saoamkhan est moine et titulaire d’un diplôme de sciences politiques. Il a participé à la marche pour la paix. "J’ai fait partie de l’un des six groupes qui sont venus de différentes zones du pays pour converger sur la capitale. Mon groupe a commencé à marcher le 4 décembre au nord du pays, et nous avons parcouru 580 kilomètres.

Dans mon groupe, il y avait 35 moines et environ 160 autres personnes, dont beaucoup de villageois des régions montagneuses du Nord. Ces gens-là sont un exemple des raisons pour lesquelles nous nous sommes mobilisés. On est en train de leur voler et de bruler leurs terres Selon Global Witness, lors des 15 d.... Ils nous ont rejoint pour raconter leurs histoires, pour faire savoir au monde entier que le gouvernement cambodgien ne respecte pas leurs droits.

Les autorités nous ont causé beaucoup de soucis tout au long de la marche. Nous étions censés manger et dormir dans des temples bouddhistes le long de la route, des lieux qui appartiennent au peuple et où il est normal que des moines séjournent. Mais la police a bloqué leur entrée à plusieurs reprises.

Les policiers sont armés et très irrespectueux envers nous. Les gens les craignent, car ici au Cambodge, ils tuent facilement si on s’oppose à eux. Ils nous ont accusés de faire partie de l’opposition politique. Mais nous sommes des moines, pas des hommes politiques. Nous œuvrons simplement pour le respect des droits de tous. Mais ils ne veulent ni nous entendre, ni nous voir marcher.

"Ils disaient qu’on allait provoquer des embouteillages"

L’autre soir, quand la police a bloqué l’un des temples, nous sommes restés calmes et sommes allés parler au chef du temple. Nous lui avons dit : ‘C’est ton temple. Il n’appartient pas aux autorités, alors fait valoir tes droits.’ Mais il était sous pression et avait peur. Finalement, ce sont des locaux qui l’ont convaincu de nous ouvrir les portes : ils menaçaient de ne plus donner l’aumône.

La police nous a aussi bloqués sur la route. Une fois, ils nous ont dit : ‘Vous pouvez continuer votre chemin par tuk tuk ou par bus, mais vous ne pouvez pas marcher.’ Ils disaient qu’on allait provoquer des embouteillages. Mais ils ne voulaient simplement pas qu’on aille à la rencontre des locaux.

Nous ne sommes pas en colère contre eux. On reste aimable. Même s’ils peuvent nous faire peur, nous leur sourions. En fait nous les plaignons, leur travail est beaucoup moins bien que le notre.

Nous ne pouvons pas rester là à regarder la souffrance sans rien faire. Il faut éduquer les gens. Tout au long de notre marche, nous avons distribué des tracts expliquant les abus qui ont cours au Cambodge. Le soir venu, nous priions et méditions tous ensemble."

"Ce n’était pas une manifestation – c’était simplement une campagne éducative"

Moses est un activiste des droits de l’Homme. Il a aidé à organiser les évènements à Phnom Penh autour de la journée internationale des droits de l’Homme. Il a rejoint les marcheurs sur les deux derniers jours de leur trajet.

Par Brenna Daldorph - France 24 TV - 10 décembre 2014