Au moins 3,7 millions de manifestants dans la France entière, dont 1,2 à 1,6 million à Paris selon le ministère de l'Intérieur - des "Charlie", des "musulmans", des "juifs" et des "policiers", référence aux 17 morts des attentats à Charlie Hebdo et dans une supérette casher - ont défilé, sans aucun incident, pour dire leur refus du terrorisme islamiste qui a frappé trois jours durant au cœur de la capitale.

Le ministère de l'Intérieur n'a pu établir un comptage précis à Paris face à l'ampleur de la mobilisation : pas tout à fait certain que la foule parisienne, grave et frondeuse à la fois, a dépassé le record de 1,5 million de personnes réunies après la victoire au Mondial de football de 1998.

Mais dans la France entière, c'est sans l'ombre d'un doute un record historique depuis la libération, devant les 3,5 millions de personnes mobilisées contre la réforme des retraites en 2010 - ces chiffres étaient ceux des organisateurs, la police avait annoncé 1,2 million de manifestants.

Après une mobilisation importante dès samedi 10 janvier, des centaines de villes de France ont en effet connu dimanche 11 janvier des rassemblements sous les drapeaux tricolores et les bannières "Je Suis Charlie", réclamant "Liberté, Fraternité" entre Marseille, Lyon, Grenoble, Rennes ou Perpignan.

Bras dessus, bras dessous, le président François Hollande et ses invités étrangers, plus de 50 responsables du monde entier, ont avancé derrière les familles des victimes le front ceint d'un bandeau blanc, personnalités de tous bords, partis, syndicats, artistes, associations, groupes religieux, avançant du même pas lent, souvent même statiques vu l'ampleur de la foule.

"Paris est aujourd'hui la capitale du monde", a salué François Hollande à la mi-journée. "Le pays tout entier va se lever vers ce qu'il a de meilleur". "Historique", s'est réjoui le Premier ministre Manuel Valls, pour qui "il faut que l'état d'esprit de ce 11 janvier reste".

Depuis mercredi 7 janvier épicentre des rassemblements, la place de la République, d'où partait la manifestation, s'est trouvée congestionnée avant même le début de la marche à 15h00, avec un flot continu de centaines de milliers de personnes, rues bloquées, métros saturés et bus à l'arrêt.

Sommet diplomatique

Cette marche conçue initialement comme un hommage aux victimes des trois jihadistes revendiqués, dont les irrévérencieux dessinateurs de Charlie Hebdo massacrés mercredi 7 janvier, une jeune policière municipale tuée jeudi 8 janiver et quatre juifs assassinés dans une supérette casher vendredi 9 décembre, a également pris un tour de sommet diplomatique.

Une cinquantaine de dirigeants étrangers se sont retrouvés à l'Élysée en début d'après-midi : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président palestinien Mahmoud Abbas et le couple royal jordanien étaient présents, de même que le président ukrainien Petro Porochenko et le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Participaient aussi les plus hauts dirigeants européens, d'Angela Merkel à David Cameron, de Mariano Rajoy à Jean-Claude Juncker en passant par Matteo Renzi, ainsi que huit présidents africains. Particulièrement marquante, l'image de la chancelière allemande, reposant son front, yeux fermés, sur l'épaule de François Hollande.

Des dirigeants plus controversés, comme le Hongrois Viktor Orban ou le Gabonais Ali Bongo, ont aussi fait le voyage. La Turquie était représentée par son Premier ministre Ahmet Davutoglu.

Ralliant la manifestation depuis l’Élysée en cars, ils ont tous parcouru pendant une vingtaine de minutes le boulevard Voltaire avant de se figer pour une minute de silence à hauteur de la mairie du XIe et de repartir.

François Hollande, resté dans le cortège, est ensuite allé à la rencontre des familles et des proches des victimes, étreignant notamment un long moment l'urgentiste et chroniqueur de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux, en larmes.

Le Courrier du Vietnam avec Agence France Prese et Agence Vietnamienne d'information - 12 janvier 2015